vendredi 4 janvier 2013

Tel-Aviv : métropole mégalo ?



Au sud-est de la Ville blanche, un gigantesque plan de rénovation doit révolutionner les alentours de l’autoroute Ayalon.

Le plus grand projet urbain jamais imaginé pour Tel- Aviv est en préparation. La rue Hamasger, zone industrielle de la Ville blanche, connue pour sa myriade de garages crasseux et de magasins de matériel informatique, va radicalement changer de visage. C’est du moins ce qu’a prévu la municipalité.
Considérée comme une véritable décharge par les habitants, ce quartier sud-est de Tel-Aviv est coincé entre l’autoroute Ayalon à l’est, la rue Hamasger à l’ouest, la rue LaGuardia au sud et la rue Itzhak Sadeh au nord. Selon les plans dessinés par une équipe d’ingénieurs et d’architectes – actuellement en phase d’approbation par la commission des prévisions et des constructions du ministère de l’Intérieur – cet espace de 330 000 mètres carrés de petits immeubles deviendra en dix ans une nouvelle zone résidentielle et commerciale de luxe.
S’ajouteront de vastes jardins et espaces verts, un centre commercial comprenant magasins et restaurants, et des tours qui modifieront éternellement le visage de la ville et en feront l’égale des autres grandes métropoles mondiales.
Rendre le quartier des affaires accessible
Shmouel Decker en connaît un rayon sur l’immobilier. Un quart de siècle après avoir fondé une entreprise d’ingénierie civile qui s’est fait une réputation à l’international, ce diplômé du Technion (Institut israélien de technologie) fait partie des dizaines d’entrepreneurs embarqués sur le projet. Pour résumer, il dira seulement : il était temps. « Les autorités municipales ont enfin compris que l’axe de l’autoroute d’Ayalon et ses alentours sont le centre urbain de la grande métropole tel-avivienne », explique-t-il depuis ses bureaux dans le quartier de Yad Eliyahou. « Cette idée est arrivée avec 20 ou 30 ans de retard sur le maire de Ramat Gan Zvi Bar. Et c’est pourquoi tout le quartier de la finance et du commerce de diamant s’est monté là-bas ».
La société de Decker devrait jouer un rôle déterminant dans la construction d’un bâtiment à 4 étages qui servira de terminus à une ligne de métro souterraine, sur l’emplacement actuel du carrefour de Beit Maariv. Il ne tarit pas d’éloges sur la conception visionnaire de l’ancien maire de Ramat Gan.
« Si l’on observe la concentration de bâtiments jouxtant l’autoroute d’Ayalon, c’est Bar qui les a construit. C’est lui qui a fait avancer les choses et qui a poussé les entrepreneurs à bâtir dans la zone. Il est le premier à avoir compris qu’Ayalon est l’artère la plus importante de toute la région Dan, et pas seulement de Tel-Aviv. Il a intégré cela rapidement et fait de Ramat Gan un endroit extraordinaire ».
Le large plan de rénovation urbaine prévoit l’élévation de quinze tours qui appartiendront aux plus grands conglomérats de l’immobilier, dont le groupe Meshulam Levinstein, les frères Azouri, le patrimoine Shevet Moshé et des dizaines d’autres investisseurs. Selon Decker, qui construira également une tour de 14 étages sur la rue Hamasger pour servir de siège social à de grandes compagnies, les urbanistes ont finalement compris que le centre commercial et high-tech de la ville doivent être relocalisés dans une zone facile d’accès. Les grandes banques et entreprises financières qui se situent actuellement sur le boulevard Rothschild ou la rue Yehouda Halevi sont difficiles à atteindre pour les automobilistes. En effet, les impasses et rues étroites y sont nombreuses. Le plan de rénovation permettra aux employés d’arriver directement par Ayalon, ou encore par le métro.
« Pour gagner le centre de Tel-Aviv et le quartier de Rothschild, on met plus de 30 minutes entre Ayalon, ou le boulevard Menahem Begin, qui prolonge la route Namir et l’Autoroute 2 », explique Decker. « C’est une véritable Via Dolorosa. Les autorités ont enfin compris qu’il faut absolument tracer aujourd’hui des plans qui porteront leurs fruits dans 20 ou 30 ans ». Aharon Maduel siège au conseil municipal de Tel-Aviv. Représentant d’ « Ir Lekoulanou » (une ville pour nous tous), formation affiliée au parti communiste et judéo-arabe Hadash, Manuel donne régulièrement de la voix contre la politique urbaine de la ville. Voilà longtemps qu’il dénonce la favorisation des intérêts des riches promoteurs immobiliers aux dépens des habitants qui peinent à s’ajuster aux conséquences économiques de l’embourgeoisement galopant de la ville. Cette fois-ci, il est néanmoins favorable aux plans annoncés, tout en y ajoutant sa propre patte. « Le quartier est traditionnellement parsemé de tours donc je soutiens le projet en principe », dit-il. « La rue Hamasger et le boulevard Menahem Begin sont de larges axes de transports en commun, et on va y ajouter un tramway. De la sorte, aucun quartier résidentiel ne sera touché et cela n’endommagera pas le tissu urbain. Cette zone est tout à fait adaptée à une construction en hauteur ».
Cols blancs contre cols bleus
Restent ceux qui payeront malgré tout le prix : les petits et moyens commerces, principalement des magasins de réparation de voitures, qui seront incapables de suivre l’inévitable hausse de prix. « L’impact sur les cols bleus qui vivent dans le quartier à l’heure actuelle sera à déplorer », note Maduel. « La municipalité repousse systématiquement les affaires industrielles et les garages à l’extérieur de la ville. Tous les efforts sont faits pour qu’ils s’en aillent et c’est dommage ». Et de continuer : « nous devons protéger ces gens. Pas seulement là-bas, c’est tous les petits commerces de Yaffo et du sud de Tel-Aviv. Il faut maintenir ces endroits pour que les ouvriers puissent rester en ville ». Amiram Kalay a toujours vécu à Tel-Aviv. Il détient un garage pour Mazda et Ford sur la rue Twersky depuis 1964. Il a vu ses activités chuter, comme dans toute la zone industrielle du sud de Tel-Aviv, en particulier depuis que la récession économique touche les services de réparation automobile. A 63 ans, Kalay aura pris sa retraite depuis longtemps quand la rénovation sera achevée. « Cela ne m’affectera pas parce que je suis propriétaire », déclare-t-il. « En revanche, je serais concerné si la mairie transformait Itzhak Sadeh en rue piétonne. La circulation sera en partie bloquée et les voitures auront du mal à arriver jusqu’ici ». Le ralentissement économique s’est largement fait sentir cette année, avec une baisse de 25 % d’activité par rapport à l’année dernière. Sans relance à l’horizon, Kalay s’est résigné à voir disparaître son secteur de la capitale économique du pays. « Je ne serai plus là dans dix ans », prédit-il, « je ne tiendrai pas le coup. Avant, la zone industrielle était florissante. Les ateliers de polissage de diamant étaient là, avant qu’ils aillent à Netanya. C’était très vivant. Mais le temps passant, les gens sont partis ». La rénovation devrait s’avérer une aubaine pour la municipalité qui pourra collecter un impôt bien supérieur aux entreprises qui s’installeront. Kalay sait que la transformation du quartier finira par évincer les petits commerces qui ne pourront pas faire face aux lourdes charges. « Beaucoup sont locataires ici, c’est donc un problème », analyse-t-il.
« De mon point de vue, j’espère que cela se développera et que le quartier deviendra très à la mode avec des milliers de nouveaux appartements. Mais je ne peux pas influencer les plans de la mairie. S’ils vont jusqu’au bout, ma propriété prendra énormément de valeur, donc j’en bénéficierai ».
L’homme possède une licence à vie pour son garage, ce que les autorités ne pourront pas modifier. « S’ils veulent que je bouge, il va falloir me dédommager », lance-t-il. « Je ne déplacerai pas mon garage. Je n’ai pas la patience de rouvrir à Holon ou à Kyriat Arieh (à Petah Tikva). Je suis à Tel-Aviv.
Où sont donc les zones industrielles de la ville ? Je n’en vois pas. Mais si la municipalité alloue des terrains pour une nouvelle zone, nous y achèterons probablement ».
Pour Decker, l’évacuation des garages et des magasins industriels pourrait prendre « plus de 20 ans » car la municipalité devra trouver des accords de dédommagement avec les propriétaires qui ne partiront pas sans se battre.
Selon le quotidien économique Calcalist, la rue Hamasger pourrait être rénovée en 13 ans, si les batailles judiciaires ne retardaient pas trop l’échéance.
Ariel Zilber – Jerusalem Post

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