samedi 18 mai 2013

Tunisie : L’ordre républicain n’exclut en rien l’ordre divin


Les pays arabo-musulmans, sous leurs différents régimes politiques et leurs divers modèles économiques, vivent depuis des lustres un retard endémique, et un sous-développement chronique. Les facteurs qui font la force et le progrès des nations leur échappent totalement. C’est ce qui fait qu’ils soient au ban de l’ordre planétaire, à la périphérie des centres de décision, et dans une posture de soumission et de dépendance, chose qui en hypothèque l’indépendance et la souveraineté. L’histoire retient pourtant que cette région a connu au fil de l’histoire des moments de gloire, a contribué à l’enrichissement des civilisations et à l’essor de l’humanité. Cette grandeur est-elle à jamais révolue, pour céder la place à une décadence qui prend un air d’irréversibilité.

Les raisons de notre sous-développement sont multiples. La cause majeure en est néanmoins la dictature. Les régimes despotiques et corrompus qu’elle a enfantés ont pillé leur pays, réprimé leur peuple, étouffé la parole, et bridé les énergies. Ce lien de causalité entre dictature et sous-développement, suppose que l’un doit disparaître, par la disparition de l’autre. Si un pays arrive à se débarrasser de la dictature, il doit en toute logique pouvoir se débarrasser du sous-développement. Cela ne semble pas aussi simple que cela. A fortiori que la reconstruction est un processus difficile et de longue haleine ; elle l’est beaucoup plus que la démolition. Elle requiert qu’on trace les stratégies, qu’on fixe les objectifs, et qu’on ouvre les chantiers. Réformer un pays ne se fait pas par les beaux discours et les bonnes intentions, mais par les bons actes. Dans les pays du "printemps arabe", la marche vers le progrès exaltée dans les discours, titube dans la réalité. Ces pays, dissemblables à plus d’un titre, sont aux prises avec les démons postrévolutionnaires, qui trahissent les espoirs populaires nés avec les révolutions.

Prenons le cas de la Tunisie. Il y a plus de deux ans que le cours de l’histoire y a pris un nouveau tournant, avec la chute de l’ancien régime ; notre situation est-elle plus reluisante que naguère ? La réponse est mitigée, car si on a gagné un acquis inestimable qui est la liberté d’expression, d’organisation, de réunion, etc., si on a jeté les bases d’une démocratie certes balbutiante mais palpable, on a sensiblement reculé en termes économique, social, sécuritaire, de cadre de vie, de propreté des villes, etc. On s’est aussi empêtré dans les clivages idéologiques, ayant dépassé la polarisation politique propre à toutes les démocraties, pour se transformer en polarisation idéologique, sur fond d’une propension éradicatrice, et d’un rejet de l’autre ; un mal qui ronge quasiment tous les camps, si ce n’est pas au niveau du leadership, c’est à celui des bases populaires, qui chacune, veut voir son projet de société prendre l’ascendant.

Cela fait près de deux années et demie que cette effervescence postrévolutionnaire dure, que le mouvement désinhibant continue, que l’anarchie prévaut sur l’organisation, le désordre sur l’ordre, il faut bien que cela cesse un jour. On ne va pas rester ad vitam aeternam dans cette situation de défaillance multiforme.

Par rapport aux autres pays, la Tunisie a un atout d’avoir pu conserver un Etat qui fonctionne, même dans les périodes les plus difficiles de cette transition. Cet Etat a des règles et des lois qui ne peuvent-être transgressées sous quel que prétexte que ce soit. Pour ceux qui ne l’ont pas compris, liberté ne signifie pas anarchie, mais plutôt responsabilité, respect du vivre ensemble et des lois de la République. Quant à ceux qui invoquent l’ordre divin, pour enfreindre l’ordre républicain, on leur dit que l’Islam nous ordonne d’obéir à ceux qui gouvernement, s’ils œuvrent au service de l’Intérêt général. Où est le mal si nos compatriotes, adeptes d’Ansar al-Charia, demandent une autorisation des autorités pour tenir leur rassemblement dimanche à Kairouan. En quoi, cela est-il contraire à l’Islam, si cette démarche administrative va leur permettre de tenir leur congrès et de transmettre leur message en toute liberté, toute en étant protégés par la loi. Imaginons si chacun décide de faire ce qui bon lui semble, sous une quelconque invocation et au mépris de l’ordre commun, c’est la loi de la jungle qui régnera. Depuis la nuit des temps, tout groupe, toute association de personnes, toute collectivité est régie par des codes, des règles et des lois, on ne comprend pas que ça puisse être autrement pour des courants idéologiques ou religieux.

On a dilapidé beaucoup de temps à discuter du sexe des anges, à mettre en doute des évidences, et à se perdre dans des débats byzantins, qui ne mènent nulle part. Pourtant, les problèmes qui attendent des solutions s’accumulent, et la situation socio-économique se dégrade de plus en plus. Nous avons un pays à réformer et à construire. Une œuvre qui requiert beaucoup d’effort et d’engagement.

La Tunisie qui est un pays profondément et inexorablement musulman, doit se réconcilier avec les vraies valeurs de l’Islam. Dieu nous a ordonnés de faire la prière, et de respecter les piliers de l’Islam, et puis de se répandre sur terre pour travailler et construire. Nous ne pouvons faire triompher l’Islam uniquement en arborant une certaine apparence vestimentaire et en prêchant la bonne parole, mais par le respect des valeurs morales, et la maîtrise des sciences, des technologies, de la culture, de la littérature…tout cela est primordial pour bâtir un pays, et une civilisation. C’est seulement ainsi que l’on peut reconquérir notre place dans le concert des nations, exorciser cette malédiction du déclin, et avoir la latitude de décider de notre destin. Autrement, les tenants de la théorie du complot, qui a un fondement et un sens, auraient contribué fortement à la conforter et à la nourrir.




Tunisie : L’ordre républicain n’exclut en rien l’ordre divin
Tunisie : Le ministère de l’Intérieur interdit le congrès d’Ansar al-Charia

Le ministère de l’Intérieur annonce dans un communiqué sa décision d’interdire le congrès d’Ansar al-Charia prévu dimanche à Kairouan, étant donné qu’il constitue "une violation des lois et une menace à l’ordre public".

"Suite à la décision de ce qui est appelé Ansar al-Charia de tenir un rassemblement sur les places publiques à Kairouan le 19 mai 2013, contrairement aux lois organisant les rassemblements, à la loi sur l’état d’urgence, et dans un défi criant aux institutions de l’Etat, l’incitation à son encontre, et la menace de l’ordre public, le ministère de l’Intérieur annonce sa décision d’interdire la tenue du congrès étant donné qu’il constitue une violation des lois et une menace à l’ordre public", annonce le communiqué.

"Celui qui s’attaque délibérément à l’Etat et à ses appareils, tend à susciter l’anarchie, et la déstabilisation et incite à la violence, à la haine, assumera totalement sa responsabilité", met en garde le ministère de l'Intérieur. "Toute tentative de s’attaquer aux forces de sécurité et à leurs locaux, sera affrontée avec fermeté dans le cadre de la loi", prévient-il.

Le ministère affirme son "attachement à la préservation des manifestations pacifiques, la liberté d’expression, la pratique des rites, et la prédication pacifique pour tous les Tunisiens, conformément aux réglementations et lois en vigueur".

Il rassure l’ensemble des citoyens quant "à l’extrême préparation de ses forces sécuritaires en collaboration avec les forces armées, pour préserver leur sécurité et leurs biens et faire face à toutes les formes d’anarchie et d’incitation à la discorde dans le pays".

http://www.gnet.tn/actualites-nationales/tunisie-le-ministere-de-linterieur-interdit-le-congres-dansar-al-charia/id-menu-958.html


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