samedi 16 mars 2013

A quoi joue Bouteflika ?

 La dernière ligne droite avant l’élection présidentielle du mois d’avril 2014 vient d’être entamée : l’annonce d’une révision de la Constitution dans le courant de l’année 2013 vient d’être officiellement faite par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal.
A quoi joue Bouteflika ?

 Le président Bouteflika a appelé lundi 19 mars les Algériens à voter massivement aux législatives du 10 mai dans un message adressé pour les 50 ans des Accords de paix d'Evian. « J'ai tout espoir que les prochaines élections verront une participation massive des enfants de la nation avec autant d'engouement et d'enthousiasme qui avaient poussé ces derniers un certain jour de 1962 à exprimer leurs voix lors du référendum d'autodétermination », a-t-il déclaré dans un message.
Confronté au spectre d’une forte abstention des électeurs, le président pèse aujourd’hui de tout son poids afin de convaincre les Algériens de se rendre massivement aux urnes.
Depuis plusieurs semaines, le chef d’Etat, secondé par le Premier ministre et la classe politique, multiplie les appels à la participation en n’hésitant pas à faire le parallèle entre le vote aux législatives de mai 2012  et des dates charnières de l’histoire algérienne.
Le saut vers l'inconnu, dit-il
« Tous les regards sont tournés vers l’Algérie. La réussite de ces élections vous prémunira de l’inconnu mais en cas d’échec c’est la crédibilité du pays qui sera en jeu », expliquait-il lors d’un déplacement à Oran jeudi 23 février.
« Nul n’a le droit de se jouer de la crédibilité et de l’indépendance du pays, rajoutait le président ce jour là. Le moment est crucial et c’est en connaissance de cause que je l’ai considéré aussi important que le 1er Novembre 1954 ».
Un saut vers l'inconnu ce scrutin du 10 mai, pourquoi donc?!
Depuis son accession au pouvoir en 1999, Abdelaziz Bouteflika, 75 ans, ne s’est jamais autant impliqué personnellement dans une élection législative.
Le parlement dévitalisé
A contrario, il s’est appliqué à dévaloriser le rôle de l’assemblée et la dépouiller de ses pouvoirs en légiférant par ordonnance et en renforçant les prérogatives du président au détriment du Parlement et du gouvernement.
A presque deux années de la fin de son troisième mandat qui s’achève en 2014, la donne politique a sensiblement changé.
Pour le chef de l’Etat, l’enjeu de ce scrutin est extrêmement important autant pour sa crédibilité et que pour son avenir politique et celui de son clan.
Pour éviter que l’Algérie ne fasse l’expérience d’une révolution populaire qui a balayé trois dictateurs en Tunisie, en Egypte et en Libye, Bouteflika a joué simultanément sur trois tableaux : la répression, la séduction par l’argent et les réformes politiques.
Train de réformes
Tandis que le gouvernement multiplie les augmentations de salaires et les subventions des produits de nécessité et réprime les manifestations publiques, Bouteflika engageait un train de réformes, instaura une commission de consultations politiques à la présidence et faisait adopter au pas de charge par les députés plusieurs lois, principalement celle sur les partis politiques et celle relative à l’ouverture de l’audiovisuel.
Ces réformes -du reste contestées y compris au sein des partis de la coalition présidentielle-, qui portent la patte et la marque du président de bout en bout ont été présentées comme la panacée pour éviter un « printemps arabe » en Algérie.
Le clou de ce processus sera donc ces législatives de mai 2012. Une forte mobilisation serait interprétée comme une adhésion franche des Algériens aux réformes que le président a initiées depuis avril 2011.
La plus belle des fins de carrière
Elle signifierait que les Algériens valideraient non seulement ce processus, mais qu’ils conforteraient le chef de l’Etat dans sa démarche. Au soir du 10 mai, Bouteflika apparaitrait comme cet homme qui aurait fait de l’Algérie une « exception » dans le monde arabe. Un président qui aurait démocratisé le pays en lui évitant un bain de sang et en empêchant l'effondrement du système.
Bouteflika en sortirait alors grandi, renforcé, plébiscité. Presque réélu une quatrième fois.
Non seulement terminerait-il royalement son troisième mandat, mais il pèserait de tout son poids, jouerait de son influence et de sa nouvelle légitimité pour préparer sa succession. Qui se déciderait au sein de son clan, bien sûr.
Qui pourrait alors dire non à ce président qui aurait réussi à ramener massivement les Algériens vers les urnes alors qu’ils s'en désintéressent fichtrement ?
Scénario catastrophique
En revanche, une forte abstention serait un scénario catastrophique aussi bien pour son image, sa crédibilité et que pour son avenir et celui de son clan.
Une désaffection des électeurs lors de ce scrutin signifierait que les Algériens n’adhéreraient pas à ces réformes. Qu’ils s’en moqueraient comme d'une guigne.
Une désertion serait un camouflet, aurait valeur d’un désaveu populaire et d’une perte de confiance en la personne du président en particulier et de la classe politique en général.
Un référendum pour Bouteflika
Une forte abstention dans les bureaux de vote fragiliserait du coup la position du chef de l’Etat, lui qui a toujours été élu et réélu avec des scores brejnéviens, dans la course à sa succession.
Comment Bouteflika pourrait-il organiser sa succession lui qui échouerait à réconcilier les Algériens avec l’urne ? Qui pourrait alors empêcher que des voix s'élèvent pour réclamer des présidentielles anticipées?
Alors oui, Bouteflika a sans doute raison de comparer les législatives de mai 2012 au référendum du 2 juillet 1962. Ces législatives ont valeur d’un référendum pour...lui


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