mardi 23 juillet 2013

Anniversaire de la révolution égyptienne du 23 juillet 1952



Egypte - 23 juillet 2013


Par Youssef Girard

Figure du nationalisme arabe et de la résistance à la domination de l’Occident impérialiste, Gamal Abdel-Nasser (1918-1970) a été l’une des incarnations les plus marquantes de la volonté de libération et d’union de la nation arabe. Arrivé au pouvoir suite à la Révolution égyptienne du 23 juillet 1952, Gamal Abdel-Nasser défendit, durant plus de quinze ans, une politique nationaliste arabe d’indépendance et de renaissance nationale.


A l’occasion de l’anniversaire de la Révolution du 23 juillet 1952, nous republions la traduction d’un discours prononcé par Gamal Abdel-Nasser lors du dixième anniversaire de la Révolution égyptienne. Dans ce discours, Gamal Abdel-Nasser défend son action à la tête de l’Egypte mais surtout il produit une analyse de la situation de son pays et de la nation arabe. Gamal Abdel-Nasser trace des perspectives libératrices pour répondre à la situation spécifique de sa nation et aux aspirations de son peuple.

Dans cette perspective, Gamal Abdel-Nasser explique la nécessité pour la nation arabe d’écrire sa propre histoire et de tracer sa propre voie pour construire son avenir. Gamal Abdel-Nasser rappelle les origines coloniales de la situation actuelle de l’Égypte et de la nation arabe. Il rappelle aussi le lien existant entre le colonialisme et le capitalisme qui a placé l’Egypte et la nation arabe dans une situation de dépendance vis-à-vis de l’Occident. Face à l’Occident impérialiste, la libération de la nation arabe passe nécessairement, selon Gamal Abdel-Nasser, par une lutte pour reconquérir sa capacité d’initiative historique en lien avec la réalisation de son unité nationale. 

La politique nassérienne ne fut pas sans écueil et sans revers. Cependant, l’expérience nassérienne, avec ses limites, ses erreurs et ses défaites, reste un moment déterminant dans l’histoire des luttes de libération et de renaissance nationale des peuples arabes et de l’ensemble des peuples des Trois continents. Les orientations fondamentales de la politique nassérienne – libération nationale anti-impérialiste, indépendance économique et justice sociale – demeurent des aspirations profondes dans nombre de pays arabes. L’idéal unitaire panarabe défendu par Gamal Abdel-Nasser reste aussi une aspiration profondément ancrée au sein de la population arabe. Pour toutes ces raisons, l’œuvre et l’action de Gamal Abdel-Nasser continue d’être d’une grande actualité pour les générations actuelles. 





LES LENDEMAINS DE L'INDEPENDANCE (1)
par Gamal Abdel-Nasser



La profondeur de la prise de conscience révolutionnaire du peuple égyptien et la claire vision de ses objectifs grâce à sa sincérité envers lui-même, lui ont permis au lendemain de l’éclatante victoire de la bataille de Suez, de réévaluer ses possibilités.

Le peuple égyptien est parvenu, au milieu des fêtes de la victoire, à comprendre qu’il n’avait point recouvré la liberté par la bataille de Suez, mais qu’il avait récupéré sa volonté pour pouvoir forger révolutionnairement cette liberté.

La glorieuse bataille lui a permis de découvrir ses capacités et ses potentialités et, par conséquent, de les orienter, révolutionnairement, pour réaliser la liberté.

Pour ce noble peuple, le triomphe contre l’impérialisme, loin d’être le point final, marquait le début du véritable effort. Ce n’était qu’une position plus propre à la poursuite du combat à mener pour recouvrer la véritable liberté et garantir son épanouissement permanent sur son territoire. 

La question qui s’est présentée spontanément au lendemain de l’éclatante victoire de Suez est la suivante :

« A qui appartient cette volonté libre que le peuple égyptien avait récupérée au cœur de cette effroyable bataille ? »

La seule réponse historique qui s’imposait était : « Cette volonté ne pouvait être que celle du peuple et elle ne pouvait œuvrer que pour la réalisation de ses objectifs ».

Les peuples ne récupèrent pas leur volonté des mains du spoliateur pour les placer dans les musées de l’histoire. Ils la récupèrent et la renforcèrent avec tous leurs potentiels nationaux, pour en constituer un pouvoir capable de réaliser leurs aspirations.

Cette expérience est certainement la plus grave dans la série d’expérience que traverse la Nation.

C’est à partir de là que des mouvements populaires qui laissaient espérer de brillants résultats, ont régressé. Dès leur première victoire sur les pressions extérieures, ils ont cru, à tort, que leurs objectifs révolutionnaires étaient atteints. Ils laissèrent donc la situation sans changement, oubliant que les éléments exploiteurs de l’intérieur étaient intimement liés aux forces qui exerçaient leur pression à l’extérieur. 

Cette coopération était imposée par un échange d’avantages et d’intérêts aux dépens des masses populaires.

Ces mouvements populaires se retranchent par la suite derrière des façades constitutionnelles trompeuses, croyant ainsi que la liberté a conquis tous ses droits.

Toutefois, ces mouvements populaires découvrent – généralement avec retard – que leur carence à parachever le changement révolutionnaire dans le domaine économique a privé la liberté politique de sa véritable garantie et qu’il ne reste qu’une simple façade fragile qui ne tarde pas à se briser et à s’effondrer sous l’effet de la contradiction qui l’oppose à la vérité nationale.

En cette grave étape de la lutte nationale, d’autres mouvements populaires régressent également lorsqu’ils adoptent, dans leur action, des théories qui ne s’inspirent pas de l’expérience nationale.

Reconnaître l’existence de normes naturelles pour l’œuvre entreprise sur le plan social ne signifie nullement qu’on doive accepter des théories toutes faites et renoncer à l’expérience nationale.

Les solutions réelles aux problèmes d’un peuple ne peuvent être calquées sur les expériences des autres peuples.

En assumant la responsabilité de l’œuvre sociale, aucun mouvement populaire ne peut méconnaître la valeur de l’expérience. 

L’expérience nationale ne signifie nullement la condamnation de toutes les théories précédentes, ni la réfutation des autres solutions. Ce serait là un fanatisme aux lourdes conséquences surtout si la volonté de changement social traverse une période de puberté mentale exigeant un élément spirituel.

Cette expérience doit plutôt assimiler tout aliment et le faire macérer dans les sécrétions de ses propres cellules vivantes.

Elle a besoin de savoir ce qui se passe autour d’elle.

Mais elle a encore un plus grand besoin de vivre sur son propre territoire.

L’expérience du faux et du vrai est, dans la vie des nations tout comme celle des individus, la voie vers la maturité.

Par conséquent, la liberté politique, c’est-à-dire la démocratie, ne consiste pas en la seule adoption de façades constitutionnelles.

Il en est de même de la liberté sociale : le socialisme ne consiste pas à se conformer à des théories immuables qui ne sont issues de l’expérience nationale.

A la suite du mouvement révolutionnaire populaire de 1919, l’Egypte fut victime de la grande supercherie de la fausse démocratie. 

Les directions révolutionnaires se laissèrent entraîner, dès que le colonialisme eut reconnu, pour la première fois, l’indépendance de l’Egypte, par l’apparence démocratique des façades constitutionnelles sans fondement économique. […]

Le colonialisme ne tint aucun compte de l’indépendance reconnue par écrit et n’hésita pas à la piétiner à tout moment, selon ses intérêts.

Cela était tout à fait naturel. La façade de la fausse démocratie ne représentait que la démocratie de la réaction et celle-ci n’était pas prête à rompre ses liens avec le colonialisme ou à cesser toute collaboration avec lui. Aussi, était-il naturel, en ne tenant pas compte des façades étrangères factices, à l’époque d’une démocratie réactionnaire et sous couvert de ce que l’on appelait l’indépendance nationale, de voir les gouvernements incapables d’agir sans l’inspiration du représentant officiel du colonialisme en Egypte. Bien plus, dans certains cas, ces gouvernements n’existaient que sur son avis et son ordre. Il alla même, une fois, jusqu’à porter un gouvernement au pouvoir avec ses tanks (2).

Tout cela contribue à démasquer le caractère artificiel de cette façade, à dévoiler au grand jour la supercherie de la démocratie de la réaction et à démontrer, sans doute aucun, que la démocratie politique ou la liberté sous son aspect politique n’a aucune valeur sans la démocratie économique ou la liberté sous son aspect social. 

Que le régime politique dans un pays reflète directement sa situation économique et représente fidèlement les intérêts qui le dominent est une vérité évidente qui n’admet pas de discussion.

Si la féodalité constitue la puissance économique qui domine un pays, la liberté politique dans ce pays ne peut être que celle de la féodalité.

Celle-ci domine tous les intérêts économiques, définit les positions politiques de l’Etat et s’en sert pour défendre ses intérêts.

Il en est de même lorsque le capitalisme exploitant détient la puissance économique.

En Egypte, avant la Révolution, la puissance économique était entre les mains d’une coalition formée par la féodalité et le capitalisme exploitant. Il était donc inévitable que les aspects politiques, de même que les partis, fussent le reflet de cette puissance et la façade visible de cette coalition.

Il est étonnant de constater que certains partis politiques n’hésitèrent pas, en cette période, à proclamer sans pudeur que le pouvoir devait être confié uniquement à ceux qui avaient des intérêts.

Comme la féodalité et le capitalisme exploitant étaient, en ce temps-là, les véritables intéressés dans le pays, ce slogan était plus qu’une reconnaissance tacite de la comédie imposée par les forces dominantes au peuple égyptien au nom de la démocratie.

Quoi qu’il en soit, ce slogan – en dépit de la douleur qu’il provoqua – était une reconnaissance franche et sincère de l’amère vérité.

Le socialisme est la voie qui mène à la liberté sociale. La liberté sociale ne peut se réaliser que si une chance est accordée à tout citoyen d’obtenir une part équitable de la fortune nationale. 

Cela ne se limite pas simplement à une nouvelle répartition de la fortune nationale entre les citoyens mais exige, d’abord et avant tout, l’élargissement de la base sur laquelle repose cette fortune nationale de sorte que nous puissions satisfaire les droits légitimes des masses populaires. 

Cela signifie donc que le socialisme, grâce à ses piliers – la justice et la satisfaction des besoins – est la voie de la liberté sociale.

La solution apportée par le socialisme au sous-développement économique et social en Égypte est une marche révolutionnaire vers le progrès. Elle ne constitue pas une hypothèse fondée sur un choix minutieux, mais un fait historique inéluctable imposé par la réalité, par les larges espoirs des peuples et l’instabilité du monde au cours de la deuxième moitié du XXème siècle.

Les expériences capitalistes sont allées de pair avec l’impérialisme. L’élan économique des pays capitalistes a sa source dans les investissements amassés dans les colonies. Les trésors de l’Inde, absorbés en grande partie par l’impérialisme britannique, ont constitué le fondement des premières économies qui ont servi au développement de l’agriculture et de l’industrie en Angleterre. Si le développement économique de l’Angleterre est parti de l’industrie textile de Lancashire, la conversion de l’Égypte en vaste champ de coton a joué le rôle d’une artère alimentant l’économie britannique, au détriment du paysan égyptien affamé.

Les temps sont révolus où la piraterie colonialiste spoliait les richesses de certains peuples au bénéfice d’autres sans le contrôle d’une loi ou d’une morale quelconque. Il faut mettre fin à toutes les séquelles de cette situation qui peuvent encore subsister, en particulier en Afrique.

Il y eut aussi d’autres expériences de progrès qui atteignirent leurs buts au détriment du peuple militant et malheureux qu’on exploitait, soit dans l’intérêt du capital, soit sous la pression d’applications doctrinales qui allèrent jusqu’à sacrifier des générations vivantes, au bénéfice de générations qui n’ont pas encore vu le jour.

La nature de notre époque n’admet plus cet état de choses.

Le progrès par voie de spoliation, ou par voie de corvée n’est plus tolérable dans le cadre des nouvelles valeurs humaines.

Les valeurs humaines ont eu raison du colonialisme, comme elles ont éliminé la corvée.

Ces valeurs humaines ne sont pas bornées à détruire ces deux ordres de choses. Elles ont été positives lorsqu’elles ont mis au clair l’esprit et les idéaux de l’époque, en inaugurant, grâce à la science, d’autres normes de travail pour le progrès.

Le socialisme scientifique est la forme qui convient à la mise sur pied d’un plan véritable pour assurer le progrès.

Tout autre plan ne pourra nullement réaliser le progrès voulu. Et ceux qui réclament qu’on laisse la liberté au capital et s’imagine qu’ainsi on suit le chemin du progrès, commettent une grave erreur.

Le capital, laissé à son évolution naturelle dans un pays réduit par force au sous-développement, n’est pas capable de commander l’élan économique. A cette époque, en effet, de grands monopoles capitalistes s’étaient implantés dans les pays avancés, qui tiraient parti des ressources provenant des colonies.

L’énorme développement des monopoles mondiaux ne devait laisser au capitalisme local dans les pays aspirant au progrès que deux perspectives :

La première, c’est que le capitalisme local n’était plus en mesure d’affronter la concurrence sauf en se retranchant derrière les hautes barrières du protectionnisme dont les masses ont payé le prix.

La seconde, c’est que son seul espoir de développement était de se lier au mouvement des monopoles mondiaux, d’en suivre les traces, d’en devenir la queue et d’entraîner la partie vers un abîme dangereux. 

D’autre part, l’élargissement, dans le monde, de l’écart entre les pays avancés et ceux qui essaient de les rejoindre ne permet plus qu’on laisse l’opération du progrès aux efforts individuels fortuits qui ne sont mus que par un désir de bénéfice égoïste.

Ces efforts ne sont plus capables de relever le défi. On ne peut relever le défi que si l’on remplit les trois conditions suivantes :

1. Réunir les économies nationales. 

2. Mettre toutes les expériences de la science moderne au service de l’investissement dans l’économie.

3. Élaborer une planification générale du processus de production. A côté du problème de l’augmentation de la production, se pose celui de sa répartition équitable. Cette dernière exige l’établissement de programmes embrassant tous les domaines de l’activité sociale, qui feront profiter les travailleurs des biens produits par le travail et de ses résultats favorables. On créera ainsi une société où régnera le bien-être auquel aspirent les masses populaires et pour lequel elles ont âprement lutté.

Le travail visant à élargir la base de la richesse nationale ne saurait être confié à l’arbitraire du capital privé, naturellement exploiteur et abusif.

De même, la redistribution équitable de l’excédent des bénéfices provenant de la production nationale ne saurait être accomplie par un volontariat basé sur la bonne foi, quelle qu’en soit la sincérité.

La volonté de révolution nationale se trouve ainsi conduite à une conclusion concrète : la nécessité pour le peuple de posséder tous les instruments de la production, et d’orienter l’excédent de la production selon un plan déterminé d’avance. Si l’on n’aboutit pas à cette conclusion, il sera impossible de réaliser les objectifs de la Révolution. 

Cette solution socialiste est la seule issue qui mène au progrès économique et social. Elle est la voie de la démocratie sous toutes ses formes politiques et sociales.

Le fait que le peuple contrôle tous les instruments de production, n’implique, ni la nationalisation de tous les moyens de production, ni l’abolition de la propriété privée, ni l’atteinte au droit légitime d’héritage qui s’y rattache. Mais on peut y parvenir par deux moyens :

1. La création d’un secteur public compétent, chargé de diriger les étapes du progrès dans tous les domaines et d’assurer la responsabilité capitale du plan de développement.

2. L’existence d’un secteur privé détaché de toute idée d’exploitation qui contribue au développement dans le cadre du plan général.

Mais il faut que ces deux secteurs soient contrôlés et dominés par le peuple.

Cette solution socialiste est la seule voie sur laquelle peuvent se rencontrer tous les éléments du travail production. Celui-ci se poursuivra selon des règles scientifiques et humaines, capables de fournir à la société toutes les énergies qui lui permettent de refaire sa vie suivant un plan, préalablement tracé, étudié et généralisé. 

La planification socialiste achevée est le seul moyen de réaliser l’exploitation de toutes les ressources nationales matérielles aussi bien que naturelles et humaines. Cette exploitation, accomplie selon des méthodes, à la fois pratiques, scientifiques et humaines, apportera aux masses populaires la prospérité et le bien être.

C’est cette planification qui garantit la bonne exploitation des richesses existantes, potentielles et éventuelles. Elle garantit du même coup la distribution des services rendus effectivement, et l’extension de ces services aux régions jadis ruinées par la négligence et l’impuissance, résultats de la longue privation imposée par l’égoïsme des classes dominantes et arrogantes au peuple en lutte.

De tout ceci, il découle que la planification devra être une opération créatrice, scientifique et organisée. Elle devra répondre à tous les défis qu’affrontera notre société. Elle n’est donc pas une simple opération dont l’objet serait d’évaluer le possible, mais plutôt l’opération qui concrétise l’espoir.

Ainsi, la planification dans notre société aura à trouver une solution qui assure le succès matériel et humain de l’œuvre nationale, à la difficile équation que voici :

Comment accroître la production ?

Et en même temps, augmenter la consommation en produits et en services ?

Et cela, tout en augmentant continuellement l’épargne destinée aux nouveaux investissements ?

Cette équation difficile, à trois inconnues vitales, exige une organisation forte et parfaite, capable de mobiliser les forces productives, d’en élever matériellement et intellectuellement la qualité et d’harmoniser lesdites forces avec la production même.

Pendant cette étape, l’œuvre révolutionnaire a besoin de toute l’expérience de la Nation arabe, fruit de son long passé glorieux. Elle aura à profiter de sa profonde sagesse autant que de son esprit révolutionnaire et de sa capacité à réaliser une modification radicale.

L’unité ne peut et ne doit pas être imposée. Car, les moyens auxquelles les Nations ont recours pour atteindre leurs nobles objectifs doivent être aussi nobles et élevés que les fins.

Par conséquent, la contrainte, sous toutes ses formes, est contraire à l’unité.

Ce serait là non seulement un acte immoral mais également un danger pour l’unité nationale au sein de chaque peuple arabe et, partout, pour l’unité de la Nation arabe, au sens le plus général. 

L’unité arabe n’est nullement une forme constitutionnelle uniforme qui doive inéluctablement être appliquée, mais plutôt un long chemin où les étapes et les formes pourraient se multiplier avant d’atteindre l’objectif final.

Dans le monde arabe tout gouvernement national qui reflète la volonté de son peuple et de sa lutte, dans le cadre de l’indépendance nationale, est un pas vers l’unité, en ce sens qu’il élimine toute oppression entre ce gouvernement et les vœux ultimes en l’unité.

Dans le monde arabe toute unité partielle qui reflète la volonté de deux peuples au moins de la Nation arabe, constitue un état progressiste en marche vers l’unité, nous rapproche de l’unité totale, en prépare la voie et fixe encore plus profondément ses racines dans le sol arabe.

Pareilles conditions préparent la voie à l’appel en faveur de l’unité arabe. 

Si la République Arabe Unie estime que son message implique, de sa part une action en faveur de l’unité arabe totale, la réalisation de cet objectif sera facilité par une claire délimitation des moyens, qui, en cette étape de la lutte arabe, doivent être définis d’une manière précise et obligatoire.

L’appel pacifique en constitue le préambule.

L’application scientifique de tous les concepts progressistes de l’unité contenus dans cet appel, constitue la seconde étape pour parvenir à un résultat certain.

L’accélération des différentes étapes de l’évolution vers l’unité entraîne, comme l’expérience l’a prouvé, des failles économiques et sociales que les éléments hostiles à l’unité exploitent pour lui assener des coups bas.

L’évolution de l’œuvre unitaire vers son objectif définitif et total doit être, de toute façon, accompagnée d’efforts pratiques déployés pour combler toutes les lacunes économiques et sociales dues à la variété des étapes de cette évolution auxquelles ont, à divers échelons, accédé les peuples arabes ; variété imposée par les forces isolationnistes de la réaction et de l’impérialisme.

Des efforts puissants et conscients doivent également préparer la voie aux nouveaux courants de pensée, afin qu’ils puissent agir sur les tentatives de déchirement, qu’ils arrivent à surmonter les derniers vestiges de la dispersion des idées dues à la pression des circonstances au cours du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle ; et, enfin, qu’ils réussissent à liquider les séquelles des complots et des manœuvres qui, dans certains cas, empêchent une parfaite vision.

La République Arabe Unie, en étant parfaitement convaincue qu’elle fait partie intégrante de la Nation arabe, doit placer son appel et les principes qui y sont contenus au service de tout citoyen arabe, sans se laisser influencer un seul instant par l’idée désuète et surannée selon laquelle cela constituerait une ingérence dans les affaires d’autrui.

Dans ce cadre d’idées, la République Arabe Unie doit veiller à ne pas prendre part aux querelles locales des partis dans n’importe quel pays arabe, car cela contribuerait à placer l’appel en l’unité et ses principes dans une position inférieure à celle qui leur est due.

Si la République Arabe Unie estime qu’il est de son devoir de soutenir tout mouvement populaire nationalitariste, cet appui doit, néanmoins, se maintenir dans le cadre des principes fondamentaux, et laisser les manœuvres de la lutte elle-même aux éléments locaux qui, pour la mener à bonne fin, se chargeront de grouper tous les potentiels nationalitaristes et de l’orienter vers ses objectifs en se conformant à la situation locale et à ses possibilités.

La République Arabe Unie doit également ouvrir la voie à la coopération entre tous les mouvements nationalitaristes progressistes dans le monde arabe.

Elle doit s’associer spirituellement à eux pour le plus grand bien de l’expérience commune.

Néanmoins, elle ne peut leur imposer un texte établissant les modalités de ce progrès.

L’instauration d’une fédération des mouvements populaires, nationalitaristes et progressistes dans le monde arabe s’imposera d’elle-même aux étapes futures de la lutte.

Tout cela ne porte pas et ne doit pas porter atteinte à l’existence de la Ligue arabe, car si cette dernière n’est point capable de mener la course arabe vers son noble et lointain objectif, elle est, du moins, capable d’avancer de quelques pas sur cette voie.

Les peuples désirent réaliser complètement leur espoir, et la Ligue arabe – qui groupe les gouvernements – ne peut aller au-delà du possible, qui pour elle, ne consiste qu’en un pas sur la voie des aspirations totales. L’achèvement d’une partie contribue à avancer la date où le tout pourra être réalisé.

Cette réserve faite, la Ligue arabe mérite d’être appuyée, compte tenu de sa capacité, limitée par les circonstances qui ont entouré sa constitution, et par sa propre nature.

La Ligue arabe est capable de coordonner certains aspects de l’activité arabe dans son étape actuelle. Elle ne doit cependant pas, en même temps, sous n’importe quel couvert ou prétexte, devenir un moyen de bloquer le présent pour saper l’avenir.


(1) In. Abdel-Malek Anouar, Anthologie de la littérature arabe contemporaine, Paris, Ed. du Seuil, 1965, pages 161-171
(2) Il s’agit de l’affaire du 4 février 1942, quand la Grande-Bretagne imposa au Roi le retour au pouvoir de Wafd, seul capable d’entraîner l’Egypte dans la guerre contre les puissances de l’Axe.

1 commentaire:

  1. Le plus court chemin d'un homme à l'autre est un sourire.

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