dimanche 28 avril 2013

Égypte : Louxor, ville fantôme

L’activité touristique aurait chuté de 70% à Louxor et dans les sites historiques de haute Égypte. L’instabilité politique fait fuir les visiteurs, et les islamistes au pouvoir n’ont jamais encouragé le tourisme, jugé porteur de valeurs immorales.
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Les rues de Louxor sont presque désertes. Ce sont les vacances de Pâques, la ville devrait grouiller de touristes venus visiter les temples et les tombeaux, ou en croisière sur le Nil. Au lieu de cela, on dirait une ville fantôme. Le long des rues, les cafés sont vides, les grands bateaux fluviaux restent à quai, comme abandonnés ; sur la Corniche, les conducteurs de calèches attendent des passagers qui ne viennent jamais.
Louxor dépend totalement du tourisme, et elle a été durement touchée par la baisse catastrophique du nombre de visiteurs en Égypte depuis le début de la révolution en 2011.
C’est la période la plus difficile qu’a connu le tourisme en Égypte depuis que l’on a commencé à établir des statistiques, il y a vingt-cinq ans, explique Amr Abdel Ghaffar, directeur régional pour le Moyen-Orient à l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies. C’est la conséquence du changement politique, et bien sûr, cela engendre une grande incertitude en termes économiques, en particulier dans le tourisme.
3 millions d’emplois menacés
Le secteur touristique est vital pour l’Égypte. Il représente 11,3 % du PIB et emploie directement près de trois millions de personnes. Les sites archéologiques proches du Caire, comme Louxor et Assouan, sont ceux qui ont le plus souffert.
Le temple de Louxor est le joyau de la ville, mais en ce beau mardi après-midi, il n’y a presque pas un touriste en vue. En fait, on recense une chute de 70 % de la fréquentation des musées et des sites en Haute-Egypte, avec à peine 1 200 visiteurs par jour, d’après Mansour Breek, responsable des antiquités de Haute-Égypte. “Nous dépendons de cet argent pour la conservation et la restauration des monuments, pour financer l’archéologie, et bien sûr pour l’emploi. L’absence des touristes nous touche donc très durement,” assure-t-il.
Tous les habitants de la ville nous font part de leurs malheurs, depuis les capitaines de bateaux de croisière qui n’ont pas navigué depuis 2011 jusqu’à un voyagiste qui a dû ouvrir une boutique de meubles pour compenser ses pertes. Mamdouh, un chauffeur de taxi, ne travaille presque plus ces temps-ci, et il doit se battre pour survivre. “Avant, je gagnais 300 livres par jour [43 euros]. Aujourd’hui, je ne vais avoir qu’un seul client, et je n’en gagne plus que 20, raconte-t-il. Parfois, ma famille n’a rien à manger le soir parce que nous n’avons pas d’argent.”
Les affaires du Steigenberger Nile Palace, un hôtel de luxe, étaient florissantes il y a encore deux ans. Assis dans la grande cour déserte, son directeur, Gamal Allah, assure que les 260 chambres “étaient réservées à 90 % à la période de Pâques, mais, cette semaine, elles ne le sont qu’à 40 %, alors même que nous avons baissé nos tarifs de moitié.” Grâce à une récente initiative, on a vu les premiers vols touristiques depuis l’Iran en trois décennies, mais ils ont été suspendus au bout d’une semaine, en raison du tollé d’extrémistes sunnites, furieux de voir des chiites visiter la ville.
Les Frères musulmans “laissent mourir” le tourisme
Les efforts du gouvernement ont été négligeables, fait valoir Mohamed Osman, vice-président de la Chambre de tourisme de Louxor. En effet, les Frères musulmans ne voient pas le tourisme d’un très bon œil. “Certains d’entre eux n’y sont pas très favorables, commente-t-il. Ils ne le tuent pas, mais ils le laissent mourir.”
L’année dernière, M. Osman s’est rendu en Europe à huit reprises pour promouvoir Louxor. “Nous le faisons seuls, sans soutien gouvernemental“, déplore-t-il. Cette année, il ira en Turquie, en Russie, aux États-Unis et au Canada.
Mais comment démentir les images d’agitation politique égyptienne qui ne cessent de circuler dans le monde ? Il a été envisagé de diffuser sur internet des vidéos des sites touristiques égyptiens, afin de prouver que ces destinations sont sûres.
La Française Valérie Lafin se rend régulièrement à Louxor, “mais [ses] amis pensent qu’[elle est] folle d’y aller. Les gens regardent la télé et elle ne montre que des affrontements, alors ils croient que toute l’Égypte est comme ça.”
Tout le monde s’accorde à dire que la relance du tourisme passe par la stabilité politique. Mais l’Égypte ne semble pas près de retrouver une telle stabilité.
Courrier International

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