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mercredi 28 août 2013

Ben Ali revient... en photo sur le compte Instagram de son fils Mohammed


Ben Ali et son fils sur  Instagram

Il n’avait plus donné de nouvelle de lui depuis sa fuite de la Tunisie, le 14 janvier 2011. Zine el-Abidine Ben Ali refait parler de lui, et cette fois-ci, sur le réseau social Instagram.  lundi 26 août, des photos de lui avec son fils sont apparues sur le réseau social, provoquant un déchaînement sur la toile.


dimanche 14 juillet 2013

Discours du président tunisien en réaction aux protestations nationales


Date: 13 janvier 2011

En janvier 2011, le président tunisien Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, est dans la mire des contestataires qui dénoncent la corruption, le népotisme et l'attitude répressive de son régime. Cette « révolution du jasmin » qui s'éveille trouve aussi sa source dans la difficile situation économique de la Tunisie, dont le peu de débouchés offerts aux jeunes diplômés qui sortent des universités. Le président tente de calmer le jeu en procédant à des remaniements au sein de l'appareil politique. Face aux pressions persistantes, il frappe un grand coup le 13 janvier en annonçant la fin de la censure et sa décision de ne pas être candidat lorsque son mandat expirera, en 2014. Il ira plus loin le lendemain, proclamant l'état d'urgence et annonçant qu'il renonce à ses fonctions sur-le-champ et quitte le pays.

Sélection et mise en page par l'équipe de Perspective Monde


"Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux Cher peuple tunisien, 


Je m'adresse à vous, aujourd'hui, tous les tunisiens en Tunisie et à l'étranger. Je m'adresse à vous dans la langue de tous les tunisiens et tunisiennes. Je m'adresse à vous parce que la situation impose un changement profond, un changement profond et intégral. 

Je vous ai compris. Je vous ai tous compris: le chômeur, le nécessiteux, le politicien et tous ceux qui revendiquent plus de libertés. Je vous ai compris, je vous ai bien compris tous. Seulement, les événements qui se produisent, aujourd'hui, dans notre pays ne nous ressemblent pas. La destruction ne fait pas partie des coutumes du tunisien, le tunisien civilisé, le tunisien tolérant. 

La violence ne nous ressemble pas et ne fait pas partie de nos moeurs. L'escalade doit cesser. Elle doit s'arrêter grâce à la conjugaison des efforts de tous, partis politiques, organisations nationales, société civile, intellectuels et simples citoyens. La main dans la main, au service de notre pays. La main dans la main, pour assurer la sécurité de nos enfants. 

Le changement que je vais annoncer maintenant est une acceptation de vos revendications légitimes à laquelle nous avons réagi. Nous avons ressenti une douleur pour les événements survenus, une profonde douleur. 

Ma tristesse et ma douleur sont grandes. J'ai passé plus de 50 ans de ma vie au service de la Tunisie, dans les différentes positions: de l'armée nationale aux différents postes de responsabilité et 23 ans à la magistrature suprême. Chaque jour de ma vie a été et demeurera au service du pays et j'ai consenti des sacrifices que je ne veux pas les énumérer. Je n'ai jamais accepté un jour et je n'accepterai jamais l'effusion d'une seule goutte de sang des tunisiens. 

Nous avons éprouvé une grande douleur pour les victimes de ces événements et pour les dégâts subis par des personnes, et je refuse qu'il y aura d'autres victimes en raison de la poursuite de la violence et du pillage. 

Nos enfants sont aujourd'hui confinés à la maison et ne sont pas à l'école. Ceci est tout à fait immoral et inadmissible, parce qu'on a peur pour leur sécurité des actes de violence perpétrés par des groupuscules qui n'hésitent pas à piller et à agresser les personnes. 

Il s'agit bel et bien d'un crime et non d'un acte de revendication. Cela est immoral. 

Les citoyens doivent leur faire face et nous avons donné les directives en ce sens. Nous comptons sur la coopération de tous, afin que nous puissions discerner entre ces bandes et groupuscules de délinquants qui exploitent ces circonstances et les manifestations pacifiques légitimes que nous acceptons. 

Ma tristesse est grande, très grande, et profonde, très profonde. Assez donc de violence ! Assez de violence! 

J'ai aussi donné des directives au ministre de l'Intérieur et je les ai réitérées, et, aujourd'hui, je dis arrêtons le recours aux tirs à balles réelles. Les tirs à balles réelles ne sont pas acceptables et sont injustifiables, sauf, Dieu nous en préserve, si quelqu'un cherche à vous arracher votre arme, ou qu'il vous attaque par une arme à feu ou autre chose et qu'il vous oblige à vous défendre. 

Je demande à la commission indépendante, je dis bien indépendante, qui va enquêter sur les incidents, les dépassements et les décès que nous regrettons, de déterminer les responsabilités de toutes les parties, toutes les parties sans exception, avec équité, intégrité et objectivité. 

J'attend de tout Tunisien, qu'il me soutienne ou non, d'appuyer les efforts d'apaisement et de bannir la violence, les actes de destruction et de dégradation des biens. La réforme exige le calme, et les événements dont on a été témoin avaient pour point de départ la protestation contre une situation sociale, situation au sujet de laquelle nous avons consenti d'énormes efforts mais nous devons déployer de plus grands efforts afin de remédier aux carences. 

Nous devons donner à nous tous la possibilité et le temps nécessaire pour pouvoir concrétiser l'ensemble des mesures importantes que nous avons prises. 

En plus, j'ai chargé le gouvernement de procéder à une baisse des prix des produits et des services de base et d'augmenter le budget de compensation. 

Quant aux revendications politiques, je vous avais dit que je vous ai compris, nous avons décidé: 

* La pleine et entière liberté pour la presse, tous médias confondus. Libre accès aux sites Internet qui ne seront soumis à aucune forme de censure, tout en veillant au respect de la déontologie et des principes de la profession journalistique. 

* Pour ce qui est de la commission dont j'avais annoncé la constitution, il y a deux jours, avec mission d'examiner les phénomènes de prévarication, de corruption et d'abus des responsables, elle sera indépendante, je dis bien indépendante, et nous veillerons à son impartialité et à son intégrité. 

* A compter de ce jour, la liberté d'expression politique sera de mise, y compris la manifestation pacifique, la manifestation pacifique encadrée et organisée, la manifestation civilisée. Un parti ou une organisation qui voudrait organiser une manifestation pacifique aura la latitude de le faire pour peu qu'il en fasse la déclaration, en fixe l'heure et le lieu, l'encadre et collabore avec les parties responsables pour en préserver le caractère pacifique. 

* Je voudrais dire que beaucoup de choses ne se sont pas passés comme je voulais qu'elles soient, s'agissant en particulier des domaines de la démocratie et des libertés. Certains m'ont parfois induit en erreur en me cachant les faits. Ceux-là, ils en rendront des comptes. 

* C'est pourquoi je vous réaffirme, tout à fait clairement, que j'oeuvrerai à renforcer la démocratie et à promouvoir le pluralisme. Oui, renforcer la démocratie et promouvoir le pluralisme. 

* Je m'emploierai à protéger et à respecter la Constitution du pays. Je veux redire, ici, que, contrairement à ce que d'aucuns ont prétendu, je m'étais engagé, le 7 novembre, à ce qu'il n'y aurait plus de présidence à vie. Pas de présidence à vie. Je réitère donc mes remerciements à tous ceux qui m'avaient exhorté à me porter candidat en 2014, mais je me refuse à remettre en question la condition d'âge pour l'éligibilité à Présidence de République. 

* Nous voulons atteindre l'année 2014 dans le cadre d'une concorde civile effective, dans un climat de dialogue national et avec la participation des partenaires nationaux à tous les niveaux. 

* La Tunisie est notre pays à tous. La Tunisie que nous chérissons et que chérit son peuple, nous voulons la protéger. 

* Que la volonté de son peuple demeure donc entre ses mains et entre les mains loyales qu'il choisira afin qu'elle continue son parcours qui avait commencé depuis l'indépendance et que nous avons poursuivi depuis 1987. 

* Nous constituerons, à cet effet, une commission nationale qui sera présidée par une personnalité nationale indépendante et crédible auprès des partenaires politiques et sociaux pour se pencher sur l'amendement du Code électoral, du Code de la presse et de la loi sur les associations. La commission proposera un échéancier qui s'étalera jusqu'aux élections de 2014, y compris pour ce qui est de l'éventualité de dissocier les élections législatives de l'élection présidentielle. 

* La Tunisie nous appartient à nous tous. Protégeons-la ensemble. Son avenir est entre nos mains. Garantissons-le ensemble. Chacun de nous est responsable, depuis la position qui est la sienne, du rétablissement de sa sécurité et de sa stabilité. Pansons ses plaies et engageons-la dans une étape nouvelle qui la rendrait encore plus apte à accéder à un avenir meilleur. 

Vive la Tunisie. Vive son peuple. Vive la république."

mardi 25 juin 2013

Les détails qui ont conduit au départ de l’ex-président Ben Ali.



14 janvier 2011 à Tunis : le jour où Ben Ali est tombé [Mediapart]Politics Nawaat.org › Nov 12, 11 › 34 comments


Si le 14 janvier 2011 reste dans les mémoires comme le jour qui a fait basculer le monde arabe dans un processus révolutionnaire historique, les Tunisiens étaient encore loin de connaître tous les détails qui ont conduit au départ de l’ex-président Ben Ali. Dans un article publié le 10 août 2011, Mediapart révélait déjà les grandes lignes de ce qu’il s’est véritablement passé le 14 janvier 2011 à Tunis. Beaucoup de zones d’ombre subsistaient, notamment sur les rôles joués par des personnages clés, comme le général Rachid Ammar, ou l’ancien ministre de la défense, Ridha Grira.

Mediapart a pu prendre connaissance du dossier d’instruction émanant du tribunal militaire, qui a repris également une partie des auditions menées par la justice civile (dont celle de l’ancien directeur de la sécurité présidentielle impliqué dans une tentative de coup d’Etat, Ali Seriati). Ces documents, établis grâce aux auditions de plusieurs dizaines de personnes, confirment les révélations de notre article du 8 août. Si le dossier contient plus de 1.200 pages, nous en avons extrait la partie qui nous a semblé la plus significative pour retracer aujourd’hui un nouveau récit, plus précis et plus détaillé, de la journée.

Outre leur importance historique, l’existence de tels documents nous amène également à nous interroger sur les intentions de la justice tunisienne, et du général Marouane Bouguerra, à la tête du tribunal militaire : pourquoi, alors que la plupart des auditions ont eu lieu de mars à juin 2011, aucun procès, aucune action en justice relative à cette journée, n’a pour l’heure été officiellement diligenté ?


Page de garde du dossier d'instruction de la justice militaire tunisienne © Mediapart

Les pages sélectionnées par Mediapart concernent les écoutes téléphoniques et les auditions de dix-sept personnalités.

Voici donc le récit de cette journée, tel que nous avons pu le reconstituer, raconté par les acteurs eux-mêmes via les retranscriptions de l’enquêteur tunisien. Au matin, un bilan de 28 morts annoncé à Ben Ali Matinée du 14 janvier, au Palais présidentiel Ali Seriati (extrait de son audition ci-dessous) appelle le président Ben Ali :


«Vingt-huit personnes ont été tuées dans les dernières 24 heures, dont deux à Tunis centre et six au Kram (situé à trois kilomètres du palais), plusieurs armes ont été dérobées dans les postes de police. De plus, le service des renseignements du palais m’a fait parvenir un rapport annonçant que certains internautes avaient préparé des manifestations sur l’avenue Habib-Bourguiba demandant la chute du régime ; J’ai d’ores et déjà fait parvenir ce document au directeur de la sûreté nationale et au chef d’état-major de l’armée de terre. Cette journée sera d’autant plus difficile qu’elle coïncidera avec les funérailles qui auront lieu au début de cet après-midi.Le président m’a alors ordonné de ne pas divulguer le nombre de morts et de donner 5000 dinars par famille de victime afin de
calmer les esprits», raconte-t-il lors de son audition.


Audition d'Ali Seriati © Mediapart

14 heures, début de l’opération de la BAT (Brigade anti-terrorisme) (Auditions de Samir Tarhouni et Hafedh El Ouni, documents ci-dessous; notre précédent article, «Ce qu’il s’est vraiment passé le 14 janvier à Tunis») Les manifestants affluent vers le quartier général des unités d’intervention (dont la BAT) à Bouchoucha, près de Tunis. Le commissariat du quartier voisin vient d’être incendié, les manifestants se dirigent vers la maison d’arrêt voisine de haute sécurité. De son quartier général, le colonel Samir Tarhouni (colonel de la Brigade antiterroriste dont l’audition peut être consultée ici), en état d’alerte maximale, suit les événements via sa radio HF, le réseau interne du ministère de l’intérieur. Il entend que des manifestants se rapprochent désormais de l’aéroport de Tunis-Carthage. S’inquiétant pour son épouse, aiguilleur du ciel et travaillant ce jour-là à la tour de contrôle de l’aéroport, Samir Tarhouni décide d’appeler un ancien collègue, l’adjudant Hafedh El Ouni (agent de police de la sécurité des vols, également auditionné), qui travaille aussi à l’aéroport:


Samir Tarhouni : « Allo Hafedh, j’ai entendu dire qu’il y avait du grabuge à l’aéroport ?»
Hafedh El Ouni : « Non, il n’y a rien de grave. Par contre, la famille présidentielle est regroupée dans le salon d’honneur, et ils vont s’en aller. J’ai même appris que Belhassen (Trabelsi, le frère de la femme du président Ben Ali) allait les rejoindre.»
Samir Tarhouni : «Comment ? Ils s’en vont en ce moment même, alors que la Tunisie est à feu et à sang ?»
Hafedh El Ouni : « Oui, ils sont en train de se rassembler, je ne comprends pas exactement. »
Samir Tarhouni : « Hafedh, fais très attention : retiens-les, je peux compter sur toi ? J’arrive tout de suite ! »

Il raccroche, rassemble onze de ses hommes et se dirige vers l’aéroport de Tunis-Carthage.
14 h 25, début de l’opération de la BAT.

Le détail de la version du colonel Tarhouni, confirmé par les auditions de la justice militaire tunisienne, a déjà été publié par Mediapart, dans l’article «Ce qu’il s’est vraiment passé le 14 janvier à Tunis». Extraits de cet article :


«Un premier groupe de douze hommes, le colonel Samir Tarhouni et un de ses capitaines à leur tête, quittent Bouchoucha, pour l’aéroport de Tunis-Carthage. Sur la route, le colonel appelle sa femme, détachée à la tour de contrôle de l’aéroport. Il lui demande de bloquer tous les appareils sur le tarmac. Elle hésite, puis lui répond qu’elle ne peut les retarder que de 15 minutes… À 14h35, le groupe de la BAT est reçu par les agents de police de l’aéroport, très étonnés de sa présence. À la question du colonel, qui leur demandait où se trouvaient les Trabelsi, le directeur de la sûreté de l’aéroport, Zouheir Bayéti, répond qu’ils sont dans le salon d’honneur, qu’ils s’apprêtent à quitter pour monter à bord de l’avion.»

La Tunisie en état de siège
15 heures, l’état de siège est décrété, Ridha Grira devient l’homme le plus puissant du pays après le président Ben Ali.

Le niveau 3 d’alerte a été décrété, la Tunisie se trouve sous le coup de la loi martiale. Ridha Grira, en tant que ministre de la défense, au-dessus de tous les généraux de l’armée, devient légalement et en pratique l’homme le plus puissant du pays après Ben Ali. Ce qu’il fait remarquer à Rachid Ammar par téléphone (son audition peut être consultée ici):


“C’est maintenant moi le seul qui donne les instructions dans ce pays !”
— Oui, je sais, monsieur le ministre», répond Rachid Ammar.

Le général Ahmed Chebir (lui aussi auditionné), de la Direction générale de la sécurité militaire (DGSM, équivalent de la DGSE française), prend les commandes de l’armée de terre, en plus de celle de la DGSM.

Ainsi mis à l’écart du ministère de la défense, Rachid Ammar est envoyé auprès du ministre de l’intérieur. Une version confirmée par Ridha Grira (son audition peut être consultée ici) : à 15 heures, le ministre de la défense se trouve dans la salle des opérations de l’armée de terre en présence d’Ahmed Chabir, lorsqu’il reçoit un appel du président Ben Ali. Celui-ci lui demande d’envoyer Rachid Ammar au ministère de l’intérieur, afin de coordonner les opérations militaires avec celles du ministère de l’intérieur.


Audition de Ridha Grira © Mediapart
15 h 55, le ministre de la défense, Ridha Grira, prend les premières dispositions pour mettre un terme à la «prise d’otages» de la famille Trabelsi.

Le ministre de la défense demande au général Taieb Laadjimi (chef d’état-major de l’armée de l’air, dont l’audition peut être consultée ici) de faire dépêcher des hélicoptères à partir de l’aérodrome de l’Aouina en direction de Bizerte (quartier général des groupes des Forces spéciales de l’armée de terre), afin de faire venir cette unité spéciale d’élite de l’armée, dans le but de délivrer les Trabelsi. Le général envoie plusieurs hélicoptères de type BHT.


Audition du général Taieb Laadjimi © Mediapart

Peu après 16 heures, le colonel Sik Sallem, responsable de la sécurité du palais présidentiel, entend par radio qu’une prise d’assaut du palais par les manifestants est imminente. La radio HF annonce qu’une foule de 5000 personnes menace de prendre d’assaut le palais de Carthage. Un climat de peur s’installe, plusieurs hommes commencent à abandonner leurs postes plutôt que de faire face à cette foule (audition de Sik Sallem).
16 h 23, selon le compte-rendu de l’audition de Rachid Ammar, Ridha Grira ordonne l’assassinat de Samir Tarhouni pour libérer les Trabelsi.

Ridha Grira appelle le général Rachid Ammar, qui se trouve toujours auprès du ministre de l’intérieur Ahmed Friaa, dans la salle des opérations du ministère.


Grira : «Monsieur le président m’a annoncé que la brigade anti-terrorisme s’est alliée avec les intégristes islamistes et ont pris en otages sa famille à l’aéroport. Il ordonne d’abattre sur-le-champ ces traîtres.»

Ammar : «Attendez monsieur le ministre, pouvez-vous répéter ce que vous venez de dire, que je mette le haut-parleur de mon téléphone afin que M. Friaa (ministre de l’intérieur) l’entende également.»

Grira répète alors les mêmes directives d’éliminer les agents de la BAT détenant la famille Trabelsi.


Audition de Rachid Ammar © Mediapart

Note : Rachid Ammar a été auditionné après Ridha Grira et Ahmed Friaa. L’ancien ministre de la défense n’a donc pu répondre à la moindre question sur ce passage, ni sur les déclarations de Rachid Ammar, le 14 janvier à 18 heures, qui figurent en page 4 de l’article. Lors de son audition, Ridha Grira nie cependant connaître l’existence même de la prise d’otages par le colonel Tahrouni. De nombreuses incohérences et oublis figurent dans son témoignage, notamment lorsque Ridha Grira est confronté aux écoutes téléphoniques de l’avion présidentiel.


«Nous avons demandé à l’entreprise américaine “Satcom direct” de nous lire les données de la boîte noire du TS-100 (l’avion de Ben Ali), explique l’enquêteur. Ces données nous indiquent que Ben Ali vous a appelé le 14/01/2011 à 18:46:27 pendant 5 minutes, à 19:46:27 jusqu’à 19:56:15 et à 20:56:17 pendant 5 minutes, et enfin à 21:25:09 pendant 3 minutes. Confirmez-vous l’existence de ces communications ?»

«Non, vos appareils sont défaillants», répond Ridha Grira.


Audition de Ridha Grira © Mediapart

Ces «oublis» et dénégations de Ridha Grira sont annotés en marge du compte-rendu de son audition, qui l’on peut consulter en cliquant ici.

Interrogé par un journaliste de l’hebdomadaire Réalités, lors d’une rencontre organisée samedi 29 octobre dans les locaux de la fondation Temimi, sur ce passage de l’audition du général Rachid Ammar, Ahmed Friaa aurait déclaré ceci : «Je n’ai pas entendu le contenu de la conversation. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas existé.»

«Monsieur le président, je suis désormais dans l’incapacité d’assurer votre sécurité en Tunisie»
16 h 30, Ben Ali accompagne les membres de sa famille pour qu’ils prennent seuls l’avion.

Le président Ben Ali quitte le palais pour accompagner sa famille à l’aéroport militaire de l’Aouina: sa femme Leila, Mehdi Ben Gaid (fiancé de Halima), ainsi que Halima (fille de Ben Ali) et Mohamed (fils de Ben Ali). Le vol est bel et bien prévu pour aller directement en Arabie saoudite (pas d’escale en France). Ben Ali a l’intention de regagner le palais par la suite. Le plan du vol 16 indique (voir document ci-dessous) que le décollage est prévu à 17h30 de Tunis-Carthage vers l’Arabie saoudite, mais ne mentionne pas la présence prévue de Ben Ali (dont le nom de code est : TUN 01).


Plan de vol de l'avion présidentiel © Mediapart


Situation des deux aéroports © Mediapart
16 h 54 arrivée par hélicoptère des Forces spéciales de l’armée à l’Aouina.

Le cortège présidentiel, accompagné de l’unité spéciale du Groupe d’intervention et de protection de personnalité (GIPP, sous le commandement d’Ali Seriati), entre dans la base aérienne de l’Aouina au moment où les Forces spéciales de l’armée de terre (convoquées par Ridha Grira) arrivent par hélicoptère à partir de Bizerte (audition du général Taieb Laadjimi).
17 heures, en apercevant l’arrivée des hélicoptères avec l’unité spéciale de l’armée (GFS), le colonel Tarhouni de la BAT demande l’aide de l’unité spéciale de la garde nationale.

Samir Tarhouni, qui retient toujours la famille Trabelsi à l’aéroport civil de Tunis-Carthage, aperçoit un ballet d’hélicoptères au-dessus de l’Aouina. Il ordonne à ses hommes de se déployer en position défensive. Puis il appelle le colonel de l’Unité spéciale de la garde nationale (équivalent du GIGN), Larbi Lakhal. Durant son audition, ce dernier a donné sa version de la conversation :


– Samir Tarhouni : «La famille Trabelsi est en train de se rassembler à l’aéroport, ils vont se tirer, et moi, je suis sur place. Rejoins-moi je t’en prie, il ne faut pas les laisser partir.»

Larbi Lakhal ordonne alors à ses hommes, censés protéger le palais, de prêter main forte à la BAT, et s’empresse de les rejoindre.


Audition du colonel El Arbi Lakhal © Mediapart
Peu après 17h, le directeur des unités d’intervention de la police, Jalel Boudriga, est dépêché sur place afin de négocier la libération des otages.

Les colonels de l’unité spéciale de la garde nationale, Larbi Lakhal, celui de la Brigade anti-terroriste de la police, Samir Tarhouni, ainsi que celui de la Brigade nationale d’intervention rapide de la police, Zouheir El Ouefi, s’entretiennent, selon ce dernier, avec Jalel Boudriga, directeur des unités d’intervention de la police :


«Quelles sont vos requêtes ?, leur demande Jalel Boudriga.

— Nous voulons que la télévision nationale soit présente pour filmer le transfert de ces individus (les Trabelsi) à l’armée», répondent en substance les trois colonels.

Jalel Boudriga fait part de leurs requêtes à sa hiérarchie par téléphone.
Au même moment, le président Ben Ali est informé par Ali Seriati que sa sécurité n’est plus assurée, et monte dans l’avion.

Selon le compte-rendu de son audition, Ali Seriati est informé de la situation et des nombreuses défections au profit de la BAT par le général Ammar. Au pied de l’avion présidentiel, Ali Seriati annonce à Ben Ali que l’USGN et la BNIR ont rallié la BAT:


«Monsieur le président, je suis désormais dans l’incapacité d’assurer votre sécurité en Tunisie.»

Le président Ben Ali mesure l’ampleur du danger. Sa fille Halima le suppliant de monter à bord, il décide alors d’accompagner sa famille, et demande à Ali Seriati d’attendre Ghazoua (fille de Ben Ali, issue de son premier mariage), ainsi que son époux, Slim Zarrouk, et leurs enfants, afin de leur permettre de fuir vers l’île de Djerba.


Audition d'Ali Seriati © Mediapart
A 17 h 37, Ridha Grira est informé que Ben Ali est monté à bord, l’avion décolle à 17 h 47

A 17h37, le général de l’armée de l’air Taieb Laadjimi informe Ridha Grira que le président est monté à bord d’OSCAR-OSCAR (nom de code de l’avion présidentiel), et qu’il s’apprête à décoller bientôt. Le ministre réplique : «Ils ne sont pas encore partis ? Qu’ils fassent vite, qu’ils fassent vite !»
A 17h47, l’avion présidentiel décolle avec à son bord Ben Ali et sa famille.

Note : La version de Taieb Laadjimi est en contradiction avec les propos de Ridha Grira, tenus lors de son interview sur Radio Mosaïque du 8 mars 2011. L’ancien ministre de la défense y déclarait notamment avoir été très surpris lorsque son général de l’aviation l’a informé que l’avion présidentiel avait décollé avec Ben Ali à son bord.

Après le décollage de l’avion présidentiel, Ali Seriati se dirige vers le salon d’honneur de l’aéroport militaire avec Mohsen Rhim (directeur du protocole) et le colonel du GIPP (Elyas Zalleg), pour attendre Ghazoua, comme le lui avait demandé Ben Ali.
17 h 47, apprenant le départ de Ben Ali, Sami Sik Salem, à Carthage, tente en vain d’avoir de nouvelles directives.

Du palais, après avoir appris le décollage de Ben Ali par radio, Sami Sik Salem, numéro 3 de la sécurité du palais, tente de joindre Ali Seriati, sans succès. Il décide alors de contacter le colonel Adnene Hattab (second de Seriati), qui lui conseille de se «trouver un coin » pour se « cacher».

De peur que le palais ne soit pris d’assaut par les manifestants, Sami Sik Salem décide alors de contacter Rachid Ammar sur le numéro de téléphone direct de l’état-major de l’armée de terre:


Sami Sik Salem : « Allo, général Ammar ?
— Non, c’est le général Ahmed Chabir au bout du fil.
— J’ai besoin de parler personnellement au général Ammar.
— Qu’y a-t-il, je suis à votre disposition.
— Excusez-moi, je dois parler personnellement au général Ammar.
— Essayez donc de le joindre au ministère de l’intérieur.»


Audition du colonel Adnene Hattab © Mediapart
Sami Sik Salem prend la décision d’appliquer la procédure constitutionnelle en cas de vacance du pouvoir.

Le colonel Sik Salem appelle le premier ministre Mohamed Ghannouchi (dont l’audition peut être consultée ici):


– Sami Sik Salem : « Le président a fui le pays avec sa famille. La Tunisie est sous votre responsabilité, ne la laissez pas se perdre.»
– Mohamed Ghannouchi : «Ce n’est pas moi le principal responsable dans ce cas. Il faut convoquer le président du parlement, le président de la chambre des conseillers et le président du conseil constitutionnel.»
– Sami Sik Salem : «Je vous fais tout de même venir une voiture blindée et une escorte jusqu’au palais. Je ferai de même pour chacune des personnes que vous avez citées.»

Sik Salem contacte les trois autres et envoie quatre voitures blindées ainsi que des hommes armés, pour ramener :

Mohamed Ghannouchi : premier ministre.
Foued M’bazza : président du parlement.
Abdallah Kallel : président de la chambre des conseillers.
Fethi Abdennadher : président du conseil constitutionnel.

Une fois l’escorte en face du domicile de Fethi Abdennadher, celui-ci s’avère absent de son domicile, et a éteint son téléphone.
Vers 18 heures, nouveaux ordres de Ridha Grira.

Selon Rachid Ammar, Ridha Grira lui demande personnellement de tuer Tarhouni, Lakhal, ainsi que leurs hommes, ce que Rachid Ammar refuse. Il demande par ailleurs à Taieb Laadjimi d’arrêter Seriati.

En attendant Ghazoua et sa famille, Ali Seriati demande de son côté la mise à disposition d’un Hercule C-130 au chef d’état-major de l’armée de l’air, afin d’amener la fille de Ben Ali à Djerba. Ce dernier en informe son ministre, et ne rencontrant pas d’objection, il fournit l’appareil.

Ridha Grira s’étonne cependant : «Mais que fait encore Seriati ici, pourquoi ne s’est-il pas envolé avec Ben Ali ?» Il ordonne son arrestation sur-le-champ. A son tour, Taïeb Laadjimi ordonne donc au colonel Lyes Lemnekbi de prendre deux officiers avec lui pour mettre Ali Seriati aux arrêts.

Ridha appelle ensuite Rachid Ammar, qui se trouve toujours au ministère de l’intérieur, et lui ordonne d’éliminer la BAT et l’USGN afin de libérer les Trabelsi :


– Ridha Grira : « Il faut tuer ces gens-là à l’aéroport, il faut tous les tuer, frappez-les avec la force nécessaire.»
– Rachid Ammar : « Je refuse, M. le ministre. Je sais comment négocier avec ces hommes, je vais m’en occuper. Il y a beaucoup de monde à l’aéroport, ils sont trop armés, il faut éviter la force qui ne pourra mener que vers un bain de sang.»

S’étonnant que son ministre ne l’ait ni informé du départ du président Ben Ali ni de l’arrestation d’Ali Seriati, Rachid Ammar lui demande la raison de cette dernière décision. Ridha Grira lui livre cette réponse énigmatique : « Il (Ali Seriati) veut le beurre et l’argent du beurre.»
Ali Seriati demande au colonel Elyas Zalleg et ses hommes de rentrer au palais, et demeure seul dans la caserne militaire.

Ali Seriati se dirige vers le salon d’honneur de l’aéroport militaire avec Mohsen Rhim (directeur du protocole de la présidence) et le colonel du GIPP (Elyas Zalleg), pour attendre Ghazoua, comme le lui avait demandé le président Ben Ali.

Dans le salon, stressé, Elyas Zalleg parle avec le directeur du protocole (propos rapportés par ce dernier lors de son audition) :


– Elyas Zalleg: « On va encore traîner ici ? »
– Mohsen Rhim: « C’est à M. Seriati qu’il faut le demander.»

Elyas Zalleg se dirige vers Ali Seriati :


– Elyas Zalleg: « Qu’est-ce qu’on attend pour rentrer ? »
– Ali Seriati : « Allez-y, rentrez tous, moi, je reste encore. Essayez de vous diviser en plusieurs groupes afin de ne pas attirer l’attention…»

Mohsen Rhim s’adresse à son tour à Ali Seriati :


– Mohsen Rhim: «Vous rentrez avec moi au palais Monsieur ?»
– Ali Seriati : «Vas-y, rentre, moi je reste encore, il n’y a pas de problème.»

Mohsen Rhim rentre au Palais. De son avion, le président Ben Ali appelle Mohsen Rhim :


– Ben Ali : « Ali Seriati est près de toi ? »
– Rhim : « Non, monsieur le président, je viens de le laisser dans le salon d’honneur de la caserne de l’Aouina. »
– Ben Ali : « Est-ce que ma fille Ghazoua et Slim Zarrouk, son époux, sont arrivés ? »
– Rhim : « Je ne les ai pas vus, mais Seriati est là-bas et les attend. »
– Ben Ali : «Merci.»
Le colonel Lyes Lemnekbi prend ses dispositions: appliquer les ordres et arrêter Ali Seriati

En se dirigeant vers le salon d’honneur où se trouvaient Ali Seriati et ses hommes, le colonel Lyes Lemnekbi, colonel de l’armée de l’air, croise le colonel Elyas Zalleg du GIPP (qui vient donc d’être congédié par Seriati). Les deux hommes se connaissent depuis longtemps.


– Lyes Lemnekbi : « Prends tes hommes et rentre maintenant. »
– Elyas Zalleg : « Que se passe-t-il ?»
– Lemnekbi : « Écoute mon conseil, et rentre chez toi.»
18 h 17 : arrestation d’Ali Seriati en présence de Ghazoua et son époux Slim Zarrouk

Lorsque Ghazoua et sa famille arrivent finalement au salon d’honneur de l’Aouina, c’est pour assister à l’arrestation d’Ali Seriati. L’officier Lyes Lemnekbi lui demande de remettre son téléphone et son arme. Ali Seriati obtempère, mais ne donne qu’un seul téléphone alors qu’il en avait un second, d’urgence.

Par la suite, il resta dans le salon d’honneur aux côtés de Slim Zarrouk, Ghazoua et leurs enfants. Ceux-ci, également retenus dans le salon, attendent leur avion pour aller à Djerba.

Selon son audition, Slim Zarrouk, effrayé par l’arrestation d’Ali Seriati, appelle Ridha Grira et décide de ne plus prendre l’avion pour Djerba, souhaitant rentrer chez lui. Ridha Grira ordonne à son général de l’aviation de permettre à Zarrouk et Ghazoua de rentrer chez eux. Le général Taieb Laadjimi ordonne à son tour à Lyes Lemnekbi d’assurer la sortie de la fille de Ben Ali afin qu’elle puisse rentrer tranquillement chez elle.
Fouad Mebazaa et Abdallah Kallel aux portes du palais de Carthage.

Les deux premières voitures arrivent aux portes du palais, avec à leur bord Fouad Mebazaa, président du parlement, et Abdallah Kallel, président de la chambre des conseillers. Mais les gardes en fonction devant l’entrée les arrêtent, estimant que les directives de Sik Salem ne leur suffisent pas. Après négociation, ils demandent à la salle des opérations d’obtenir l’approbation d’Ali Seriati. La salle des opérations contacte donc Ali Seriati sur son second appareil, alors que celui-ci se trouve aux arrêts dans le salon d’honneur de l’Aouina.


- « M. Seriati, MM. Mebazaa et Kallel sont aux portes du palais et le premier ministre (Mohamed Ghannouchi) est en route, pour y pénétrer.»
– Ali Seriati : «Qu’ils rentrent.»

Peu après, Mohamed Ghannouchi (finalement arrivé), Fouad Mebazaa et Abdallah Kallel rappellent Seriati afin de l’informer de leur intention d’appliquer le protocole indiqué dans la constitution en cas de vacance du président. Le général donne son approbation.


Registre des entrées au palais © Mediapart
Tentative d’application de l’article 57 de la constitution avec Mebazaa.

Mohamed Ghannouchi, Fouad Mebazaa et Abdallah Kallel se réunissent dans le studio de tournage du palais et, après avoir officiellement constaté l’absence de Ben Ali, ils décident dans un premier temps de faire appliquer l’article 57 de la constitution tunisienne. Détail de l’article 57 de la constitution tunisienne :


«En cas de vacance du Président de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement absolu, le Conseil constitutionnel se réunit immédiatement et constate la vacance définitive à la majorité absolue de ses membres. Il adresse une déclaration à ce sujet au président de la Chambre des conseillers et au président de la Chambre des députés qui est immédiatement investi des fonctions de la Présidence de l’Etat par intérim.»

Foued Mebazaa déclare qu’il n’est physiquement pas en état de supporter cette responsabilité et suggère donc Abdellah Kallel. Le colonel Sik Salem intervient et s’écrit : «Non, pas celui-là !»

D’après son audition, Mohamed Ghannouchi affirme avoir suggéré l’application de l’article 56 pour faciliter celle, le jour suivant, de l’article 57, qui devait permettre à Fouad Mebazaa de devenir président.


Voici le détail de l’article 56 : «En cas d’empêchement provisoire, le Président de la République peut déléguer par décret ses attributions au Premier ministre à l’exclusion du pouvoir de dissolution de la chambre de députés. Au cours de l’empêchement provisoire du Président de la République, le gouvernement, même s’il est l’objet d’une motion de censure, reste en place jusqu’à la fin de cet empêchement. Le Président de la République informe le président de la chambre des députés de la délégation provisoire de ses pouvoirs.»

Note : Ni Fouad Mebazaa, actuel président de la République tunisienne, ni Abdallah Kallel, actuellement en détention, n’ont, à notre connaissance, été auditionnés. Leurs dépositions ne figurent pas dans le dossier.

Le jour de sa démission du poste de premier ministre, le 27 février 2011, Mohamed Ghannouchi a livré une version toute différente, sur le site d’information tunisien Kapitalis : «J’ai téléphoné au ministre de la défense et cet appel a sauvé le pays d’un bain de sang.» Voici la totalité de son témoignage publié sur le site tunisien :


«Le 14 janvier, alors que les manifestations massives se déroulaient sur l’avenue Habib-Bourguiba, j’étais dans mon bureau. Quand le gouvernement a été dissous et que j’ai été nommé par l’ex-président pour constituer un nouveau gouvernement, j’ai décidé de quitter mes fonctions. Aussi, le vendredi 14 janvier, je suis resté jusqu’à 18h pour réunir mes papiers personnels et partir pour ne plus revenir. J’étais très affecté, ainsi que ma famille, par les dépassements que le pays a vécus. Alors que je m’apprêtais à sortir, j’ai reçu un appel téléphonique du responsable de la garde présidentielle qui m’informe que le président a quitté le pays et me demande d’assurer l’intérim. Je lui dis ma décision de quitter mes fonctions. Il raccroche, puis rappelle et me dit qu’il se passerait des choses graves et qu’il y aurait une mer de sang si je n’assumais pas mes responsabilités. Il a ajouté que si je ne rejoignais pas d’urgence le Palais de Carthage, il me ferait assumer la responsabilité de tous les morts qui tomberaient. Je me suis d’abord assuré que l’ex-président avait quitté le pays. J’ai téléphoné au ministre de la Défense et cet appel a sauvé le pays d’un bain de sang. Sans informer ma famille, j’ai rejoint le Palais de Carthage. Je suis entré au Palais. J’ai trouvé MM. Mebazaa et Kallel. Et on m’a demandé de prendre la responsabilité pour combler le vide constitutionnel. La suite vous la connaissez.»
Application de l’article 56 de la constitution avec Mohamed Ghannouchi.

Le premier ministre intervient, et annonce que, au titre de l’article 56, il peut également assumer cette responsabilité. Il procède ensuite à l’enregistrement de la vidéo. Par la suite, Sim Sik Salem envoie la cassette au siège de la télévision nationale.


De gauche à droite: Abdallah Kallel, Mohamed Ghanouchi, et Fouad Mebazaa.
A 19 h 15, Mohamed Ghannouchi appelle Samir Tarhouni afin de comprendre ses intentions.

Après la diffusion de l’allocution, Adnen Hattab, se trouvant au palais en compagnie de Mohamed Ghannouchi appelle le colonel Lakhal (USGN) qui, lui, était en compagnie des autre colonels :


– Hattab : « Allo, Larbi ? Passe-moi Tarhouni, Mohammed Ghannouchi veut lui parler.»

Lakhal demande alors à Tarhouni s’il accepte de parler à Mohamed Ghannouchi. «Bien sûr, passe-le-moi », répond-il.


– Tarhouni : « Mes respects, Monsieur le Président»
– Ghannouchi : «Je suis le premier ministre. »
– Tarhouni : « Alors mes respects, M. le Premier ministre. »
– Ghannouchi : « Selon la constitution, je suis le président provisoire, et après votre coup d’Etat, souhaitezvous être président ? Ou bien avez-vous une autre personne en vue pour ce poste ?»
– Tarhouni : « Je vous prie d’accepter mes excuses, M. le Président, nous, nous travaillons sous vos ordres et sous les ordres de nos supérieurs. Et nous venons de capturer cette bande de mafieux (la famille Trablesi, ndlr), et souhaitons les remettre à Rachid Ammar.»
– Ghanouchi : «Entendu.»


Audition de Samir Tarhouni © Mediapart
19 h 30, Tarhouni remet les Trabelsi entre les mains de l’armée de l’air.

Le général Chabir (général de la Direction générale de la sécurité militaire, équivalent de la DGSE) ordonne au colonel Elyes Lemnekbi d’aller récupérer les Trabelsi des mains de Samir Tarhouni. Lorsque Lemnekbi va récupérer les Trabelsi, la télévision nationale est présente.

Nous sommes en novembre 2011, et les Tunisiens attendent toujours que la lumière soit faite sur les événements du 14 janvier. Pourquoi les contre-interrogatoires et confrontations entre, notamment, le général Rachid Ammar (qui accuse l’ex-ministre de la défense, Ridha Grira, d’avoir ordonné l’élimination du commando qui a arrêté la famille Trabelsi) et Ali Seriati – actuellement en détention, tout comme Abdallah Kallel, et qui réclame à cor et à cri un procès public – ou entre l’ex-premier ministre Mohamed Ghannouchi et le colonel Sami Sik Salem, n’ont-ils pas été menés ? Dix mois après les faits, et malgré toutes les auditions menées, la justice tunisienne ne s’est toujours pas décidée à communiquer sur les événements cruciaux d’une journée qui restera comme l’une des plus importantes de l’histoire de la Tunisie.

Article publié sur MediaPart

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mardi 28 mai 2013

La justice européenne annule les sanctions contre les proches de Ben Ali



La justice européenne a annulé aujourd'hui les sanctions qui avaient été prises contre plusieurs proches de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, soupçonnés de détournement de fonds publics.


Parmi les personnes concernées, figurent les gendres de Ben Ali : Mohamed Sakhr El Materi et Slim Chiboub, et son beau-frère, Belhassen Trabelsi.

En janvier 2011, l’UE avait décidé de geler les avoirs de ces trois personnes en arguant qu’elles étaient "responsables du détournement de fonds publics tunisiens".

Or, a constaté le Tribunal de l’UE dans trois arrêts distincts, la décision d’exécution des sanctions, adoptée par l’UE un mois plus tard, a imposé aux trois hommes un gel de leurs avoirs aux motifs qu’ils faisaient "l’objet d’une enquête judiciaire des autorités tunisiennes" pour des actes accomplis "dans le cadre d’opérations de blanchiment d’argent".

Selon le Tribunal, la notion de "blanchiment d’argent" ne figure pas dans la première décision et l’UE n’a pas établi qu’un individu puisse être qualifié, conformément au droit pénal tunisien, de "responsable du détournement de fonds publics" pour la seule raison qu’il est l’objet d’une "enquête judiciaire" pour des faits de "blanchiment d’argent". En conséquence, les sanctions ont été annulées.

Mais, a précisé le Tribunal, leurs effets seront maintenus "jusqu’à l’expiration du délai d’un éventuel pourvoi" contre les trois arrêts rendus mardi.

Alter Info
l'Information Alternative

dimanche 12 mai 2013

Seul Ben Ali pourrait répondre à cette question ?



Par Salem Ben Ammar


La révolution du jasmin, de son nom de code, a-t-elle livrée tous ses secrets ? Rien ne permet de l’affirmer avec précision dans la mesure où ses acteurs principaux, ceux auxquels on a fait endosser les habits de voyous vaincus par le Shérif, en l’occurrence le peuple tunisien, sont privés de parole, ou noyés dans un flot continu de parole dont il est difficile de démêler le vrai du faux.


Il est de règle dans le droit pénal que tout prévenu a le droit de garder le silence, pour que ses propos ne soient pas retenus contre lui. Ce qui revient à dire aussi qu’il a le droit de le rompre pour témoigner contre ses propres intérêts, pour que la vérité éclate et que justice soit faite.




Le fait de réduire au silence ceux à qui ont a fait jouer le rôle des méchants, présentés comme la cause de tous les tourments du bon peuple, diabolisés comme rarement dans l’histoire de la Tunisie, calomniés et jetés en pâture à la vindicte populaire, est la preuve que les Tunisiens ont été victimes d’une conspiration magistralement orchestrée. N’est-ce pas là un aveu explicite de la part de ceux-là mêmes qui ont été les premiers à décréter la fin du film un certain 14 janvier 2011 ?


N’est-ce pas le réalisateur lui-même, le dénommé Barak Hussein Obama qui a effectué le clap de fin du tournage du thriller qui a duré 4 semaines après 3 ou 4 années de travaux de repérage et de balisage du terrain : Revolution’s day in Tunisia, alors que Ben Ali le personnage-clé de ce film hollywoodien en grandeur nature, qui ignorait tout ou presque de cette trame, était encore présent sur la scène ?




Ce clap de fin n’est-il pas en soi une preuve irréfutable et évidente quant à la vraie nature rocambolesque, vaudevillesque, hollywoodienne et mélo-dramatique ( effusion de sang et larmes ), avec un épilogue heureux où le « peuple » a vaincu le « dictateur » et le bien a triomphé du mal ? Mais de quel mal et de quel bien s’agit-il a posteriori et au regard des événements engendrés par l’une des plus grandes supercheries politiques de tous les temps, à l’instar du renversement de Mossadegh en Iran, de Salvador Allende au Chili, de Nicolas Ceausescu en Roumanie ou de Saddam Hussein en Irak ?


Le scénariste a beau avoir usé de ses ficelles habituelles et mystificatrices, il s’est pris les pieds dans le tapis en voulant doter d’attributs glorieux et héroïques, le général Rachid Amar, personnage terne et acteur de seconde zone, un second couteau décrit comme étant l’homme qui a épargné à son peuple le bain de sang au péril de sa vie. De l’aveu même du cyber-collabo qui a fait de ce monsieur un héro, à savoir Yassine Ayari, le général Ammar n’a jamais dit non à Ben Ali.




Comme il ne peut y avoir de « révolution » sans visage et sans légende glorieuse, il fallait bien lui en créer un et lui en tisser une. La propagande qatari s’est occupée du reste en faisant de ce général un chef charismatique, un leader patriotique, un résistant de la trempe de Jean Moulin ou du Général de Gaulle. De l’ombre, il s’est trouvé propulsé sous les feux des projecteurs. Ainsi, le sauveur est né, histoire de procurer un sentiment de fierté nationale au petit peuple et de flatter son ego en le mettant sur le même piédestal des grands peuples révolutionnaires de la planète : le peuple français, le peuple russe ou le peuple chinois.


La machine de la star system a fonctionné à merveille. Le metteur en scène a fait jouer aux Tunisiens leur propre rôle comme dans dans une série de télé-réalité, reléguant les vrais acteurs au rang de spectateurs interdits de se rendre à l’arène sportive comme des vulgaires hooligans. A croire que le scénariste a peur qu’ils ne viennent perturber le bon déroulement de son jeu de cirque. Comme s’ils voulaient immuniser le public, devenu acteur, contre le « virus » de vérité dont il est porteur et qu’il mette à mal toute sa stratégie de communication autour de l’épopée révolutionnaire tunisienne.


Craignant certainement qu’ils fassent tomber le voile sur le mensonge révolutionnaire, sur cette véritable supercherie qui entache la victoire du « bon peuple » sur « le méchant despote ». Alors que tout indique, depuis le fameux jour du 14 janvier 2011, juste à l’heure où le destin de la Tunisie a été scellé, que le crépuscule du peuple était en parfaite synchronie avec le déclin brutal de son président. Comme si tous les deux entretenaient une relation fusionnelle et en coupant le cordon ombilical qui les reliait, on a déclenchait leur mise à mort respective.


En éloignant Ben Ali de la scène politique, et en faisant de lui un hôte de marque malgré lui, chez ceux-là-mêmes qui sont les contributeurs financiers de la production hollywoodienne du film révolutionnaire tunisien, les scénaristes ont voulu enfouir sous une chape de plomb le principal acteur et témoin de ce film. La belle historiette, ce bestiaire hagiographique de Saint-Obama ne doit pas livrer ses secrets de la bouche même du personnage-clé de la tragédie tunisienne.




Comme si les jeux sont faits, et qu’on ne peut récrire à rebours le scénario sordide et morbide de ce film révolutionnaire, notamment le dernier épisode relatant les conditions dans lesquelles se sont réellement déroulés les événements qui ont précipité ou plutôt motivés le départ de Ben Ali, un départ digne des romans de Georges Simenon. Et si le vrai héros de ce roman n’était pas celui qu’on croyait (Rachid Ammar), et que le vrai patriote n’était pas Ben Ali lui-même ?


Moi-même, j’avais mordu à l’hameçon du « général qui a dit non à Ben Ali » ; comme si j’étais envoûté par l’ivresse du parfum de jasmin, jusqu’au jour où j’ai été interpellé par le jeu de cartes libyen auquel se livrait les pays de l’O.T.A.N. avec des partenaires wahhabites et terroristes, dont j’avais analysé la stratégie destructrice dans mon article sur la wahhabisation du monde arabo-musulman.


Je dois avouer que peu de Tunisiens ont fait preuve de perspicacité intellectuelle et de courage politique, en dehors de deux patriotes dont l’un souhaite garder l’anonymat et l’autre, Mezri Haddad, est suffisamment connu pour que j’en taise l’identité. Seul et contre tous, ce philosophe doué d’un sens politique exceptionnel a eu l’audace de dénoncer cette supercherie et d’alerter ses compatriotes. Mais, comme nul n’est prophète dans son propre pays, il a suscité un tollé général faisant de lui l’ennemi public n°1.


Le mythe du sauveur ne résiste pas à l’examen des faits deux ans après la « révolution du jasmin ». On réalise alors combien il a été un simple agent d’exécution aux ordres des forces néocoloniales et impérialistes : les USA et le Qatar. Un homme qui soi-disant aurait évité à la Tunisie un fantasmagorique bain de sang brille curieusement par sa passivité et son absence troublante d’enrayer l’effusion de sang de ses propres soldats à Djebal Chaâmbi, de jeunes soldats qui défendent leur patrie contre les terroristes imperialo-wahhabites.


Il est à douter que cet homme eût épargné quoi que ce soit aux Tunisiens et que tout donne à croire aujourd’hui qu’il était un des rouages essentiels du complot fomenté contre la Tunisie et le monde arabe en général. Il n’a été qu’un un petit Pétain tunisien, un substitut pour voler la vedette à celui qui a probablement accompli le vrai sursaut patriotique en proposant à son peuple un bon plan de sortie de crise, à savoir le général Ben Ali. Mais c’était déjà trop tard.


Dois-je sacrifier ma liberté pour sauver mon peuple, choisir l’exil pour éviter aux Tunisiens la guerre civile ? Seul Ben Ali pourrait répondre à cette question, si ses tombeurs Américains et ses geôliers Saoudiens lui laissent la liberté de le faire


Par Salem Ben Ammar


Remarque : « Tunisie Focus ne partage pas forcément les opinons exprimées dans cet article ».


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dimanche 27 janvier 2013

Ben Ali : Nous avons été trahis par un pays arabe et un pays occidental

Dans une interview exclusive accordée à tunisia-secret.com, le président déchu Zine El Abidine Ben Ali a déclaré qu’”il prévoyait de dire au peuple tunisien, le 14 janvier 2013 que le pays était en danger et que des groupes terroristes sont arrivés d’Europe alors que des cellules islamistes dormantes se sont réveillés”.

Il a en outre ajouté: « nous avons été trahis par un pays arabe frère et un pays occidental ami».
Lizez l’integralité de l’interview publiée sur Tuisie-Secret
Monsieur le président, dans quelles circonstances et pour quelles raisons avez-vous quitté la Tunisie le 14 janvier 2011 ?
Ben Ali- On m’a persuadé que la vie de ma famille était en danger et qu’on ne pouvait plus assurer même pas ma propre sécurité. J’ai agi comme tout père de famille en pareille circonstance. Malgré tout ce qu’on m’a dit sur le danger de rester, mon intention n’était pas du tout de quitter la Tunisie. Mon devoir était de rester et de faire face aux différents complots qui se jouaient. Cela m’a beaucoup rappelé les événements de janvier 1984. J’ai fini par embarquer dans l’avion sans mes médicaments et sans mes lunettes, en pensant revenir immédiatement après. Je signale que je n’ai jamais eu l’intention de me rendre en France, à l’inverse de ce qui a été dit. J’ai hésité entre deux pays frères, le royaume d’Arabie Saoudite et l’Algérie. J’ai finalement été guidé vers la terre du Prophète que la paix soit sur lui. Une heure après notre arrivée, j’ai dit au revoir à ma famille que j’ai laissé partir sous bonne escorte et je suis resté dans l’aéroport. C’était tard dans la nuit et j’ai attendu que l’avion fasse le plein en kérosène et que les cinq personnes de l’équipage se reposent un peu pour embarquer et repartir vers Tunis. Sans me prévenir, alors que j’attendais au salon d’honneur, l’avion a décollé sans moi à peine deux heures après notre arrivée.
Dans votre discours à la nation, vous avez affirmé n’avoir jamais donné d’ordre de tirer à balles réelles sur les manifestants ? Pourquoi donc y a-t-il eu tant de morts ?
Ben Ali- Aucun ordre, qu’il soit écrit ou oral n’a été donné au ministère de l’Intérieur et au ministère de la Défense Nationale d’utiliser des armes à balles réelles. Même l’usage des bombes lacrymogènes a été strictement conditionné. Dès le 1er janvier 2011, nous savions que des voitures de locations et des taxis parcouraient le nord et le sud du pays en donnant aux jeunes de l’argent, de la drogue sous forme de comprimés et de quoi fabriquer des cocktails Molotov. Mais, dès le 8 janvier, à la suite des rapports que j’ai eus sur les attaques de certains postes de police et de la Garde Nationale par des éléments terroristes, où il a eu des morts et des blessés, consigne a été donnée à l’ensemble des forces de l’ordre de faire usage de leurs armes en cas de légitime défense. De là où je me trouve en ce moment, je le jure devant Dieu et devant le peuple tunisien que je n’ai jamais donné le moindre ordre de tirer sur les manifestants. Je reste persuadé que mes ministres de l’Intérieurs et de la Défense sont innocents de ce dont on les accuse. Même si je n’ai personnellement donné aucun ordre, j’assume mes responsabilités en tant que chef de l’Etat. Je suis prêt à répondre devant un tribunal indépendant de toutes les accusations qu’on m’a adressé. C’est à ce moment là que mes compatriotes sauront toute la vérité. Ils sauront qui a tué les manifestants et sous les ordres de qui. J’avais mal pour tous ces jeunes qui sont morts inutilement et j’en souffre encore comme s’il s’agissait de mes propres enfants.
Lorsque votre résidence de Sid Dhrif a été perquisitionnée, on y a trouvé beaucoup d’argent en dinars et en devises. Y avait-il autant d’argent et en étiez-vous le possesseur à titre personnel ?
Ben Ali- Malgré sa cruauté, cette histoire m’a fait moins de mal que les jeunes qui sont morts pour rien et qui étaient comme mes propres enfants. Cette histoire était une violation de domicile totalement illégale. On n’a pas seulement trouvé la Banque centrale qui a déménagé chez moi, on a aussi trouvé des armes, de la drogue et je ne sais pas quoi encore. Ce coffre ne servait pas à amasser de l’argent et des bijoux. Il était plein effectivement, mais d’autres choses. J’avais tous les dossiers classés secret défense et beaucoup d’autres dossiers personnels aussi, des lettres privées, de vieux documents de ma famille qui remontent au 19eme siècle, des photos, des actes de propriété de mon arrière grand père, un souvenir de ma mère qui m’était particulièrement cher… Tout ça à été enlevé et remplacé par des billets d’argent venus de je ne sais où. L’argent qu’il y avait représentait 10% de ce qu’on a montré au peuple tunisien. C’était la caisse noire du président de la République, comme tous les chefs d’Etat et même ministres dans certains pays de l’Occident. Mais bon, je comprends pourquoi ils ont fait tout ça.
Certains prétendent que vous aviez l’intention de vous adresser au peuple tunisien dans la soirée du 14 janvier 2011 pour lui faire de révélations d’une extrême gravité, et que vous comptiez même le faire dans votre tenue de général de l’armée. Si cela est vrai, que comptiez-vous dire aux Tunisiens ?
Ben Ali- Oui, c’est tout à fait vrai. Mon discours a été rédigé le 14 janvier, le matin. Je voulais le prononcer à 8h du soir. Les six pages sont restées sur mon bureau à Carthage, lorsque j’ai accompagné ma famille à l’aéroport. C’est quelqu’un qui m’a conseillé de mettre ma tenue de général de notre Armée Nationale. Non, je n’allais pas le faire. Par contre, j’avais pris la décision de dire à mon peuple que j’ai servi toute ma vie, que le pays est en danger, que des groupes terroristes sont arrivés d’Europe et dont nous avons arrêtés quelques uns, que des cellules islamistes dormantes se sont réveillées, que nous avons été trahi par un pays arabe frère et par un pays occidental ami. Je voulais aussi annoncer la constitution d’un nouveau gouvernement d’unité nationale avec pour premier ministre Kamel Morjane, avec la participation du RCD, du MDS, du PDP, du Ettajdid, du Forum démocratique pour le travail et les libertés, de deux intellectuels indépendants et d’une personnalité islamiste de l’intérieur du pays. Il devait être un gouvernement d’une année pour préparer des élections législatives et présidentielles et exécuter mon programme de redressement en 21 points, dont j’ai parlé dans mon discours du 13 janvier. Je voulais annoncer enfin que je ne me portais pas candidat et qu’après ces élections, je me retirais définitivement de la vie politique.
Comment jugez-vous la situation de la Tunisie deux ans après et que pensez-vous du gouvernement actuel ?
Ben Ali- J’espérais que mes compatriotes retrouvent la paix civile et la fraternité et que les nouveaux dirigeants construisent sur ce qui a été déjà construit depuis l’indépendance. Ce n’est pas à moi de faire le bilan de mes 23 ans au pouvoir, mais aux historiens. Moi, je dis que ma politique n’était pas parfaite mais qu’elle a produit de très bon résultats socio-économiques, structurels, éducatifs et de développement intégral. Avec des ministres compétents et qui se sont dévoués pour leur Patri, avec des moyens énergétiques très modestes, nous avons relevé de grands défis. Lorsque je suis devenu président en 1987, les anciens savent que le pays était en faillite économique et en danger sécuritaire. Toutes les forces vives de la Nation ont participé au redressement du pays, y compris l’opposition, les syndicats et les élites patriotiques. Après mon départ, j’espérais que toutes ces forces vives se remettent au travail, renforcent ce qui a été réalisé et complètent ce que je n’ai pas fait. Mais malheureusement, certains ont choisi un autre chemin pour régler des comptes, pour se venger, pour profiter du pouvoir. Au lieu de plier leurs genoux et de répondre aux besoins des pauvres et des chômeurs, ils ont perdu leur temps et épuisé toutes les réserves financières que mon dernier gouvernement a laissé, les ont épuisé dans des initiatives démagogiques et inutiles. L’inflation, le chômage, la pauvreté et l’endettement extérieur ont quadruplé en deux ans. J’ai vraiment mal pour mon pays et pour mon peuple. J’espère de tout mon coeur que ce gouvernement va saisir la gravité de la situation, qu’il va remédier à ça et qu’il va réussir.

jeudi 17 janvier 2013

Scandale à Carthage

 Marzouki a demandé à Hollande de « solder l’héritage Sarkozy », en oubliant lui-même de solder l’héritage Ben Ali. Dans l’interview accordée à BFM-TV, un détail a échappé aux observateurs tunisiens et français, mais pas à Tunisie-Secret : dans le salon où s’est déroulée cette interview, un trophée symbolisant le 7 novembre 1987, que le locataire très provisoire de Carthage a oublié de retirer ! Ainsi, Moncef Marzouki qui s’est, une fois de plus, érigé en donneur de leçons à la France et même en réformateur du « système mondial », demande à François Hollande de « solder l’héritage » de son prédécesseur sans se rendre compte que dans le salon où il reçoit son visiteur, trône le symbole suprême de l’ancien régime. Comme le ridicule ne tue plus dans cette république bananière, il dit même au journaliste de BFM-TV : « Nous sommes entrain d’enterrer l’ancien sans que le nouveau soit tout à fait là ». T.S va prouver à ses lecteurs que l’ancien est non seulement encore là, mais qu’il est juste en face de ce président fantoche. Enquête exclusive sur un scandale explosif.
Scandale à Carthage : Moncef Marzouki nostalgique du 7 novembre. Voici la preuve
Pourquoi Tunisie-Secret s’est arrêtée sur ce détail ? D’abord parce que Moncef Marzouki est un sacré menteur. En novembre 1987, comme Rached Ghannouchi et bien d’autres révolutionnaires aujourd’hui, il a été parmi les premiers à féliciter Ben Ali après son accession au pouvoir. Ensuite, parce qu’après sa nomination comme président par Rached Ghannouchi, il a continué à mentir, notamment lorsqu’il a déclaré aux Tunisiens qu’il a sorti des caves du palais le grand portrait de Bourguiba pour l’exposer dans un salon du palais. C’est absolument un mensonge, ce portrait a toujours été exposé dans la grande galerie du palais de Carthage, aux côtés de tous les Beys husseinites qui se sont succédés à la tête de la Tunisie. Marzouki fait semblant de respecter Bourguiba. A part l’hypocrisie, la duplicité et la démagogie, Marzouki partage avec Ghannouchi une haine pathologique à l’égard du « combattant suprême », Habib Bourguiba. Troisième raison, ce président a eu pour premier conseiller un ancien haut cadre du RCD, qui a démissionné depuis que T.S a révélé ce scandale, et il a nommé à la tête de l’Institut d’Etudes stratégiques un certain Tarek Kahlaoui, ancien militant d’Ennahda, ancien cadre-chercheur au sein d’Al-Jazeera, ancien et actuellement collaborateur de Freedom House, et ancien lèche-botte de Sakr El-Materi. Ceci pour l’introduction.

Des phrases qui en disent long sur Moncef Marzouki
          

Avant le croustillant, on commence par quelques autres petits détails qui sont pour nous tout aussi importants que le scoop déniché aujourd’hui par T.S. Cette récente interview accordée à BFM-TV que nos lecteurs peuvent visualiser intégralement sur d’autres sites, commence par la question d’un journaliste qui maitrise son métier et qui connait les règles de la bienveillance : « deux ans après le départ du président Ben Ali, un an après votre arrivée à la présidence, quel bilan… ». Ce journaliste français de BFM-TV ne parle pas de « président déchu » ou du «Al-rais al-maklou », comme certains scribouillards et politicards endoctrinés par les propagandistes islamistes d’Al-Jazeera, mais du « président Ben Ali » ! Nous adhérons et nous employons dans T.S tous les autres termes - dictateur, autocrate, tortionnaire, corrompu…- mais pas les termes qu’Al-Jazeera fabrique et que certains tunisiens reprennent comme de vulgaires perroquets et de misérables esclaves de la chaine qatarie.

Second détail : sur la petite table qui sépare le journaliste français du président provisoire, il n’y a pas un vert de thé ou de café, pas même une bouteille d’eau. C’est plutôt curieux dans un pays où les Tunisiens, gouvernants comme les gouvernés, savaient recevoir l’étranger. Mais ce n’est pas étonnant dans un palais où certaines secrétaires se promènent en « chlakha  », selon le témoignage du journaliste tunisien Safi Saïd, qui dit d’ailleurs lui-même n’avoir pas eu droit à un verre d’eau !

Troisième détail, Moncef Marzouki déclare au journaliste : « Notre constitution va fonder la Tunisie pour un siècle ou deux siècles ». Après le débat hautement intellectuel de cette illégitime et médiocre Assemblée constituante, sur la charia et la complémentarité de la femme par rapport à l’homme, on s’attend plutôt à ce que cette constitution fasse reculer la Tunisie d’un ou deux siècles.

Quatrième détail, Marzouki dit : « Les jeunes veulent manger les fruits d’un arbre qui vient d’être planté…C’est une difficulté d’ordre psychologique » ! Tenez donc, cela voudrait dire que les jeunes qui croient avoir fait une grande « révolution » et grâce auxquels Marzouki est aujourd’hui à Carthage et les islamistes au pouvoir, que ces jeunes ont un problème psychologique. Peut-être, après tout ! Et nous en faisons partie.

Cinquième détail au sujet de l’affaire Rafik Bouchlakha, qui a été révélée par Olfa Riahi, Marzouki dit : « Il y a en Tunisie une liberté d’expression qui comporte beaucoup d’effets pervers, beaucoup d’accusations… ». Ainsi, les coucheries de Bouchlakha avec sa « cousine » au Sheraton et aux frais de la princesse n’est pas une affaire très grave révélée par une journaliste qui fait son travail, mais un effet pervers, une accusation qui découle d’une liberté d’expression mal comprise.

Sixième détail, Marzouki déclare : « J’ai fait mon boulot, j’ai fait mon métier en tant que président ». Ceux qui l’ont précédé à cet endroit, le grand président Bourguiba et le général Ben Ali, ne considéraient pas la présidence comme un métier, encore moins comme un boulot, mais comme une vocation, un sacerdoce au service de la nation. Marzouki fait effectivement son boulot de président fantoche, désigné par Rached Ghannouchi pour services rendus à la cause islamiste, et chargé de mener le pays jusqu’à l’accomplissement de la dictature religieuse.

Une œuvre d’art qui représente le 7 novembre 1987 et que Marzouki conserve à Carthage
         

Venons-en maintenant au détail qui a échappé à tous le monde. Dans ce salon présidentiel où s’est déroulée cette interview (voir vidéo ci-dessous), juste derrière le journaliste de BFM-TV, on remarque un trophée représentant le chiffre 7 avec au-dessus une forme circulaire. Intrigué par cet objet qui orne ce salon, Tunisie-Secret a voulu en savoir davantage. Nous avons donc mené notre enquête et le résultat est accablant : nos informateurs, y compris au palais, nous ont affirmé que ce trophée est à cet emplacement depuis des années et qu’il s’agit d’un cadeau offert par le ministère de la Culture avec cette inscription gravée : « A Monsieur le Président de la République, Zine Al-Abidine Ben Ali, l’artisan du changement historique » ! Que la forme circulaire au-dessus du 7 représente en réalité un disque, puisque l’événement immortalisé par ce trophée était a priori un festival de la chanson. Ce sont les seul éléments qui étaient en notre possession avant de mener notre enquête. Voici ce qu’elle révèle.

Il s’agissait en effet de la neuvième édition du festival de la chanson tunisienne, qui a été organisé en 1996 par le ministère de la Culture. Le trophée en question a couté très cher et il a été fabriqué en France. Et pour cause : il a été réalisé (moulage) par la Fonderie d’Art Landowski, nom du célèbre sculpteur figuratif et fondeur Paul-Maximilien Landowski. C’est dans cette Fonderie familiale qu’ont été réalisé les 7 d’Or, les Molières et même certains Oscars de films ou chansons américains. Quant au sculpteur de ce trophée, il s’agit du non moins célèbre Edgar Morineau, celui qui a crée pratiquement tous les disques d’or en France. On est pour le moins surpris que les tunisiens aient fait appel à une Fonderie et à un sculpteur aussi renommés et onéreux. Tunisie-Secret a alors voulu en savoir plus.

Nous nous sommes donc rendus à la Fonderie d’Art Landowski où nous avons découvert le mystère. Ce trophée n’a pas été commandé et payé par le ministère tunisien de la Culture, mais par un richissime homme d’affaire franco-tunisien dont nous préserverons ici l’anonymat. Nous avons appris que ça lui a couté à l’époque 3 millions de francs (450 000 euros), c’est-à-dire 900 000 dinars, pour les six trophées ; car il y a eu six, en effet. Cette année-là (1996), le 1er prix a été attribué à la chanteuse Dorsaf el-Hamdani. Le second prix à été attribué à Saber Rebaï, et le troisième prix, à Chokri Bouzayane. L’homme d’affaire franco-tunisien a gardé pour lui un exemplaire. Un autre a été conservé par la Fonderie Landowski dont nous avons pris la photo ci-jointe. Quant au sixième, c’est celui qu’on voit dans le salon du palais et qui a été offert à Ben Ali par le ministre de la Culture en 1996, M. Salah Bakkari.

Cela vaudrait plus cher que les slips de Ben Ali

Telle est donc l’histoire de ce trophée que Moncef Marzouki a gardé au palais de Carthage et qui représente le symbole même de l’ancien régime que ce président provisoire est « entrain d’enterrer ». Compte tenu de la valeur, pas symbolique mais financière de cette œuvre d’art, Marzouki devrait enlever ce trophée du palais et le remettre au salon d’exposition et de vente des montres, des costumes, des cravates, des chaussettes, des slips de Ben Ali, ainsi que des bijoux de Leila Trabelsi qu’elle a probablement reçu comme cadeaux des princesses du Golfe à l’époque où elle trônait sur la Tunisie. Cette œuvre d’art estimée aujourd’hui par les amateurs d’art et les collectionneurs entre 500 000 et 800 000 euros, compte tenu de la signature d’Edgar Morineau et de Landowski, et qui pèse 11 Kg de bronze véritable patiné à l’ancienne, selon les Fonderies Landowski, pourrait être vendue aux enchères et l’argent pourrait servir à renflouer les caisses d’un Etat qui a fait faillite en deux ans. A moins de consacrer cet argent à la construction de la grande mosquée Ghannouchi dans sa ville natale, ou à la reconstruction du mausolée de Sidi Bousaïd, récemment dévasté par les flammes de l’obscurantisme. Ou, ce qui serait encore mieux, de l’offrir à la sainte Mannoubia Bouazizi, la mère du premier « martyr » de la révolution du jasmin, qui mérite bien un mausolée.
Tunisie-Secret.com

Karim Zmerli avec la collaboration N.B           






Scandale à Carthage : Moncef Marzouki nostalgique du 7 novembre. Voici la preuve



mercredi 2 janvier 2013

Arabie Soudite : Ben Ali n’envisage pas de quitter son exil

















Contrairement aux informations rapportées par la presse arabe et internationale selon lesquelles le président tunisien déchu Ben Ali quittera l’Arabie Saoudite pour une autre destination, des sources proches de ce dernier ont affirmé qu’il restera en Arabie Saoudite et qu’il n’a pas l’intention de quitter sa terre d’exil, d’après l’hebdomadaire Assafir paraissant à Tunis.
Les informations relayées par les médias arabes et internationaux affirmaient que Ben Ali est désireux de quitter l’Arabie Saoudite pour aller s’installer dans un pays européens, probablement la France.

mercredi 19 décembre 2012

Ben Ali compte porter plainte contre l’Etat tunisien

Akram Azoury, avocat de l’ex-président Ben Ali a annoncé, ce mardi que son client portera plainte contre l’Etat tunisien auprès de la commission des droits de l’homme relevant des Nations-Unis.
Akram Azouri a expliqué que son client a décidé de porter plainte après les déclarations de Farhat Rajhi, ministre de l’intérieur au gouvernement BCE sur Hannibal TV. Il avait déclaré que l’argent filmé par la chaîne nationale à la demeure de Sidi Dherif a été emprunté à la banque centrale pour une mise en scène politique.

dimanche 16 décembre 2012

Tunisie : Farhat Rajhi affirme que l’argent découvert chez Ben Ali était un mensonge

 Le ministre de l’Intérieur de l’ère post-dictatoriale vient de révéler que cette affaire d’argent découvert au palais de Sidi Dhrif est « absurde », que c’est un « film » qui a été réalisé à des fins politiques et pour exciter l’opinion publique. Il estime que l’Instance que présidait Abdelfattah Amor était manipulée par des hommes de l’ombre (Kamel Eltaïef). Ci-jointe la vidéo de son interview sur Hannibal TV et la traduction/transcription de notre rédaction.
Explosif : Farhat Rajhi affirme que l’argent découvert chez Ben Ali était un mensonge
Si nous publions aujourd’hui la vidéo et la transcription de l’interview de M. Farhat Rajhi, ancien ministre de l’Intérieur, c’est parce que nous le considérons comme un témoignage capital et historique. Nous considérons cet ancien juge (37 ans au service de la magistrature) comme étant un homme honnête et patriote. Seul faux pas commis, c’est lorsqu’il a libéré de dangereux terroristes, qui sont aujourd’hui dans la nature, en attendant de…. Seul excuse : il avait pris cette décision lourde de conséquences, comme d’autres décisions d’ailleurs, sous la pression de certains mercenaires des droits de l’homme, notamment Sihem Ben Sédrine, Abderraouf Ayadi, Mohamed Kilani et Mohamed Abbou.

C’est en janvier 2011 que Farhat Rajhi a été nommé ministre de l’Intérieur au sein du second gouvernement de Mohamed Ghannouchi. Poussée à la démission par un Béji Caïd Essebsi sous l’influence pernicieuse de l’affairiste véreux Kamel Eltaïef, il a fini par quitter le gouvernement. Cet homme intègre et légaliste a été la victime de Kamel Eltaïef, dont il a découvert les coups bas, les pratiques mafieuses et les manipulations, y compris de la Commission Nationale d’Investigation sur les Affaires de Corruptions et de Malversations (CNICM), que présidait Abdelfattah Amor, qui est d’ailleurs mort le 2 janvier 2012, dans des conditions pas totalement élucidées, selon le témoignage de son propre frère. Comme L’ISIE et comme la « Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique », la CNICM était un jouet entre les mains de cet affairiste qui doit tout à l’ancien dictateur et qui est par ailleurs un valet des Services américains en Tunisie. C’est Kamel Eltaïef qui a suggéré aux « révolutionnaires » tous les noms des anciens ministres, hommes d’affaire ou députés qui devaient aller en prison ou être livrer à la vindicte populaire. Le 5 mai  2011, Farhat Rajhi a provoqué le buzz en déclarant dans une interview que le Premier ministre Béji Caïd Essebsi est un « menteur », et que son gouvernement est manipulé par un ancien proche de Ben Ali, à savoir Kamel Eltaïef.
       
Contrairement aux milliers d’internautes qui avaient cru et partagé la vidéo du coffre fort trouvé chez Ben Ali, nous n’y avions pas vraiment cru parce que la ficelle était vraiment trop grosse. Au risque de nous accuser encore de rouler pour M.Mezri Haddad, c’est en lisant son livre La face cachée de la révolution tunisienne (septembre 2011), que nous avons vraiment douté de la version officielle. Cet ancien ambassadeur a écrit : « Ben Ali est un agent du Mossad, mais c’est aussi un voleur qui entasse de l’argent dans son coffre-fort dissimulé derrière sa bibliothèque. La télévision nationale a aussi diffusé ce montage humiliant et grotesque pour satisfaire la vengeance de certains qui devraient se souvenir de ce proverbe tunisien : le chameau ne voit jamais sa bosse ! Ben Ali avait évidemment une caisse noire, mais quel est le président arabe ou occidental qui n’a pas de caisse noire, échappant à toute comptabilité et à tout contrôle ? C’est une pratique condamnable mais universelle. On n’avait pas besoin de surcharger ce coffre-fort pour frapper des esprits déjà largement haineux à l’égard de Ben Ali » (page 370 de l’édition tunisienne). Une fois de plus, cet ancien ambassadeur a eu raison contre tous. Deux ans après, c’est Farhat Rajhi qui vient confirmer cette thèse.



Extrait de l’interview de Farhat Rajhi sur Hannibal TV diffusée le 15/12/2012 et enregistrée deux jours auparavant.

Samir Wafi : Vous insinuez que la Commission nationale d’investigation sur les affaires de corruptions et de malversations n’était pas indépendante ?
Farhat Rajhi : Oui, tout à fait, elle était manipulée par des hommes de l’ombre. Même si la personne (Abdelfattah Amor) est décédée, e doute de cette Instance qu’il a présidée…Je vais vous raconter queque chose. Lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, abdelfattah Amor m’a appelé car il voulait effectuer une visite au palais de Carthage à 15h. J’ai ordonné au directeur de la garde présidentielle de ne pas le laisser entrer.
S.W- Pourquoi donc ?
F.R- Parce que nous avions à l’époque un grand problème avec déjà l’affaire de la visite du palais de Sidi Dhrif et tout cet argent soi-disant découvert, ce dont je doute personnellement.
S.W- Ah bon, vous vous en doutez ?
F.R- Oui, absolument. J’en doute.
S.W- Cela voudrait dire qu’on a ramené cet argent de la Banque Centrale et qu’on l’a mis à cet endroit ?
F.R- Oui, c’est très probable.
S.W- Vous étiez ministre de l’Intérieur et le saviez-vous ?
F.R- Je n’ai pas mené d’enquête ; je n’en ai pas eu le temps. Mais je vais vous dire pourquoi j’ai douté. Abdelfattah Amor voulait s’y rendre à 15h au palais de Carthage et j’ai donné des consignes pour qu’on ne le laisse pas entrer…
S.W- Malgré qu’il représente la CNICM, qui avait un réel pouvoir ?
F.R- Oui, j’ai dit non. Alors il a rappelé le directeur de la garde présidentielle pour l’informer qu’avec tout le respect qu’il doit au ministre de l’Intérieur, il avait demandé l’autorisation au Président de la République et qu’il allait quand même se rendre au palais. J’ai alors appelé le juge d’instruction pour lui dire, « puisque vous êtes en charge du dossier de l’ancien président, c’est à vous de vous rendre au palais de Carthage et de faire votre boulot ». Il s’y est rendu, a rédigé un constat, a tout mis sous scellé… Si cette histoire d’argent trouvé à Sidi Dhrif était vraie, on aurait trouvé beaucoup d’argent à Carthage aussi. C’est ce que je me dis par déduction. Malgré qu’on a interdit à la CNICM l’accès au palais, ils s’y sont rendus quand même, mais ils n’ont rien trouvé de compromettant et sont repartis les mains vides.
S.W- Pourquoi à votre avis ont-ils mis de l’argent à Sidi Dhrif et l’ont-ils montré à l’opinion publique sur les chaînes de télévision ? Quel est le but de ce film puisque vous le considérez comme tel ?
F.R- Sans doute pour exciter l’opinion publique aux fins politiques de certains.
S.W- Ah bon, je n’ai pas compris. Voulez-vous préciser ? C’est quoi ces fins politiques ?
F-R- C’est dans l’absolu. Ils ont tellement d’arrière-pensées. La personne ( !) est encore là, et vous pourriez lui poser la question.
S.W- Vous en faisiez partie en tant que ministre de l’Intérieur. Vous savez tout. Parlez, confiez-vous !
F.R- Moi, j’en doute. Point à la ligne. L’histoire dira la vérité.
S.W- Si vous avez des doutes, c’est que vous avez des informations. Vous étiez ministre de l’Intérieur et vous aviez tous les rapports.
F.R- Passons, ce n’est pas un problème.
S.W- Comment passons ! Les Tunisiens attendent de savoir et vous ne les satisfaites pas ainsi !
F.R- Je vous ai fait une confidence. J’ai interdit à Abdelfattah Amor de se rendre à Carthage. On n’a rien trouvé au palais, à part quelques vieux pistolets et des trucs historiques. En tout cas, rien à voir avec ce qu’on a « découvert » à la résidence de Sidi Dhrif, et qui est absurde. En tout cas, ce n’est pas grave.
S.W- Je n’ai pas bien compris votre allusion tout à l’heure lorsque vous avez dit « à des fins politiques ».
F.R- C’est toute cette période qui n’était pas claire et pas bien comprise.

Notre conclusion :

Les liasses d’argent trouvées dans le coffre-fort de la résidence de Sidi Dhrif est une affaire montée de toute pièce par Kamel Eltaïef, l’exécutant des basses manœuvres américaines en Tunisie. Le but de l’opération, faire détester un président déjà largement honni par une population en colère et à juste titre. Ben Ali avait bel et bien une caisse noire, pas seulement comme tous les présidents du monde, mais comme tous les ministres et même tous les grands chefs d’entreprise. Il y avait sans aucun doute de l’argent dans ce coffre-fort, mais pas autant que ce qu’on y a rajouté pour impressionner, exaspérer et exciter une foule qui criait famine. Il s’agissait donc d’un pur mensonge, comme beaucoup d’autres que la rédaction de Tunisie-Secret promet de révéler au fur et à mesure. Cela dit, nous ne sommes pas contre le principe que Ben Ali soit traduit en justice. Mais à deux conditions : d’abord que cette justice ne soit pas aux ordres de Rached Ghannouchi comme c’est le cas aujourd’hui, ensuite que l’accusé soit jugé sur des faits réels, et non point sur des mensonges fabriqués par des traitres locaux, à la botte de certains services de renseignement étrangers. Dernier mot, au sujet de Samir Wafi, l’intervieweur. C’est un bon journaliste qui est à l’origine de ces déclarations explosives de Farhat Rajhi. Mais, paradoxalement, c’est lui qui a été choisi pour réaliser les « visites guidées » à la résidence de Sidi Dhrif et au palais de Carthage. Ces deux émissions sensationnalistes, populistes et propagandistes n’honorent pas Hannibal TV. Le problème des Tunisiens aujourd’hui n’est pas de savoir combien de costumes et de cravates avait l’ancien dictateur, mais combien d’emplois doivent être créés et combien de familles pauvres doivent être sauvées.
http://www.tunisie-secret.com
    
Traduction et commentaire par Karim Zmerli      





lundi 10 décembre 2012

Tunisie : Ben Ali et Leila Trabelsi, héros du feuilleton « La belle et l’aventurier »


« La belle et l’aventurier », c’est le titre d’un feuilleton retraçant l’histoire du président déchu, Zine en Abidine Ben Ali et son épouse Leila Trabelsi, dont le premier coup de manivelle sera donné, début janvier 2013, pour prêt à la diffusion, au cours du prochain mois de Ramadhan.


Le rôle de Ben Ali sera interprété par l’acteur syrien Jamel Souleiman, et celui de Leila Ben Ali par la comédienne Dorra. L’auteur du scénario est Fayçal Nada.

Les scènes seront tournées dans plusieurs pays européens et arabes ainsi que dans les palais présidentiels, en Tunisie. Le personnage central en sera Leila Trabelsi, et le feuilleton qui évoquera certains évènements qui ont eu lieu sous les règnes de Bourguiba et de Ben Ali, relatera aussi des opérations de corruption et d’abus de pouvoir.

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