samedi 24 novembre 2012

Empoisonner et appauvrir les Tunisiens pour enrichir le Qatar

 Tunisie : Avec l’affaire du gaz schiste, l’invasion de la Tunisie par le Qatar continue. L’écologie n’intéresse plus grand monde au pays de la « révolution du jasmin ». Il est vrai que les médias se soucient plus d’une autre pollution, pas moins nuisible, celle de l’islamo-salafisme. Nos confrères de Mag14 et Africain Manager sont les seuls à évoquer la très grave affaire du gaz schiste dans laquelle Shell joue les entremetteuses pour l'émirat bédouin.
Empoisonner et appauvrir les Tunisiens pour enrichir le Qatar
Depuis son début, « l'affaire Shell-Tunisie » est floue et ne sent pas uniquement le pétrole ! Un léger retour en arrière s'avère nécessaire à la compréhension des enjeux soulevés par ce sombre dossier : les accords entre Shell et le  gouvernement concernant l'exploitation du gaz de schiste sur le sol tunisien.
 
Rachid Deli, directeur général de l'énergie au sein du Ministère de l'Industrie affirmait, le 25 septembre 2012, sur les ondes de Mosaïque FM, «  qu'aucune autorisation de forage n'a été attribuée ». Il ajoutait toute fois qu'« une commission chargée d'étudier le dossier a donné son aval ». Une commission dont on ne trouve aucune information ni aucune trace. Ces propos sont en contradiction avec ceux tenus par le Ministre de l'Industrie, Mohamed Lamine Chakhari, qui s'exprimait le 19 septembre 2012 sur les ondes d'Express FM. Le sujet de son intervention était la signature récente d'une convention d'exploitation du gaz de schiste par le groupe Shell. Un sommet regroupant la sphère politique et économique (21- 23 septembre), à Hammamet (Hôtel Laîco)  a été interdit aux journalistes. Cette rencontre était organisée par des groupes pétroliers comme l'autrichien OMV, les américains Shlumberger et Halliburton. La position du gouvernement provisoire fin septembre était encore, officiellement, en négociation sous prétexte que ces techniques ont eu un succès aux Etats- Unis et au Canada.

En nous intéressant de plus près à la problématique dans ces pays, nous nous apercevons que la balance avantages-inconvénients penche davantage pour le second côté. Un seul intérêt potentiel : celui privilégiant le profit à court-terme. L' AQLPA (Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique) nous livre un bilan objectif  : « Ils ont constaté que les infrastructures des régions rurales ne sont pas adaptées à un tel changement de vocation, créant des embouteillages, un trafic routier accru, des bris de routes et de ponts et l'abandon de fermes. Les problèmes sociaux habituellement retrouvés dans les milieux urbains surgissent maintenant dans ces milieux ruraux qui ne sont pas préparés à y faire face. Sur le plan de l'économie locale, leurs craintes quant à la diminution radicale de la valeur des propriétés lorsque l'industrie des gaz de schiste s'installe ont été confirmées. L'augmentation du coût de la vie est présente dans le quotidien, une réalité dont ils ont été témoins. Cette situation peut certainement mener une partie de la population à un seuil critique de pauvreté. Leurs pires craintes ont été confirmées concernant les dommages environnementaux sur l'approvisionnement en eau potable et sur la qualité de l'air » (Compte rendu du Comité interrégional du gaz schiste de la Vallée du Saint Laurent, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), 17 octobre 2001).
 
Les deux pays, cités par le ministre comme un exemple de réussite et une légitimation à son choix, s'insurgent face aux effets destructeurs et refusent la pérennisation de cette pratique, ce business vendu à la Tunisie comme un nouvel eldorado économique. La porteuse de la pomme empoisonnée n'est pas une sorcière mais le Ministre de l’Industrie Mohamed Lamine Chakhari.
 
Les méfaits du gaz schiste
 
En effet, les conséquences, en termes de santé publique, de paupérisation de la biosphère, de consommation d'eau, et en règle générale ses répercussions sur  l'économie globale du pays, sont désastreuses. Cette histoire d'extraction de schiste est une sale affaire, en argot une grosse arnaque, sous prétexte de création d’emplois ou de croissance de  l'autonomie énergétique, arguments maintes fois contre expertisés.

L’eau est la denrée principale nécessaire à l'extraction de gaz. Par sa rareté sur le territoire tunisien, une nappe phréatique traversant 3 pays, elle devient un enjeu beaucoup plus fondamental que le gaz de schiste qui se révélera être à long terme un désastre économique pour la Tunisie. Un article du New York Times paru le 26 février publiait des informations produites par l'Agence de Protection de l'Environnement Américaine (EPA) selon lesquelles la radioactivité des eaux rejetées lors des forages est 1000 fois supérieur à la limite acceptable pour une eau potable. Une grande partie de cette eau, même en passant dans des stations d'épuration, n'est plus utilisable d'aucune façon. En d'autres termes, plus de la moitié de cette eau ne sera pas dépolluée et deviendra par conséquent non consommable par toute espèce vivante. De là découle un deuxième problème d'une envergure considérable : le stockage de cette eau radioactive. La technique très controversée de fracturation hydraulique fût interdite en France lors de la conférence environnementale du 14 et 15 septembre dernier. Les effets collatéraux sont décriés aux Etats-Unis, au Canada, et dans bien d'autres pays comme irréversibles. Partout dans le monde  l'opposition est à son comble et les lobbys industriels persistent à imposer leur point de vue privilégiant la recherche du profit aux dépens des riverains et de l’écologie.
 
Haute trahison économique
 
Une prise de décision dans un domaine aussi sensible n'est ni souhaitable ni envisageable pour un gouvernement dont la légitimité est décriée par la majorité des tunisiens et qui peine à instaurer les bases d'un Etat de droit. Le gouvernement tunisien provisoire avait pour objectif principal la rédaction d'une constitution, objectif non atteint jusqu'à présent. L'acceptation de l'exploitation du gaz de schiste pourrait être aisément considérée comme une haute trahison économique et sanitaire à la nation tunisienne. Dans des conditions de transition politique qui la fragilise, elle ne peut s'engager de la sorte.  De nombreuses voix tunisiennes s'élèvent contre cette pratique qualifiée de barbare par les plus avertis. La société civile experte à l'intérieur du pays est formellement contre. Un mouvement d'activistes citoyens de tout bord politique, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, organisent des sit-in réguliers dans différentes régions dont Kairouan.

Très peu d'informations sont accessibles concernant les tenants et aboutissants politico-économique entre Shell et le gouvernement provisoire, des pratiques obscures et contraires à la transparence politique tant attendue. À ce jour, l'octroi officiel de l'exploitation par Shell du gaz de schiste est une affaire bouclée. Pour le Ministre de l'Intérieur, les réfractaires à cette décision se fondent sur des rumeurs. Il est certain de sa décision prise dans l'opacité la plus complète, sans consultation démocratique au préalable et sans même une jonche d'expertise. À ce jour, le peuple tunisien a le droit d'exiger des précisions concernant ce qui compromet à la racine son avenir.

Les forfaits de Schell
 
La multinationale Shell avec plus de 2000 filiales est présente dans 143 pays et emploie plus de 90000 personnes. Si Shell était un pays, elle serait classée en 25eme position grâce à un chiffre d'affaire annuel de plus de 179 milliards de dollars. Depuis sa création en 1890, les agissements de la compagnie n'ont jamais brillé par leur respect de l'environnement et encore moins par leur éthique. Son alliance au nazisme pendant la seconde guerre mondiale n'est un secret pour personne, ses arrangements économiques savent y faire avec les régimes despotiques : elle parle une langue qui traverse le temps et l'espace. Au Nigeria, Amnesty International l'accuse de polluer les eaux du Delta du Niger depuis de longues années. En décembre 2011, une catastrophe environnementale touchait le golfe de Guinée et près de 40000 barils de pétrole brut s'y déversèrent, assurant une pollution de plusieurs décennies. Dernièrement, après son départ du Sénégal, elle a pris soin de ne pas indemniser pas loin de 6500 salariés. La liste des peuples lésés est longue et le gouvernement provisoire n'a pas réfléchi à deux fois avant d'y souscrire celui de la Tunisie.
 
Shell, un cheval de Troie du Qatar !
 
Selon le Middle East Economic Survey (MEES), le Fond souverain du Qatar, Qatar Investment Autority (QIA), qui est géré par des Anglais et des Américains, cherche à augmenter sa participation de 3%  actuellement, à 7%, ce qui ferait des Qataris les premiers actionnaires du groupe Royal Dutch Shell. Cette opération ou OPA semble avoir été réalisé par le Qatar, sans se conformer aux exigences boursières de la Grande Bretagne, qui obligent les acteurs financiers à divulguer leur participation dans une société cotée, lorsque celle-ci dépasse les 3%. Cette OPA de type mafieux fait de Hamad Ben Khalifa al-Thani, de son épouse Mozza et de Hamad Ben Jassem al-Thani les premiers actionnaires du géant pétrolier.

Il est à signaler que, dans le cadre des nouvelles relations de maitre à esclave entre l’émirat du Qatar et la « République » tunisienne,  le gouvernement provisoire avait déjà signé un mémorandum quasi-secret  « d’entente et de coopération dans le domaine du raffinage de pétrole et du programme de réseau de gaz naturel des villes tunisiennes entre le ministère de l’Industrie et du Commerce et Qatar Petroleum International ». Selon Moez E.K du journal Mag14, cet accord « a déjà permis au Qatar d’avancer ses pions dans les champs pétroliers en Tunisie » ; et d’ajouter : « Et voici que l’on comprend, que ce sont des fonds d’investissements qataris qui pourraient également indirectement contrôler l’exploitation du gaz de schiste dans notre pays ». A Africain Manager de conclure hier 6 novembre que, « A la lumière de ces données, on comprendra aisément pourquoi le ministère tunisien de l’Industrie a hâte d’accorder son autorisation finale au projet d’exploitation de gaz de schiste qui sera exploité par Shell ». Selon l’information que je viens d’avoir d’un journaliste algérien, présent au « Forum Mondial sur l’exploitation du pétrole et du gaz en Afrique du Nord », qui a eu lieu hier à Vienne, le gouvernement provisoire a donné son autorisation finale pour Shell d’exploiter le gaz schiste en Tunisie. Un autre cadeau pour notre bienfaiteur et libérateur Qatari. Un de plus !  
 


Samira Hendaoui

http://www.tunisie-secret.com




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