mardi 4 juin 2013

Un printemps turc ?



Ces images inattendues et impressionnantes ont fait le tour de la planète : rues bondées de manifestants, affrontements violents, foules traversant le pont du Bosphore à pied au petit matin… Mais que se passe-t-il donc dans ce pays qui a pourtant vu ces dernières années un miracle économique que beaucoup lui envient ; dont le parti au pouvoir, l’AKP, est parvenu à se faire reconduire avec pratiquement 50% des voix ; qui est acclamé dans les forums internationaux ; et qui semblait en passe de régler le plus épineux dossier politique, la question kurde ? 




De manière discrète, mais continue, les tensions s’accumulaient pourtant depuis quelques temps. Les nouvelles restrictions à la vente d’alcool votées cette semaine s’ajoutent à une liste déjà fournie et font grincer quelques dents. Pas plus tard que la semaine passée, s’est déroulée à Ankara une mobilisation originale : des couples sont venues protester contre des lieux publics de plus en plus moralement restrictifs, en s’embrassant en public. Mais ce n’est pas un hasard si la protestation actuelle est partie du parc de Gezi (la « promenade »), voué à disparaître dans un projet d’aménagement urbain du centre « moderne » d’Istanbul, adopté sans concertation. En effet, ce quartier de Beyoglu a été une cible privilégié des politiques de l’AKP : pour ne citer que les initiatives les plus récentes, interdiction des terrasses des cafés et restaurants en 2011 ; construction d’un immense centre commercial sur l’avenue Istiklal, dont un étage était pourtant illégal ; destruction, il y a quelques jours à peine, du cinéma historique Emek malgré de larges protestations ; et, depuis le 1er mai, interdiction des manifestations sur la place centrale de Taksim (adjacente au parc Gezi) et sur l’avenue Istiklal (voir notre édition du 28 mai 2013). Beyoğlu, et notamment de quartier d’Istiklal, symbolise cette Turquie occidentalisée, cosmopolite et branchée dans laquelle ne se reconnait pas l’AKP et que d’aucuns le soupçonnent de vouloir étouffer. Si les habitants et usagers de Beyoğlu s’estiment victimes de desseins ombrageux du pouvoir, c’est aussi car le premier ministre Erdoğan, ancien maire d’Istanbul, garde un œil attentif sur tout ce qui concerne la mégapole de Turquie. Celle-ci occupe, dans sa vision du futur, la place de choix de mégapole mondiale, pour laquelle il nourrit de grandes ambitions : troisième aéroport se voulant le plus important du monde, troisième pont sur le Bosphore dont la première pierre vient d’être posée, herculéen canal parallèle au Bosphore… Autant de grands projets qui ont suscité beaucoup d’opposition, que le pouvoir a su jusqu’à présent contourner, ignorer ou faire taire.

Finalement, la mobilisation autour du parc de Gezi n’aura été qu’une étincelle, celle de trop. En fait, plus que le parc lui-même – certes l’un des seuls espaces verts de cette partie de la ville, mais qui n’était ni très fréquenté, ni très bien entretenu, ni particulièrement valorisé par qui que ce soit, bref qui avait assez peu en commun avec Central Park – c’est l’attitude des forces de sécurité, et plus largement du pouvoir, qui a véritablement mis le feu aux poudres et suscité l’élargissement de la mobilisation, y compris les soutiens au niveau international. La répression tout d’abord, que beaucoup jugent disproportionnée : le 1er mai, alors que les manifestations à Taksim avaient été interdites officiellement en raison des travaux, la zone entière a été bouclée, les transports publics arrêtés à grande échelle, les véhicules interdits, les ponts sur la Corne d’Or levés ; les altercations ont conduit à l’utilisation massive de gaz lacrymogènes, au point d’affecter de très nombreux riverains, y compris à plusieurs centaines de mètres des lieux d’affrontement. Cet usage s’est répété à plusieurs occasions depuis, jusqu’à inquiéter un certain nombre de touristes qui passaient par là.

Mais plus généralement, certains observateurs ont reproché au pouvoir AKP, en particulier depuis sa dernière législature entamée en 2011, son arrogance et ses dérives autoritaires, qui se sont manifestées en particulier par des pressions sur les médias. Ici encore, les annonces de la préfecture d’Istanbul reprises par les grands médias jusqu’à samedi 1er juin dans la matinée, assurant que le nombre de blessés s’élevait à douze, suscitaient déjà l’incrédulité et le malaise. Mais depuis l’annonce de la Chambre des médecins quelques heures plus tard, annonçant plusieurs centaines de blessés, c’est la colère qui domine.

Les médias classiques sont montrés particulièrement discrets, pour ne pas dire absents. Ils ont d’ailleurs fait l’objet de vives critiques. Vendredi soir, les grandes chaînes mentionnaient à peine les événements. Seules quelques chaînes marginales, pour la plupart de gauche, ont relayé les événements, et ont atteint un audimat record. Dans ce contexte, comme dans plusieurs « printemps arabes », les réseaux sociaux ont joué un rôle crucial, à la fois de relai d’information et de canal de mobilisation. Ce support est propice aussi à la propagation de rumeurs et de légendes urbaines. Il y aurait des morts ; les hôpitaux militaires soutiendraient les manifestants ; des policiers et plusieurs préfets auraient démissionné… Il reste difficile de démêler le vrai du faux dans ce contexte de guerre de l’information.

Mais qui est derrière ce mouvement ? Et que veulent-ils ? On ne distingue pas d’organisation principale. Ce ne sont certes pas les organisations de défense du parc ou même écologistes qui auraient pu mobiliser avec une telle ampleur. Plusieurs partis d’opposition et plusieurs clubs de football ont appelé, hier, à se rassembler. De rares bannières sont brandies ici et là : ici un groupe révolutionnaire musulman, là un parti… Mais c’est un phénomène minoritaire. Beaucoup de gens trouvent là simplement l’occasion de manifester un agacement et leur opposition, bien au-delà de la question de Gezi, et cela pour des motifs qui peuvent s’avérer très différents. Les manifestants scandent « Erdogan démission » ou disent s’opposer au « fascisme ». Ils s’opposent à un pouvoir tellement hégémonique qu’il croit pouvoir se permettre d’être parfaitement indifférent à l’opposition et de la prendre pour quantité négligeable. S’exprime de manière assez large un « ras-le-bol » qui est loin de se limiter aux kémalistes farouchement laïcistes, ni aux groupes de gauche radicale, ni encore à tous ceux ayant envie d’en découdre.

Au moins autant que la diversité des manifestants, c’est le nombre et les modalités des soutiens qui étonne : tel restaurant nourrit les manifestants gratuitement ; tel hôtel les accueille ; sur l’avenue Istiklal en état de guerre, des commerçants applaudissent les manifestants ; face au brouillage des lignes de téléphone portable par les forces de sécurité sur les zones d’affrontement, les cafés et restaurants environnants fournissent leurs codes de wifi par réseaux sociaux… Des riverains affichent sur les bâtiments que les manifestants peuvent venir se réfugier chez eux. Dans plusieurs quartiers, au milieu de la nuit encore, de nombreux habitants manifestaient leur soutien en allumant et éteignant les lumières et en descendant dans les rues avec casseroles et poêles. Nombreux sont ceux qui aux fenêtres applaudissent ou acclament les manifestants, comme ceux qui klaxonnent pour les encourager.

Finalement, les gouvernements Erdoğan ont eu à affronter des oppositions, mais principalement portées par des partis eux-mêmes affaiblis. La Turquie a vu peu de manifestations d’ampleur depuis les grands meetings républicains de 2007. Le pouvoir saura-t-il y faire face ? Lorsqu’Erdoğan a finalement pris la parole samedi à midi – dans une réunion sur le commerce extérieur où il vantait la réussite économique du pays- , c’est encore une fois pour défendre le projet de réaménagement de la place Taksim, mais aussi pour attribuer les événements à une coalition entre partis d’opposition et groupes illégaux, bref pour lui nier toute portée et légitimité. Selon lui, qui n’agit pas dans le cadre de la loi ne peut se prétendre défenseur de la démocratie. Justement, on s’est souvent interrogé sur le potentiel de démocratisation de l’AKP ; la gestion des rassemblements actuels pourraient constituer un véritable test. En attendant, des groupes continuent à affluer vers Taksim, des manifestations de soutien à s’organiser dans différentes villes de Turquie et d’ailleurs.


Turquie : après avoir soutenu les printemps arabes, l’AKP est-il victime du printemps turc ?


de Dario S.


Il ne fait pas de doute que Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, paie aujourd’hui le prix de ses hésitations dans le dossier syrien et récolte le fruit de son islamo-conservatisme arrogant. Le régime de Bachar Al-Assad, qui a longtemps menacé de déstabiliser la Turquie, souhaite aujourd’hui profiter du printemps turc. Habituée aux coups bas et frôlant le ridicule, la Syrie profite, dénonce l’usage de la force et appelle Erdogan à démissionner !!
En projetant la destruction d’un parc, l’abattage d’arbres et la construction d’une mosquée place Taksim, à Istanbul, le Premier ministre turc a ravivé la querelle opposant les partisans de la laïcité aux tenants d’une islamisation de la société. Le spécialiste de géopolitique de BFMTV, Harold Hyman, livre une analyse pertinente : « En annonçant dimanche son intention de construire une mosquée sur la Place Taksim d’Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a infailliblement rallumé la bonne vieille querelle entre laïcistes et islamisants, querelle qui couve sous la cendre depuis le tout premier jour de la création de la République de Turquie de Kemal Moustapha Atatürk en 1922 (…). L’hostilité anti-AKP qui s’exprime par des centaines de manifestations à travers le pays rassemble les opposants de tous bords aux grands projets d’urbanisme ». 

Après avoir soutenu les printemps arabes, dans l’espoir d’exporter le modèle de l’AKP, ralliant l’islam, la démocratie et la modernité, Erdogan est victime du printemps turc. Selon Harold Hyman, « un printemps issu d’une cause culturelle : la transformation urbaine. Erdogan et la mairie d’Istanbul ont en effet lancé un programme de transformation urbaine pour faire de la ville – et dans une moindre mesure Ankara – une espèce de phare urbanistique mondial », estime Hyman. « Pour cela, ajoute-t-il, des espaces verts ont été ajoutés dans des lieux périphériques, et des centres commerciaux sont nés (…) avec les soupçons de favoritisme dans l’attribution des chantiers ! ». 

L’analyste de BFMTV ajoute qu’Erdogan a eu la curieuse idée d’islamiser en même temps qu’il transforme. Il veut raser les arbres du parc Gezi, ces 6 hectares qui donnent de la dimension à l’emblématique Place Taksim. Beaucoup d’événements dramatiques s’y sont déroulés. Toute manifestation qui se respecte se rassemble là, et on se rappellera des bagarres lors du sommet de la Banque mondiale en 2009. Erdogan veut gommer cette société gauchiste. Non content d’un coup, il en livre un deuxième contre les kémalistes : il veut mettre un centre commercial figurant la réplique de l’ancienne caserne ottomane détruite sous Atatürk sur la place, et dimanche il a lâché le grand dessein : il veut y construite une mosquée. Et détruire le très kémaliste Centre culturel Atatürk qui borde le parc Gezi ». 

« Erdogan a surjoué ses cartes, il va perdre la main. La gauche voudra sa place Taksim, les écologistes leur parc Gezi, les nationalistes leur Centre culturel Atatürk, les laïcistes modérés ne pourront pas plus tolérer une mosquée que les autres groupes politiques hors AKP. Le printemps sera le printemps laïc et écologique, contre Erdogan vu comme un autocrate islamisant. Explosif. C’est le début de la fin de l’islamo-ottomanisme, et préparons-nous à une longue convulsion » conclut Hyman. 

Selon un autre spécialiste de la Turquie, Didier Billion, interrogé par « 20 Minutes », « la question du parc est secondaire mais elle cristallise des mécontentements qui n’arrivent pas à s’exprimer. Les manifestants ne supportent plus l’autoritarisme croissant du pouvoir ». L’exaspération est d’autant plus grande que le gouvernement a multiplié les lois restreignant les libertés individuelles. Dernier exemple en date : l’interdiction de vendre de l’alcool entre 22h et 6h, ce qui avait déclenché la polémique et alimenté, par la même occasion, les craintes de l’opposition laïque sur une islamisation de la société. 

Le rôle régional de la Turquie en question 

Le rôle régional de la Turquie s’en retrouve affecté par la crise qui affaiblit considérablement l’AKP. Certains analystes turcs affirmaient récemment que le premier ministre s’est lui-même placé entre le marteau syrien et l’enclume de ses opposants. Erdogan a trop longtemps hésité dans le dossier syrien, ou il s’est soumis aux pressions américaines, russes et iraniennes. Mais le résultat est le même : il a donné l’impression d’impuissance. Conjuguée aux menaces syriennes de déstabiliser la Turquie, soit par les partis de gauches soutenus par Damas, soit par le PKK kurde armé par Assad, l’impression d’impuissance d’Erdogan s’accentue aujourd’hui. Le régime syrien critique l’usage de la force par le gouvernement turc contre les revendications légitimes de la population ! Damas appelle aussi Erdogan à démissionner ! Le ministère syrien des Affaires étrangères a même atteint le comble du ridicule en déconseillant aux Syriens de se rendre en Turquie, en proie à l’insécurité !! Le message adressé par le président turc Abdallah Gül, lui aussi islamiste de l’AKP, aux manifestants, ce lundi, les invitant au calme et leur assurant que leur messages est bien arrivé, ne fait que confirmer la vulnérabilité de l’AKP. 

Selon toute vraisemblance, Erdogan a longtemps joué au feu sans aller au terme de son engagement, notamment en Syrie. Il a alimenté l’hostilité syrienne et réveillé à Damas le souvenir d’Alexandrette, sans se donner les moyens de renverser Assad. Avec le retour de manivelle syrien, ou plutôt avec le retour de flammes syriennes, Erdogan risque de se brûler les doigts. Désormais, bien que spontané, comme toutes les révoltes arabes des dernières années, le soulèvement des Turcs peut profiter à la Syrie, à l’Iran et à la Russie. Ankara n’est plus la tête de pont de l’OTAN dans la région. Sa déstabilisation prive aussi et surtout les rebelles syriens d’un point d’appui, d’un fond stratégique et d’un couloir de ravitaillement. Les aides occidentales promises à l’Armée syrienne libre ne pourront pas leur être acheminées. C’est l’art des Occidentaux de se faire avoir et l’expression flagrante de leur masochisme.




Le grand Frère turc et ses parrains



de Ahmed Halfaoui


Après avoir été le modèle chanté à l’intention des Arabes et assimilés, le gouvernement de Rajab Tayeb Erdogan n’est plus dans les grâces de la « communauté internationale » et du comité de rédaction mondialisé. Désormais il peut être désigné sous la voulue infamante dénomination de « pouvoir islamo-conservateur », qualificatif réservé jusque-là à d’autres indigènes. Belle dégringolade de l’AKP du piédestal où il croyait se pavaner. Savoureux rappel à l’ordre des Frères qui se croyaient promus par les maîtres du monde comme fer de lance idéologico-politique de l’offensive printanière de l’OTAN. « Nous appuyons …les protestations pacifiques …mais peut-être que nous aurons plus à dire au cours des prochains jours » a dit la porte-parole de la diplomatie étatsunienne, Jennifer Psaki, qui dénonce la répression policière qui a prévalu lors des manifestations qui ont agité la Turquie. Une déclaration qui ouvre des perspectives inquiétantes. Etant donné que les Etats-Unis révèlent qu’ils sont sur le qui-vive, qu’ils attendent que la situation s’aggrave et qu’ils se préparent à cela. L’Union européenne n’est pas en reste, et tient à « rappeler à la Turquie l’importance des droits humains fondamentaux, y compris la liberté d'expression et la liberté de réunion ». Les ONG droitdelhommistes, aussi, ne manquent pas à l’appel. Avec elles, les principaux protagonistes de la partition jouée à propos de la Libye et de la Syrie sont donc au complet. Comme s’ils appréhendaient une « révolution », qu’ils ne souhaitent pas rater. Nous pouvons déjà les entendre parler de « laïcs » et ne donner la parole qu’à ceux qui vont dans ce sens, alors que rien ne permet de conclure à quelque orientation que ce soit. Sauf ce refus de voir saccagé le parc Gezi, au profit d’un projet contesté. Avec ça, M.Erdogan doit avoir de sérieuse raison de s’inquiéter. Il ne doit surtout plus croire que les urnes qui l’ont porté au pouvoir sont une protection. Surtout qu’il connaît bien ses parrains atlantistes, lui qui est au premier plan dans la « démocratisation » de la Syrie. Si cela ne lui suffit pas, il n’a qu’à observer ce que sont leurs réactions quand ça manifeste chez eux. En Grèce, en Espagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, ils ont fait comme il a fait lui et ils referont la même chose si nécessaire. Ce qui signifie que leur rappel à l’ordre n’a rien à voir avec le souci de défendre les manifestants turcs. S’il n’est pas au courant, il peut jeter un coup d’œil sur l’article de Naomi Wolf (The Guardian du 25 Novembre 2011). Le titre est « The shocking truth about the crackdown on Occupy », soit « La choquante vérité sur la répression des Occupy ». Il pourra y lire comment sont traités les libertés et les droits civils. Il pourra lire ce que la police étatsuniennes fait aux manifestants pacifiques et aux journalistes. Mais ce qu’il devrait faire c’est d’appeler tous les dénonciateurs et leur poser la question qu’il faut. Il commencerait par leur demander pourquoi ils ne se dénoncent pas entre eux, ensuite il leur demanderait une explication sur le fait qu’ils auraient le droit de tabasser et pas lui. Il sera plus vite éclairé sur son statut. Pour le reste, beaucoup sont curieux de savoir ce qui se passe dans sa tête, après cette douche glacée


Protestations turques: l'histoire derrière les extraits sonores



de Nureddin Sabir


Par Nureddin Sabir, 
Rédacteur en chef, Redress Informations & Analysis 
Les troubles en Turquie semble avoir pris politiciens occidentaux et les médias grand public par surprise, même si elle a été progressivement croissante pendant au moins un mois. Inévitablement, des simplifications, des généralisations et des comparaisons grossières avec le printemps arabe ne sera effectué. 
Pour aider à comprendre ce qui se passe en Turquie nous recommandons deux courts articles informatifs, mais qui ont été publiés en ligne dans les derniers jours. 

"La Turquie Parler"Le premier, " Parler Turquie ", en Colombie-militant des droits humains et ancien ambassadeur Craig Murray, se penche sur les véritables griefs des Turcs ordinaire contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, et aussi à la façon dont les manifestations semblent être exploitées par d'autres - les privilégiés et l'extrême droite - pour des motifs inavoués. 
Bien que le catalyseur des protestations était un un environnement - le plan du Erdogan gouvernement de démolir Gezi Park, l'un des derniers importants espaces verts à Istanbul, et le remplacer par un centre commercial - la plus importante cause sous-jacente, selon Murray, est endémique corruption. Il dit Erdogan 

a rendu malades plusieurs de ses alliés naturels de la corruption endémique en Turquie à l'heure actuelle. Presque tout le monde, j'ai rencontré [d'une récente visite en Turquie] m'a parlé de la corruption, et la Turquie étant la Turquie, tout le monde semblait connaître un très grand nombre de détails sur la façon dont la corruption a été organisé dans divers projets de construction et de développement et qui se faisait quoi. Il n'est donc guère surprenant que l'étincelle qui a provoqué ce conflit d'éclater à un nouveau niveau a été allumé par une affaire de corruption de construire un centre commercial sur un parc. La profanation de quelque chose de beau pour l'argent pourrait être une métaphore de la fin du gouvernement Erdogan.Une autre raison de la désaffection d'une proposition visant à interdire la vente d'alcool à moins de 100 mètres de tout site ou mosquée sainte, c'est à dire n'importe où dans le centre d'Istanbul. Que, Murray dit: «jetterait des milliers de personnes sans travail, endommager le commerce touristique important et est à juste titre considéré comme un symptôme de montage répréhensible intolérance religieuse qui met en danger la société turque". 
Cependant, alors que "il ya beaucoup de raisons légitimes pour protester, et l'écrasement effroyable de protestation est le meilleur d'entre eux", tous les manifestants sont ce qu'elles semblent être. Selon Murray, 

Une proportion très élevée ... de ceux qui protestent dans les rues sont des hors-la-échelle nationalistes d'extrême droite d'un genre qui font la BNP [parti national britannique] regarder câlin et Nigel Farage [chef du Parti uni de l'indépendance du Royaume-droite] oeil comme [vétéran du Parti travailliste britannique gauchiste] Tony Benn. Kémalisme - le culte d'Atatürk et une forme très désagréable de nationalisme militaire dominée - reste très forte en effet à Istanbul ... 
Pour chaque libérale laïque à Istanbul il ya deux militaristes ultra-nationalistes laïques. Pour les Occidentaux, ils soulignent le peu laïque et essaient de cacher le reste, et cela fonctionne sur le uncurious (étant uncurious est un attribut obligatoire pour obtenir un emploi par les médias dominants). Bien sûr il ya décents, libéral, les manifestants écologistes et les médias n'auront aucune difficulté, maintenant, ils ont finalement remarqué quelque chose se passe, en remplissant nos écrans avec de belles jeunes femmes qui correspondent à cette description, à l'entrevue. Mais ce n'est pas tout ce qui se passe ici.
Guide de quatre pointsLe second article, nous vous recommandons est par Scott Lucas, professeur d'études américaines à l'Université de Birmingham en Grande-Bretagne et spécialiste de l'Afrique du Nord, au Moyen-Orient et l'Iran. " Turkeyl: un guide en 4 points pour les manifestations », est une analyse générale mais succincte des manifestations. Dans ce document, le professeur Lucas considère ce qui suit: 
1. Pourquoi les protestations ont commencé: «Le plan de la Erdogan gouvernement de démolir Gezi Park, l'un des derniers importants espaces verts de la ville»; 
. 2 Les questions plus larges: les préoccupations environnementales, l'opposition à la politique sur la Syrie, la répression telles que la détention de journalistes et de dissidents, les questions kurdes en cours, l'opposition aux politiques économiques néo-libérales du gouvernement, la résistance aux mesures sociales telles que les restrictions sur l'alcool et la résistance à la tentative de M. Erdogan à centraliser le pouvoir; 
. 3 Qui sont les manifestants - Prof Lucas cite différents points de vue: «les couches sociales de classe supérieure, laïque» blanc Turk », soit ce qui représente" l'une des dernières convulsions des anciennes élites «laïques», qui ont été livrent, et de perdre, un bataille acharnée contre la hausse Anatolie nouveau riche qui composent AKP "du parti, et / ou un mélange" d'Erdogan de divers groupes d'âge, les villes, les convictions religieuses et politiques, et le groupe de revenu ", ainsi que" des groupes pro-kurdes en solidarité avec les associations de jeunes kémalistes », et 
4 Que les manifestations peuvent réussir:. Sur ce point, le professeur Scott conclut en disant 

Les événements de ce week-end devraient être considérés non seulement comme un soulèvement immédiat qui va réussir ou échouer, mais comme le début d'une série d'événements qui vont changer le paysage politique turc. 
En d'autres termes, le concours - qui prendra en compte non seulement les questions sociales comme Gezi Park et le pont du Bosphore, mais l'approche économique du gouvernement et les grandes questions politiques comme la constitution et le pouvoir d'Erdogan favoritisme et - est l'un des plus long terme.Craig Murray et les analyses nuancées soigneusement de Scott Lucas devrait servir de mise en garde contre des évaluations brut et simpliste de l'agitation qui se déroule en Turquie. Que les médias dumbed-down de l'Ouest - qui se sont débarrassés de la plupart de leurs vrais experts et a succombé aux chantages de lobbyistes politiques en faisant taire le reste - se tiendra tout avis est extrêmement douteux. 



Quelles perspectives pour les protestations en Turquie ?



de Konstantin Bogdanov


De nombreuses manifestations secouent les grandes villes turques depuis plusieurs jours. D'où vient la colère de cette population divisée entre l'Europe et l'Asie ? 
Ce qui s'est passé 
Tout a commencé, comme souvent, par une broutille : les autorités ont tenté de raser le petit parc Gezi (300 mètres sur 150), près de la place Taksim, pour y construire un centre commercial. 
Une cinquantaine d'activistes locaux ont d'abord voulu s'y opposer et ont été dispersés le 28 mai avec du gaz lacrymogène, pour laisser place aux bulldozers. 
Soudain, tout a basculé. Des sympathisants ont commencé à installer un campement dans le parc et les 29 et 30 mai, la foule s'est sensiblement agrandie. La police a alors lancé des raids pour interpeler les manifestants. Puis l'information s'est enflammée comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux : ces interventions auraient fait des dizaines de blessés. 
Une manifestation de solidarité avec les victimes a commencé dans la soirée du 31 mai et la protestation a encore gonflé et les 1er et 2 juin : des dizaines de milliers de personnes défilaient dans les rues, non seulement à Istanbul mais aussi dans d'autres villes plus ou moins grandes du pays. 
Rappelons-le : tout a commencé par un parc. Puis la voix de la foule est rapidement montée, allant jusqu'à exiger la démission du premier ministre Erdogan. 
Comme un bonne scène de ménage, en somme : un couple a ravalé son irritation pendant des années et la déverse en l'espace de quelques secondes pour une simple poubelle pleine ou une tasse sale. 
Ce que demande le peuple 
La foule exige tout et n'importe quoi. Hormis le slogan purement émotionnel "ne touchez pas à nos gars", il s'agit principalement d'une sorte de kémalisme fondamental. Les manifestants exigent en fait de leur gouvernement de remplir les principaux points de la doctrine de Mustafa Kemal Atatürk, qui fixait la nature laïque de l'Etat et orientait la Turquie vers les valeurs européennes. 
Pour les Turcs, c'est une forme d'expression politique. La vente d'alcool est interdite après 22 heures ? Ils iront en acheter de manière ostentatoire. Non pas qu'ils veuillent boire – les Turcs boivent peu en règle générale. Mais parce que cette restriction est une initiative des islamistes et beaucoup estiment qu'ainsi, ces derniers font de très petits pas pour bâillonner le régime laïque. 
C'est pourquoi on constate aujourd'hui une projection de tous les reproches de la population urbaine turque à l'égard du premier ministre Erdogan et de ses collaborateurs islamistes, qui s'appuient sur la partie plus conservatrice de la population. 
Les scénarios éventuels 
Il est encore trop tôt pour le dire mais deux contradictions qui font actuellement pression sur la politique intérieure de la Turquie pourraient faire dégénérer la vague de protestations en crise politique à part entière. 
Premièrement : la réaction d'une grande partie de la population, habituée à vivre dans un pays laïque face à l'éventuelle islamisation de la Turquie. Ce qui se passe dans les villes turques pourrait ainsi être interprété comme une antithèse du Printemps arabe, où la vague du triomphe de la "démocratie" qui a balayé les régimes corrompus - autoritaires mais laïques - a porté les islamistes au pouvoir. 
Deuxièmement, une forte opposition interne demeure en Turquie entre les islamistes et les militaires (se considérant comme les protecteurs des succès de la modernisation kémaliste). Ces dernières années, après avoir réussi à consolider l'électorat conservateur, Erdogan a pu porter plusieurs attaques douloureuses au sommet des autorités militaires mais l'armée demeure un bastion de l'opposition. 
Ces deux facteurs se complètent et, dans des circonstances propices pour les adversaires d'Erdogan, pourraient engendrer une situation de crise politique intérieure pour les islamistes. Elle serait certainement limitée car si la base de soutien des nationalistes laïques est grande, elle reste toutefois inférieure à celle des islamistes. 
Cependant, une telle évolution de la situation ne pourrait pas être ignorée, ce qui pousserait le parti au pouvoir à adopter un comportement plus souple. De là à satisfaire les exigences actuelles des manifestants, c'est une autre histoire. 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction Ria Novosti 



Un homme de 22 ans tué dans les manifestations en Turquie






Photo : EPA
Un jeune homme de 22 ans est décédé lundi à l'hôpital après avoir été atteint par balle pendant une manifestation dans le sud de la Turquie, a annoncé la télévision privée NTV. 


Il s'agit du 2e décès en lien avec les importantes manifestations qui secouent le pays depuis près d'une semaine pour protester contre le parti gouvernemental islamo-conservateur Justice et Développement (AKP) 


Depuis vendredi, les heurts se sont multipliés dans tout le pays entre les forces de l'ordre et les manifestants qui accusent le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan de vouloir imposer des réformes conservatrices et islamistes dans la Turquie laïque, rapporte l`AFP. 
Diaporama : Turquie : les habitants luttent pour le du parc Gezi à Istanbul 



« Printemps turc » ou ennuis passagers



de Ilia Kharlamov, Stanislav Tarassov, Olga Khaldyz


Les manifestations de masse ne décroissent pas en Turquie. Et cela a constitué une grande surprise pour les autorités locales, qui ne s’attendaient ni au caractère et aux motifs de la contestation populaire, ni à l’évolution de ses mots d’ordre : de la sauvegarde de l’un des parcs d’Istanbul aux revendications du départ du gouvernement. La vague des actions de protestation a submergé Ankara, Istanbul et Izmir – villes clés du pays. Les manifestants lancent des pierres, la police riposte par du gaz lacrymogène et des canons à eau. Des milliers de personnes ont été interpellées.


En Turquie aisée on n’a vu rien de tel depuis de longues années. Il semblait à de nombreux que la révolte de rue était devenue un anachronisme, un fait voué à l’histoire. Or le djinn a quitté la bouteille. Et donc il y en avait un là-dedans. A peine une telle tournure des événements avait pu être provoquée par la seule répression disproportionnée par la police des actions de protestation contre la reconstruction d’un petit parc Gezi dans le quartier Taksim d’Istanbul. Il faut sûrement en aller chercher les raisons ailleurs. Plusieurs versions sont énoncées à ce sujet. 



Diaporama : Turquie : les habitants luttent pour le du parc Gezi à Istanbul 



Certains considèrent que les affrontements en cours résultent du mécontentement par la préparation d’un projet de loi limitant la consommation d’alcool. D’autres indiquent le changement du format parlementaire-présidentiel en présidentiel de la république. Et encore avec la perspective pour le Premier ministre Reçep Erdogan d’être élu en 2014 chef d’Etat avec de très larges pouvoirs. Des suggestions sont faites également à propos de la croissance économique en Turquie, ayant donné l’effet de « classe moyenne protestataire », qui voudrait davantage de libertés. 


Le politologue russe Stanislav Tarassov a noté que les causes des événements en cours méritaient une étude minutieuse. 


Bien sûr, les bouleversements en Turquie seront soigneusement analysés. Tout d’abord, par des experts turcs. Le problème ne réside pas visiblement dans la « bataille pour les arbres », ni même dans la préparation de la loi, limitant la vente et la consommation des boissons alcoolisées. Tout est beaucoup plus grave. 


Stanislav Tarassov a complété la liste des raisons possibles des actions de masse. Ainsi, la politique d’une « douce islamisation », appliquée par le gouvernement, ne trouve pas de soutien auprès d’une partie importante de la société turque. De ce fait, l’intention de construire à la place du centre culturel Atatürk une mosquée a ajouté un prétexte aux troubles, a été perçue comme une atteinte du parti au pouvoir au patrimoine du fondateur de la République Turque, Mustafa Kemal Atatürk. La politique étrangère soulève elle aussi pas mal d’interrogations dans la population. En premier lieu, l’assistance non-dissimulée des autorités turques à l’opposition syrienne. 


La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a déjà exprimé « une profonde préoccupation par les violences à Istanbul et dans certaines autres villes de Turquie ». Pour sortir de la crise l’UE a proposé à Ankara d’ouvrir un dialogue politique. Mais il n’est pas tout à fait clair quel en sera le format, vu la résolution des protestataires, réclamant le départ de M. Erdogan. 



Alter Info l'Information Alternative


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