dimanche 18 novembre 2012

Le rabbin et le philosophe, par Itshak Lurçat


En souvenir de mon père, "guerrier de la connaissance", parti dans le Monde de Vérité le 14/10/2012, parashat Noa'h.                                                                            
                                                                                                                 יהיה זכרו ברוך!
rav hralap.jpgLe rabbin Harlap avait-il, oui ou non, lu Nietzsche dans sa jeunesse ? Cette question bizarre et presque saugrenue,  il se l’était posée pour la première fois en lisant un article consacré à la vie et à l’œuvre du grand kabbaliste de Jérusalem, décédé soixante ans auparavant, dont on venait de célébrer le Yahrzeit. Lorsqu’il avait appris que le Rav n’avait pas seulement étudié le Talmud, la loi juive et les textes ésotériques, qu’il connaissait sur le bout des doigts – au point qu’on le disait capable de réciter une page de Guémara après avoir enfoncé une aiguille dans un volume pris au hasard – mais qu’il avait aussi lu dans ses jeunes années les œuvres du philosophe allemand, il avait tout d’abord été intrigué et plutôt amusé.
Cet article iconoclaste avait d’ailleurs soulevé quelques protestations et un démenti avait même été publié dans un journal sioniste religieux, émanant d’un groupe de rabbins, scandalisés à l’idée que leur maître ait pu lire des livres profanes, écrits qui plus est par un philosophe allemand, dont certains avaient avancé la responsabilité dans la genèse du nazisme ! (C’était entièrement faux, évidemment, car Nietzsche abhorrait tout antisémitisme et avait une grande affection pour le peuple Juif). Au-delà de l’aspect polémique, sa curiosité avait un motif personnel : lui-même avait en effet été autrefois un lecteur assidu du philosophe, dont il avait déchiffré tant bien que mal plusieurs textes dans l’original.
Il se souvenait de l’émotion ressentie lorsqu’il avait déniché dans une librairie denietzsche,rav harlap,jérusalem Tel-Aviv, par une chaude journée estivale, les éditions originales du Gai Savoir et d’Ecce Homo, imprimées en caractères gothiques presque indéchiffrables, que le libraire avait sans doute rachetées pour une poignée de shekels aux enfants d’un de ces nombreux « Allemands de confession mosaïque », réfugiés en Palestine au début des années 1930. A l’époque, il furetait dans les librairies d’occasion à Tel-Aviv en touriste, tout comme il le faisait à Paris, sur les quais de la Seine et il était à mille lieues d’imaginer qu’il se retrouverait quelques années plus tard à Jérusalem, avec femme et enfants !

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