mardi 27 novembre 2012

Un coup d'Etat militaire est-il possible en Russie?


Un coup d'Etat militaire est-il possible en Russie?
Deux officiers supérieurs russes sont actuellement poursuivis pour préparation d'un coup d'Etat militaire. Cependant, une révolte armée dirigée par les militaires est peu probable à court terme en Russie.
Igor Korotchenko, expert militaire et rédacteur en chef du mensuel Défense nationale, pense qu'il n’y a "aucune raison qu’une absurdité telle qu'un coup d'Etat militaire survienne en Russie".
Selon lui Vladimir Poutine - connu pour son franc-parler -, qui a construit des logements pour des dizaines de milliers de soldats et a augmenté leur solde, jouit d’une certaine popularité au sein de l'armée, sur laquelle aucun conspirateur potentiel ne pourrait compter.
A l'heure actuelle, le tribunal de Moscou examine l'affaire du retraité Vladimir Kvatchkov, 64 ans, ex-colonel de la direction centrale des renseignements. Cet activiste, populaire dans le milieu nationaliste, est accusé d'avoir créé un groupe de soldats pour les envoyer, armés d'arbalètes, capturer la division de blindés déployée dans la ville de Kovrov, à 270 km à l'ouest de Moscou. L'objectif final de l'opération visait à renverser le gouvernement.
Il y a deux ans, Kvatchkov avait été acquitté de l’attentat contre Anatoli Tchoubaïs, architecte des réformes marchandes en Russie, responsables de la pauvreté de millions de Russes pendant les années 1990.
Le lendemain de cet acquittement, Kvatchkov était arrêté sur ordre du tribunal de Moscou, accusé de préparer une mutinerie et des attentats. L'ex-colonel risque jusqu'à 20 ans de prison mais nie en bloc.
Dans le cadre d'une autre affaire l'année dernière à Ekaterinbourg, l'ex-colonel et vétéran de la guerre d'Afghanistan Leonid Khabarov, 65 ans, était arrêté. Le FSB le soupçonne de préparer une révolte armée.
D'après les chefs d'inculpation, Khabarov et ses complices présumés voulaient s'introduire dans les bureaux du FSB, du ministère de l'Intérieur et du ministère des Situations d'urgence pour éliminer la direction, faire exploser quelques relais électriques, causer une panne d'électricité dans toute la ville et provoquer ainsi une mutinerie au sein de l'armée. De plus, Khabarov est soupçonné de diriger une cellule locale du front de Kvatchkov.
Khabarov nie les accusations. A présent, son dossier est examiné par le tribunal d'Ekaterinbourg. Reconnu coupable, il risquerait d'être condamné à plus de 20 ans de prison ferme. Et même si ces accusations contre les deux militaires à la retraite étaient justifiées, le succès de la mutinerie des arbalétriers est tout à fait incroyable. On pourrait en dire autant d'une rébellion armée provoquée par une coupure de courant. Cependant, ces deux cas questionnent la possibilité d'un coup d'Etat militaire en Russie.

L'histoire des coups d'Etat ratés

Les militaires russes ont un passé rebelle dont témoigne, notamment, la révolte échouée des décabristes en 1825. Il y a moins de cent ans, une grande partie de l'armée russe, jetée dans les tranchées de la Première guerre mondiale, a subi une propagande active des bolcheviks et a soutenu la révolution de 1917, qui a mené au renversement du régime impérial.
Deux décennies plus tard, Staline faisait le ménage dans les hauts rangs du commandement militaire, craignant un coup d'Etat militaire – c’est du moins ce qu’affirment les historiens.
Par ailleurs, pendant la Grande guerre patriotique, des milliers de soldats russes ont changé de camp pour combattre l'Armée rouge du côté des nazis. En 1991 les communistes, désapprouvant la politique réformatrice de Mikhaïl Gorbatchev et voulant sa démission, ont demandé de l'aide aux militaires. Ces derniers ont refusé.
Deux ans plus tard, ils aidaient le président Boris Eltsine à réprimer la tentative de rébellion dirigée par le parlement d'opposition. Leur victoire a été obtenue dans le sang: plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans les rues de Moscou.
Aussi bien dans les années 1990 qu'au début des années 2000, beaucoup de politiciens peu populaires, notamment chez les nationalistes et les communistes, intimidaient la population avec le spectre d'un coup d'Etat imminent. Celui-ci pourrait être, selon eux, perpétré par des vétérans des deux guerres de Tchétchénie, insatisfaits par leurs conditions de vie. Mais on n'a jamais entendu parler de mutinerie dans l’armée ou de désobéissance des commandants.
Ces rumeurs ont cessé dès que Poutine a commencé à injecter énormément d'argent dans les forces armées.
D'après Igor Korotchenko, également membre du Conseil public auprès du ministère de la Défense, "une majorité d’officiers soutient Poutine. Pour eux, il est une grande autorité".

Pas si loyaux que ça
Mais ce n'est vrai qu'en partie. Dans le récent rapport de l'Institut des problèmes de la mondialisation et des mouvements sociaux, on peut lire qu'il existe en Russie un certain terreau fertile pour la victoire d'un hypothétique coup d'Etat militaire.
Les auteurs du rapport prédisent qu'en cas de mutinerie militaire, elle "monterait du bas, sans généraux, et se réaliserait entre autres avec l'aide des militaires à la retraite.
"Beaucoup de militaires sont de gauche et votent pour le parti communiste", déclare l'analyste militaire Ivan Chtchegolev. "Cela signifie qu'ils ne sont pas loyaux envers le gouvernement. Mais pour l'instant, ils s'abstiennent de protestations ouvertes".
Un autre cadre de l'institut, Vassili  Koltachov, écrit que "même si les militaires sont décrits comme des nationalistes, ils désapprouvent en réalité la politique socio-économique de droite du gouvernement".
Ivan Chtchegolev explique que le rapport s'appuie sur une analyse comparative de la situation avec le Portugal, l'Espagne, la Grèce et l’Amérique latine.
Le samedi 10 novembre, des milliers de militaires en civil ont manifesté au Portugal contre les restrictions économiques prévues par le budget 2013. L'on n'a jamais vu des manifestations d’une telle ampleur en Russie.
Elle est une puissance militaire et ses troupes sont surveillées de près par les services de renseignement. Selon les experts, même si une révolte commençait à mûrir au sein de l'armée, le FSB prendrait très certainement des mesures avant que ce mécontentement n’atteigne le point d'ébullition.
Selon Ivan Chtchegolev, les autorités ne craignent simplement pas la possibilité d'un coup d'Etat militaire; elles sont convaincues que les services de renseignement pourront empêcher toute activité rebelle.
De plus, le mécontentement au sommet des forces armées devrait s'apaiser après le remplacement d’Anatoli Serdioukov, ministre de la Défense impopulaire, ancien du fisc, par l'ex-ministre des Situations d'urgence Sergueï Choïgou. Serdioukov a été démis de ses fonctions le 6 novembre après qu’a débuté l'enquête sur une affaire de détournement portant sur plus de 3 milliards de roubles (environ 75 millions d'euros) dans la structure du ministère.
Guennadi Goudkov, ex-membre du comité pour la sécurité à la Douma et ancien officier du KGB, estime que les militaires ne participeront pas aux manifestations à court terme. Toutefois, il a ajouté qu'il était probable qu’ils puissent changer d’avis à terme.
"Poutine est Poutine. Mais pourquoi devraient-ils se résigner aux hauts fonctionnaires corrompus ?", demande Goudkov, faisant allusion à la succession de scandales de corruption au sein du ministère de la Défense. "Les militaires ne peuvent pas tolérer ce genre de situations éternellement", a-t-il ajouté.
Ivan Chtchegolev reconnaît qu'un "coup d'Etat n'est pas impossible", mais "qu'il ne se produira pas aujourd'hui", car cela nécessite davantage de mécontentement contre le gouvernement.
L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction Ria Novosti



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