dimanche 27 octobre 2013

Les moteurs d'avions russes reviennent en force

©Photo: ru.wikipedia.org/Retxham/cc-by-sa 3.0

Les représentants de la China Aviation Industry Corporation (AVIC) ont déclaré dans une interview accordée à Jane’s Defense Weekly, que la société pourrait continuer à utiliser les moteurs de fabrication russe encore pendant au moins 5 à 8 ans à venir.

Cela veut dire que les avions chinois seront équipés de moteurs russes jusqu’aux années 2018-2021. Précédemment Ma Zhiping, le vice-président de la CATIC, la branche des importations et des exportations de l’AVIC, a déclaré que le chasseur chinois de quatrième génération J-10 ne possède toujours pas d’autorisation pour l’exportation, alors que le contrat de 1,4 milliards de dollars prévoyant la livraison de 36 chasseurs J-10 au Pakistan a été signé en novembre 2009. Tout cela perturbe les perspectives de l’exportation des chasseurs chinois à court terme.


La Chine produit trois principaux types de chasseurs de quatrième génération. D’après le classement chinois, il s’agit des chasseurs de troisième génération - des modèles J-10, J-11B et FC-1. Les moteurs de fabrication russe sont installés sur ces trois modèles. Le moteur AL-31FN est installé sur le chasseurJ-10, leRD-93 est installé sur FC-1, et le J-11B utilise la modification AL-31F. Même si la Chine assure une fabrication en série du moteur Taihang, qui peut être installé sur les chasseurs J-11 et J-10, leur utilisation est limitée à cause d’un manque de fiabilité.

L’académicien Feng Peide, un expert réputé dans le domaine de l’aviation a reconnu dans un entretien aux médias chinois que les officiers de la Force aérienne chinoise ne font pas confiance aux moteurs de fabrication chinoise, leur préférant des moteurs de fabrication étrangère. Et les clients étrangers font d’autant moins confiance aux moteurs de fabrication chinoise. La quasi-totalité de l'équipement de l'aviation militaire chinoise s’exporte avec des moteurs importés. Les moteurs d’avions sont de fabrication russe et ukrainienne, et ceux des hélicoptères sont fabriqués par la France. Les sociétés françaises fournissent en Chine les moteurs Turbomecca Arriel 2.

Pour exporter son équipement militaire avec des moteurs de fabrication étrangère, la Chine est obligée de demander un permis de réexportation au pays fabricant du moteur. Sinon, le constructeur va refuser d’assurer l'entretien et la réparation du moteur. Pour pouvoir exporter son chasseur FC-1, la Chine a reçu l'autorisation pour pouvoir réexporter le moteur russeRD- 93vers un certain nombre de pays, dont le Pakistan.

Obtenir l’autorisation pour le Pakistan ne fut pas une chose facile. L'Inde avait fourni une forte pression politique sur la Russie, essayant de la forcer d’interdire cette exportation. Toutefois, tenant compte de l’importance du programme FC-1 pour l'industrie chinoise FC-1 et le rapprochement entre la Russie et la Chine, le gouvernement russe a accepté d’autoriser la réexportation de ses moteurs. La déclaration de Ma Zhiping concernant le fait que le chasseur J-10 n'a pas reçu l'autorisation pour son exportation pourrait signifier que la Russie n’a pas donné son autorisation pour la livraison de ses moteurs AL-31FN au Pakistan.

Il peut y avoir plusieurs raisons à ce refus. Le J-10 – c’est un avion plus puissant et beaucoup plus moderne que le FC-1. La pression de la part de l’Inde aurait donc pu être alors beaucoup plus forte. Cependant, du point de vue économique et politique, la transaction pour la livraison de J-10 est moins importante pour la Chine que le gros contrat de livraison des chasseurs FC-1. L'incapacité de livrer les FC-1 au Pakistan signifierait l'échec de ce projet. En dépit des affirmations que cet avion pourrait devenir un concurrent sérieux du chasseur russe MiG-29 sur le marché mondial, le FC-1n’a pas trouvé de clients outre le Pakistan. D’ailleurs la Force aérienne chinoise a refusé d’accepter l’appareil dans son parc d’avions. Quant au J-10, il semble très demandé, et très apprécié par les militaires chinois, et sa ligne de production serait très chargée.

Cet exemple avec la livraison des chasseurs au Pakistan montre clairement qu’il est impossible de réussir à exporter des avions militaires en quantités importantes sans pouvoir contrôler la production de moteurs. La Chine risque de se retrouver confrontée à des difficultés dans l’exportation de son équipement d’aviation sur les marchés étrangers, où elle pourrait subir la concurrence de la production russe. Elle pourrait donc occuper des niches d’exportation de l’armement qui ne son pas liées avec l'aviation. Il s’agit par exemple de livrer des systèmes de défense antimissile et aérienne à l’étranger. La RPC a remporté récemment l’appel d’offre pour la livraison en Turquie des missiles antiaériens lourds HQ-9 pour une valeur totale de 3 milliards de dollars. C’est sans doute sa plus grande réussite de toute l’histoire des exportations de l’armement.
Rédaction en ligne, Vassili Kachine

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