vendredi 7 décembre 2012

Tunisie : grève générale le 13 décembre sur tout le territoire du pays




Escalade à haut Risque...



• Le porte-parole du gouvernement, Samir Dilou, juge le recours à la grève "disproportionné"

• Grèves régionales "très suivies" à Sfax, Kasserine, Sidi Bouzid et Gafsa, selon l'UGTT

• Le leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, estime que la dissolution de la Ligue de protection de la révolution est du ressort de la Justice

La confrontation est ouverte entre l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et le mouvement islamiste Ennahdha. La principale organisation syndicale a appelé, mercredi soir à l'issue d'une réunion extraordinaire de sa commission administrative, à une grève générale le 13 décembre dans l'ensemble du pays.
Dans une motion publiée à l'issue de la réunion, la centrale syndicale précise qu'elle entend ainsi protester surtout contre une attaque de son siège mardi à Tunis orchestrée, selon elle, par des militants islamistes proches du pouvoir. Elle réclame notamment la dissolution de la Ligue de protection de la révolution, sorte de milice pro-pouvoir qui serait derrière les violences contre le siège de l'UGTT et la traduction des responsables de ces violences devant la justice.

La grève générale annoncée pour le 13 décembre 2012, sera la troisième du genre décidée par l’UGTT depuis l'Indépendance, la première datant du 26 janvier 1978 et la seconde du 14 janvier 2011. "Cette grève a été décidée pour protester contre les agressions sauvages commises à l’encontre des syndicalistes. Ces agressions étaient préméditées d'autant plus que la Ligue de protection de la révolution opère aujourd'hui pour le compte d'Ennahdha après avoir été lancée, à l'origine, par l'UGTT, la Ligue Tunisienne pour la défense des Droits de l'Homme et l'Ordre des avocats», a justifié Houcine Abbassi.

L'organisation syndicale, qui revendique plus de 500.I000 adhérents, et le mouvement Ennahdha, qui domine le gouvernement, étaient depuis près d'une année à fleurets mouchetés. Des sympathisants du parti de Rached Ghannouchi avaient déversé, en février dernier, des sacs de poubelles devant les locaux de la centrale syndicale. Ennahdha reproche souvent à l'UGTT de se mêler de politique, de servir de citadelle pour des partis d'extrême gauche et des "résidus de l'ancien régime" et d'attiser les tensions sociales dans plusieurs régions du pays.

Grèves régionales "très suivies"

D'autre part, des grèves générales ont été observées, hier, dans quatre gouvernorats: Sfax, Sidi Bouzid, Kasserine et Gafsa. Selon des sources syndicales, la majorité des entreprises et des institutions publiques et privées n'ont pas ouvert leurs portes dans ces régions. Les unions régionales du travail ont annoncé que ces grèves ont été "très suivies" par les salariés. " Nous avons enregistré des taux de suivi supérieurs à 90% dans les quatre gouvernorats concernés par les mots d'ordre de grève", souligne Sami Tahri, porte-parole de l'UGTT.

Dans les quatre régions, certains établissements scolaires et quelques hôpitaux seulement ainsi que des petites boutiques et cafés de quartier ont ouvert leurs portes. Le débrayage a grandement perturbé le fonctionnement des établissements scolaires en pleine période d'examens.

A Kasserine, où les bureaux de poste ont fonctionné normalement pour permettre aux ouvriers des chantiers de percevoir leurs salaires, une foule de citoyens s'est rassemblée devant le siège de l'Union régionale du travail, scandant des slogans hostiles à l'UGTT.

Parallèlement aux grèves, des marches de protestation contre l'attaque ayant visé la centrale syndicale ont été organisées à Sfax, Sidi Bouzid, Kasserine et Gafsa. Les protestataires qui étaient soigneusement encadrés par des syndicalistes ont notamment scandé des slogans hostiles au gouvernement et plus particulièrement au mouvement. "L'UGTT est indépendante et les travailleurs sont au premier rang", "Oh Hached , Ennahdha a vendu le pays", "Démission, gouvernement de valets de l'étranger" , ont-ils notamment scandé.

Réaction "disproportionnée"

En réaction aux appels à la grève lancés par la centrale syndicale, le gouvernement a estimé, dans un communiqué publié mercredi soir, que «les incidents déplorables » survenus, mardi, devant le siège de l'Union générale tunisienne du travail, « ne justifiaient pas cette escalade et auraient dû être surmontés par le biais du dialogue ».

La présidence du gouvernement a également appelé «les employés dans tous les établissements, surtout éducatifs, à assurer leur service et à accomplir leur devoir ».

Le gouvernement a, d'autre part, exhorté les citoyens, les partis, les associations et les organisations, dont l'UGTT, «à privilégier la raison et le dialogue pour dépasser les difficultés», rappelant qu’un «pas important a été franchi vers l'amélioration du pouvoir d'achat des travailleurs, avec l'accord conclu sur les majorations salariales dans les deux secteurs public et privé».

Le ministère de l'Intérieur a, quant à lui, appelé les citoyens à éviter tout rassemblement dans la journée du jeudi 6 décembre et à se plier aux ordres ."Suite aux appels à la grève dans plusieurs régions, le ministère de l'Intérieur appelle les citoyens à éviter les rassemblements qui pourraient être utilisés par des groupes cherchant à semer des troubles», lit-on dans le communiqué.

Le ministre des Droits de l'Homme et de la Justice transitionnelle et porte-parole du gouvernement, Samir Dilou, a, par ailleurs, tenu , hier, un discours d'apaisement sur les ondes de la radio Shems FM.

Il a estimé que les membres de la Ligue de protection de la révolution ont quelque part provoqué les syndicalistes, tout en indiquant que "la réaction de l'UGTT est disproportionnée" par rapport aux évènements survenus mardi. « La centrale syndicale s'est précipitée en annonçant cette grève et le Bureau aurait dû discuter davantage avec le gouvernement qui n'est en conflit avec personne, avant de prendre telle décision».

Tout en rappelant que les motifs de l'appel à la grève générale "ne sont pas d'ordre syndical", le leader du mouvement Ennahdha , Rached Ghannouchi, a fait savoir, hier, que la dissolution de la Ligue de protection de la révolution est du ressort de la Justice.

A noter, enfin, qu'une rencontre entre le secrétaire général de l'UGTT, Houcine Abbassi, le leader d'Ennahdha est prévue aujourd'hui au siège de la centrale syndicale.

Walid KHEFIFI



Règlement de comptes politico-syndical

Qui trop «embrase», mal «éteint»!

On ne parle et reparle, depuis mardi dernier, que de l’agression contre le siège de l’UGTT à Tunis. En ce début d’hiver, c’est indiscutablement l’actualité la plus brûlante et la plus sanglante après celle de Siliana dont les cendres ne se sont pas encore éteintes. Il faut dire que l’une et l’autre actualités sont en étroite corrélation quoi qu’en disent les myopes et imbéciles de tous bords. En tout cas, notre lecture des événements de mardi après-midi retient certains détails sur lesquels les « analystes » de plus en plus nombreux depuis la révolution ne sont pas encore revenus.

Le Rassemblement « pacifique »

Parmi les vocables les plus galvaudés ces derniers temps, figure en bonne place celui de « pacifique », qui qualifie en particulier les « marches », les « manifestations » et les « rassemblements » de rue organisés pour un oui et pour un non, quelque part sous nos cieux tunisiens. Mardi dernier donc, des centaines de citoyens « paisibles » soucieux seulement d’ « assainir » l’UGTT, ne dérogèrent pas à la règle et se rassemblèrent « pacifiquement » sur la Place Mohamed Ali, qu’ils occupèrent « par pur hasard » peu de temps avant la marche prévue par la Centrale syndicale, en direction du mausolée de Farhat Hached. Pour commémorer le 60ème anniversaire de l’assassinat du leader syndicaliste tunisien, toute cette foule de manifestants « pacifiques » brandissait des pancartes « pacifiquement » hostiles à l’UGTT et criait des slogans « pacifiques » accusant le syndicat et ses hommes de corruption et de trahison. On aperçut même quelques gourdins entre les mains de ces « éboueurs » : c’était sans doute pour chasser ou écraser les mouches qui pullulaient autour de la pourriture à « assainir ». Quant aux bombes à gaz utilisées « pacifiquement » (nous n’en avons vu que deux à la télé), c’était juste pour parfumer l’endroit après son « assainissement ». On connaît la suite « pacifique » de l’histoire dont la morale nous semble être la suivante : « là où une ligue ou un comité pour la protection de la révolution manifeste « pacifiquement », il faut s’attendre à une journée bien, bien tranquille ! »

La « couverture » Hached

Mardi et mercredi dernier, tout le monde (même dans les rangs des plus farouches adversaires du syndicalisme) honora la mémoire de Farhat Hached et chacun y alla de son éloge funèbre pour exalter l’action militante, le désintéressement, le sens du sacrifice et le patriotisme de ce leader nationaliste. De mémoire de syndicaliste, jamais hommage à Hached ne fut si unanime ni si redondant. Jamais non plus, la commémoration de son assassinat ne fut aussi instrumentalisée politiquement que cette année. Chaque parti ou organisation tirait de son côté la « couverture » Hached. Si bien que nous eûmes vraiment très peur qu’à force de tiraillements, la couverture ne s’effiloche totalement. Tout le monde sait, les « tirailleurs » en premier, que le paravent Hached est un excellent cache-misère. De son vivant, Hached disait « Je t’aime, o Peuple ! ». Aujourd’hui, il aurait crié : « Je vous hais, Faux-culs !»

Les « minarets » de l’UGTT

Du temps de Bourguiba et de Ben Ali, le pouvoir politique en place mena tous les combats et paya tous les prix pour « apprivoiser » la Centrale syndicale. Le rêve des deux souverains totalitaires était de transformer les locaux de l’UGTT en « cellules destouriennes » et en « comités de coordination » déguisés. Ils y parvinrent quelquefois par la force ; mais aucune des mascarades montées par les hommes des deux régimes ne connut de vrai succès. Aujourd’hui, on tente un autre coup de force : construire un minaret au-dessus de chaque siège de l’UGTT. Ces locaux prendraient alors des noms du genre : « syndicat de la Repentance », « syndicat Bilel », « syndicat de la Miséricorde », ou même « syndicat pour la protection de la révolution ». Les congrès, conseils nationaux et commissions administratives s’y tiendraient les vendredis et les jours de fêtes religieuses. Pendant le Ramadhan, les syndicalistes s’y réuniraient après la prière des « taraouih ». La sélection pour le hadj peut s’effectuer à la Place Mohamed Ali. L’UGTT relèverait désormais du Ministère des Affaires religieuses et certains de ses locaux pourraient être annexés par l’Université de la Zitouna. En matière de manifestations, la nouvelle Organisation décréterait, au lieu des grèves, des « prières » de soutien ou de protestation. Lors des négociations sociales, elle souhaiterait à ses affiliés un bon salaire (« ajr ») le jour du Jugement dernier ! Chaque rencontre avec les adhérents se terminerait par des vœux de réussite adressés au gouvernement et par les souhaits de longue vie à son chef et à tous ses membres !

Où est « l’opposition » syndicale ?

Dans le concert des réactions de soutien ou de condamnation de l’agression contre l’UGTT, nous n’avons perçu aucune déclaration émanant des deux formations syndicales de Sahbani et de Guiza. Ni l’UNTT, ni la CGTT ne se prononcèrent sur l’événement ! Nous nous demandons même si les deux syndicats ont commémoré le 60ème anniversaire de Farhat Hached. Une chose est certaine, toutefois : personne à notre connaissance n’agressa leurs locaux ni leurs dirigeants à cette occasion. Les « éboueurs » syndicaux ont sans doute jugé que l’UNTT et la CGTT n’avaient pas besoin d’ « assainissement ». Mais qui sait : ce n’est peut-être que partie remise ! En effet, l’ « ONAS » syndical pourrait demain s’en prendre à Sahbani ou à Guiza si ces derniers relevaient un peu trop haut la tête ! En tout cas, pour le moment, les deux hommes ne semblent pas du tout en avoir envie. Peut-être qu’ils n’en ont pas le temps, peut-être aussi qu’ils sont en train de savourer la mini défaite de l’UGTT. A ce propos, nous ne les avons pas du tout entendu ni pendant ni après le soulèvement de Siliana, jugé au contraire comme une victoire de leurs adversaires. Assurément, en bons élèves de la Troïka, ces deux syndicats ont-ils décidé de ne plus se mêler de politique !

En revanche, c’est une illustre inconnue, baptisée « Front national pour la révision de l’itinéraire syndical au sein de l’UGTT », qui s’est distinguée sur la chaîne Al Jazira en vilipendant l’actuel bureau exécutif de l’UGTT. Jusqu’à nouvel ordre, personne n’a jamais entendu parler de cette soi-disant « opposition » syndicale. D’autre part, pourquoi son porte-parole ne s’est-il manifesté que sur la chaîne qatarie ? Sans doute, sa mystification n’a que cette chance pour passer inaperçue : Al Jazira qui s’en prend exclusivement au régime de Bachar El Assad en ce moment, peut accessoirement concéder une petite plage de son programme à ces « éboueurs » auto-proclamés afin qu’ils y fustigent généreusement Hassine Abbassi et Co. Bénie soit Al Jazira, marraine de l’ « ONAS » arabe, plus pollueur que dépollueur !

Comble de l’ironie !

A combien s’élève le nombre des ennemis d’Ennahdha? Pour l’instant, le parti de Rached Ghannouchi se met à dos tout le monde, même ses alliés au pouvoir. Lors des événements de Siliana, nous avons entendu ses disciples accuser tout ensemble les fidèles de Chokri Belaid, ceux de Hamma Hammami et ceux de Béji Caied Essebsi d’avoir fomenté l’insurrection.

Si elle persévère dans le même amalgame, Ennahdha va finir par favoriser et accélérer une alliance (impensable jusque-là) entre Le Front Populaire et Nida Tounès. Ses dirigeants tentent désespérément et parfois ridiculement de minimiser les désaccords flagrants au sein de la Troïka ; ils prétendent avoir déniché de nouveaux alliés plus forts que les précédents dans leur volonté de s’opposer à la contre-révolution. Or, comble de l’ironie, aujourd’hui c’est Ennahdha qu’on accuse de mener la contre-révolution ! C’est Ennahdha qu’on accuse de mener le pays sur le bord d’un précipice ! Ses hommes sont pourtant convaincus du contraire, du bien fondé de leurs choix politiques, économiques et sociaux ! Ils se comportent en « cow-boys » de western avec tout le monde ; leurs discours incendiaires embrasent toutes les tribunes qu’on leur offre à travers le pays. Puissent-ils un jour se calmer et méditer ce gentil calembour : « Qui trop embrase mal éteint ! »

Par Badreddine BEN HENDA



Réactions de la classe politique Soutien, plutôt que désapprobation





L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a annoncé, mercredi dernier, à l’issue de la tenue de sa commission administrative, une grève générale, le jeudi 13 décembre sur tout le territoire de la République. C’est une riposte ferme et vigoureuse à « l’agression contre le siège de la Centrale syndicale et les syndicalistes, lors du 60ème anniversaire de l’assassinat du leader Farhat Hached ». La Commission administrative « tient à traduire les agresseurs en justice et de les juger pour tout ce qu’ils ont commis, a fortiori que les événements sont étayés par les photos, les vidéos et les noms ; de dissoudre les comités de protection de la révolution, que les événements vécus dans notre pays lors des derniers mois, ont prouvé que ce sont des milices qui agissent sur ordre du parti au pouvoir, pour agresser tous ceux qui ne partagent pas son opinion, saisir l’organisation internationale du travail pour prendre une position envers les agressions récurrentes contre les syndicalistes de l’UGTT ». Rappelons que la date du 13 décembre coïncide avec la visite de la secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton qui devra co-présider le 9ème Forum pour l’avenir, organisé par notre pays et les Etats-Unis d’Amérique, selon certaines sources. La grève générale annoncée, au cas où elle serait maintenue, aura lieu, plus de 30 ans après la grève générale du 26 janvier 1978.Qu’en pense la classe politique ? 



Ajmi Ourimi (Ennahdha)

«Nous sommes avec tous ceux qui appellent au calme, au dialogue, à la paix civile…»

Membre de la direction d’Ennahdha, Ajmi Ourimi, déclare au Temps : « nous sommes favorables au dialogue et à l’apaisement, contre la surenchère et l’envenimement du climat. Il faut que tout le monde respecte la loi. Il faut que nous nous associons dans la formulation du bon conseil et la patience. Au cours de cette semaine, des accords d’augmentations de salaire ont été signés. Ils profiteront à 2 millions de personnes et leurs familles. C’est une preuve de la bonne volonté du Gouvernement d’aller de l’avant dans les réformes pour que le Tunisien sente qu’il jouit des bienfaits de la Révolution. Le pays connait des difficultés et passe par une période délicate qui suppose qu’on mette la main dans la main. Toutefois, certaines parties introduites dans les instances de décision de l’UGTT, l’ont politisée et l’ont dévié de sa fonction sociale, de sa participation à la paix civile et de la protection de l’économie. Le marasme économique aura pour premières victimes les affiliés de l’Union et d’autres.

Nous connaissons le lourd héritage de l’ancien régime et la situation des régions qui sont prioritaires dans le programme du Gouvernement. La stabilité est nécessaire. Dommage, l’UGTT joue un rôle négatif avec ces parties en son sein qui agissent comme partis politiques. L’UGTT veut s’immiscer dans tous les détails, les nominations, et agit parfois, comme un parti d’opposition qui veut soumettre tout le monde à sa volonté. Ceci n’arrange pas la transition démocratique. Lorsque nous écoutons le discours politique de certains alliés de l’UGTT, nous trouvons des propos de confrontation et de division. Nous ne reconnaissons plus la vraie UGTT de Farhat Hached, basée sur le sacrifice, le travail et l’indépendance nationale. Certaines personnes au sein de l’UGTT vont dans le sens contraire. Le Gouvernement a exprimé sa désolation pour ce qui s’est passé et a appelé à l’ouverture d’une enquête. A Ennahdha, nous avons appelé à la poursuite du dialogue. Celui qui appelle à la grève générale ou à la grève dans les régions entend par là faire une démonstration des rapports de force et veut probablement mettre à bas la légitimité. Des personnes qui ont essuyé des échecs dans les élections, ne peuvent agir comme groupes politiques, utilisent l’UGTT.

Elles veulent se liguer contre la légitimité. Il est inadmissible que la rue devienne la seule voie pour traiter les problèmes posés. Cela peut entrainer le pays dans des tiraillements politiques et idéologiques. Nous appelons la direction de l’UGTT à assumer ses responsabilités et comptons sur ses sages pour se réunir autour d’une table de dialogue. Nous n’encourageons pas les grèves, même si elles sont un droit reconnu, que dire alors des grèves politiques. Il y a d’autres tâches à concrétiser comme la rédaction de la Constitution, l’élaboration de la loi électorale, l’information…Nous nous joignons à tous ceux qui appellent au calme, au dialogue, la paix civile et à une trêve sociale durable.

Les revendications sociales peuvent être satisfaites par le dialogue. Ce qui se passe est grave. Nous demeurons optimistes et faisons confiance au peuple qui a prouvé de quel côté se ranger. Nous savons que les grèves ne seront pas bien accueillies par l’opinion publique. Que dire, donc des grèves politique ! »

Mohamed Bennour (Ettakatol)

«Nous sommes très solidaires avec la direction actuelle de l’UGTT»

Membre de la direction d’Ennahdha, Ajmi Ourimi, déclare au Temps : « nous sommes favorables au dialogue et à l’apaisement, contre la surenchère et l’envenimement du climat. Il faut que tout le monde respecte la loi. Il faut que nous nous associons dans la formulation du bon conseil et la patience. Au cours de cette semaine, des accords d’augmentations de salaire ont été signés. Ils profiteront à 2 millions de personnes et leurs familles. C’est une preuve de la bonne volonté du Gouvernement d’aller de l’avant dans les réformes pour que le Tunisien sente qu’il jouit des bienfaits de la Révolution. Le pays connait des difficultés et passe par une période délicate qui suppose qu’on mette la main dans la main. Toutefois, certaines parties introduites dans les instances de décision de l’UGTT, l’ont politisée et l’ont dévié de sa fonction sociale, de sa participation à la paix civile et de la protection de l’économie. Le marasme économique aura pour premières victimes les affiliés de l’Union et d’autres.

Nous connaissons le lourd héritage de l’ancien régime et la situation des régions qui sont prioritaires dans le programme du Gouvernement. La stabilité est nécessaire. Dommage, l’UGTT joue un rôle négatif avec ces parties en son sein qui agissent comme partis politiques. L’UGTT veut s’immiscer dans tous les détails, les nominations, et agit parfois, comme un parti d’opposition qui veut soumettre tout le monde à sa volonté. Ceci n’arrange pas la transition démocratique. Lorsque nous écoutons le discours politique de certains alliés de l’UGTT, nous trouvons des propos de confrontation et de division. Nous ne reconnaissons plus la vraie UGTT de Farhat Hached, basée sur le sacrifice, le travail et l’indépendance nationale. Certaines personnes au sein de l’UGTT vont dans le sens contraire. Le Gouvernement a exprimé sa désolation pour ce qui s’est passé et a appelé à l’ouverture d’une enquête. A Ennahdha, nous avons appelé à la poursuite du dialogue. Celui qui appelle à la grève générale ou à la grève dans les régions entend par là faire une démonstration des rapports de force et veut probablement mettre à bas la légitimité. Des personnes qui ont essuyé des échecs dans les élections, ne peuvent agir comme groupes politiques, utilisent l’UGTT.

Elles veulent se liguer contre la légitimité. Il est inadmissible que la rue devienne la seule voie pour traiter les problèmes posés. Cela peut entrainer le pays dans des tiraillements politiques et idéologiques. Nous appelons la direction de l’UGTT à assumer ses responsabilités et comptons sur ses sages pour se réunir autour d’une table de dialogue. Nous n’encourageons pas les grèves, même si elles sont un droit reconnu, que dire alors des grèves politiques. Il y a d’autres tâches à concrétiser comme la rédaction de la Constitution, l’élaboration de la loi électorale, l’information…Nous nous joignons à tous ceux qui appellent au calme, au dialogue, la paix civile et à une trêve sociale durable.

Les revendications sociales peuvent être satisfaites par le dialogue. Ce qui se passe est grave. Nous demeurons optimistes et faisons confiance au peuple qui a prouvé de quel côté se ranger. Nous savons que les grèves ne seront pas bien accueillies par l’opinion publique. Que dire, donc des grèves politique ! »

Porte-parole d’Ettakatol, Mohamed Bennour, a exprimé la solidarité de son parti avec l’UGTT. Il a déclaré au Temps : « La grève générale est la conséquence d’une provocation préméditée. La direction de l’UGTT est aujourd’hui en position de légitime défense puisque son siège a été attaqué. Deux membres de son bureau exécutif ont été agressés. Les syndicalistes qui sont très solidaires avec leur direction ne peuvent pas accepter moins qu’une grève générale. La dernière remonte à 1978. Ceux qui ont la mémoire courte, ont peut-être oublié ces douloureux épisodes qui constituent une sorte de jurisprudence en la matière. Aujourd’hui, les bons offices sont les bienvenus et le Gouvernement doit avoir le sens des responsabilités pour trouver les bonnes décisions pour apaiser et renouer avec le dialogue. L’élan patriotique ne manque pas ici et là. L’essentiel reste à faire. De notre part nous sommes très solidaires avec la direction actuelle de l’UGTT et nos contacts continuent pour l’intérêt national et pour l’intérêt et la sauvegarde de l’UGTT qui représente pour nous tous, un symbole et un acquis ». 

Chokri Belaïd (PUPD):

«Ennahdha a opté pour la violence anarchique»

Secrétaire général du Parti Unifié des Patriotes Démocrates, Me Chokri Belaïd, ne cache guère sa solidarité avec l’UGTT. Il déclare au Temps : « notre position est comme d’habitude du côté de l’UGTT. Nous la soutenons dans la défense de son indépendance, en dépit des agressions subies, surtout le 4 décembre à la veille de la commémoration de l’assassinat de Farhat Hached. C’est une offense pour la Tunisie, le peuple et la Révolution. Les déclarations de Rached Ghannouchi, nous rappellent celles de Mohamed Sayeh en 1978 et Mohamed Mzali en 1986. Elles reproduisent le même discours autoritaire opposé à l’action syndicale des travailleurs et de l’UGTT. C’est un discours de discorde qui incite à la violence contre l’UGTT et défend les milices. L’UGTT, la société civile et les forces du progrès et de la Révolution, n’ont qu’à se défendre et défendre l’indépendance de la centrale syndicale pour laquelle des martyrs ont payé de leur vie. Nous pensons que la décision de grève générale a été prise par nécessité, lorsqu’Ennahdha et ses milices sont entrés dans une confrontation contre tous. Ennahdha a opté pour la violence anarchique, après avoir décidé de rompre son isolement politique et a vu sa base populaire se rétrécir. Elle veut mélanger les cartes par la discorde et la violence. Toute la Tunisie est du côté de l’UGTT. Seule Ennahdha fait exception. Tous ceux qui ont lu l’histoire de la Tunisie savent que ceux qui affrontent l’UGTT finissent par échouer. Et l’UGTT reste une force invincible. Faire réussir la grève générale est un acte patriotique pour mettre fin au feuilleton de violence et à l’utilisation des milices. Elles doivent être dissoutes et revenir au carré de la vie démocratique pour défendre la société civile contre la répression nahdhaoui ».

Abdejlil Bédoui (Al Massar):

« C’est aux institutions de protéger la Révolution »

Vice-président d’Al-Massar, Abdejlil Bédoui, déclare au Temps qu’ « Ennahdha commence à sentir qu’elle est en train de perdre son aura auprès de l’opinion publique, à cause de son échec dans la gestion de la chose publique, consécutif à sa conception du butin. Les citoyens avaient une autre image de ce mouvement, image de personnes qui craignent Dieu et intériorisent des valeurs nobles comme être au service d’autrui, le respect des autres, la sobriété et la rigueur dans la vie… Or c’est tout à fait le contraire, des gens qui cherchent la matière, appellent à être dédommagés, s’empressent pour s’accaparer les rouages de l’Etat. Ils y a un emballement pour profiter des choses de la vie, alors qu’on croyait qu’ils ambitionnaient l’au-delà. L’opinion publique déçue, est choquée par ce comportement non conforme aux valeurs de la religion. Ils sont en train de perdre du terrain. L’opinion publique est avertie. Ils ont recours à la violence et à la provocation. Ils sont habités par la hantise de perdre les prochaines élections. Il y a parmi eux ceux qui ont passé des années en prison. Ils craignent de perdre le pouvoir et de retourner aux prisons, comme si la perte du pouvoir est synonyme de perte de la liberté. Je ne comprends pas. C’est un comportement irrationnel, politiquement. Le jour même, signature d’accords d’augmentations de salaires et tout de suite après, des milices partent à l’assaut pour attaquer des responsables qui étaient avec le Premier ministre. C’est, peut être la conséquence fâcheuse de luttes internes entre des fractions d’Ennahdha. Un courant qui recourt à l’intimidation pour gagner les prochaines élections et un autre opterait pour la paix. Toujours est-il, ce sont les syndicalistes qui ont été agressés. Ce ne sont pas les syndicalistes qui ont commencé les agressions. Même s’ils s’étaient préparés pour faire face aux agresseurs, ils sont chez eux. L’agresseur est celui qui vient chez toi et non celui qui se défend. C’est une agression impossible à comprendre et à justifier. Je crois que ce comportement reflète des contradictions au sein d’Ennahdha et ses alliés. C’est quelque chose de fortement condamnable. Elle peut entrainer une guerre civile, préjudiciable. La Tunisie ne peut supporter pareils risques. Il fallait une réaction ferme de l’UGTT et du pouvoir qui doit mettre fin de façon énergique ce genre de réactions. Il faut dissoudre ces comités qui ont la prétention de protéger la Révolution. La Révolution se préserve par ceux qui l’ont faite. Après les élections, nous avons des structures légitimes. C’est aux institutions de protéger la Révolution. Nous n’avons pas besoin de structures parallèles. Pour la énième fois, le ministre de l’Intérieur n’est pas à la hauteur de sa mission. Il y a quelque chose qui ne marche pas dans la sécurité. J’espère qu’il n’y a pas de connivence préparée. Il faut prendre des mesures adéquates. Il faut un Gouvernement d’union nationale, formé de préférence de technocrates. Les politiques ont montré leurs limites. Il faut une autre formule pour une transition réelle. Pour les élections dont je commence à douter, il faut qu’elles se déroulent dans un contexte rassurant pour que la transition s’opère et débouche sur la remise au travail du pays ».

Issam Chebbi (Al Joumhouri):

«L’UGTT a choisi d’assumer ses responsabilités»

Porte-parole du Parti Républicain, Issam Chebbi affirme au Temps, que « la décision de grève générale est une décision politique courageuse de nature à éviter au pays les dérives de la violence vers laquelle certaines parties veulent entrainer le pays. C’est un message de la part des syndicalistes et de leur organisation, non seulement pour se défendre, mais pour défendre l’intérêt supérieur de la nation. La grève générale répond au désir des Tunisiens de faire face à la violence qui a dépassé toutes les lignes rouges. L’UGTT devait ou se plier ou assumer ses responsabilités. Depuis 30 ans, elle n’a pas décrété une grève générale. En dépit de la délicatesse de l’étape, l’UGTT a choisi d’assumer ses responsabilités. Nous la saluons. La grève générale, nous voulons qu’elle soit une journée nationale contre la violence. J’espère que le Gouvernement assumera ses responsabilités et dissoudra les comités de protection dela Révolution. Le dialogue est le seul moyen de trouver un consensus sur une feuille de route qui permette de sortir du gouffre ».


letemps.com.tn


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