samedi 8 décembre 2012

Aucune violence n’est légitime, au nom de Dieu, de l’Etat ou du Peuple



                                                                          Entretien avec : Fethi Ben Slama, psychanalyste:
• Attention, la désagrégation gagne du terrain tous les jours
Faute d’obtenir des réponses probantes des politiques, nous nous sommes tournés vers les spécialistes pour comprendre, expliquer, et autant que faire se peut, traiter cette violence qui s’est installée dans le pays, au vu et au su de tous, et avec l’encensement de certains qui ne s’en cachent pas d’ailleurs. Mais, le but de cet entretien avec Fethi Ben Slama n’est pas de désigner les coupables, mais de comprendre ce phénomène de la violence politique, qui a pris ces derniers mois un tournant effrayant, voire irréversible, dans notre pays.
Professeur de psychopathologie, doyen de l’UFR (unité de formation et de recherche) d’études psychanalytiques de l’Université Paris Diderot-Paris 7, Fethi Ben Slama est auteur de plusieurs essais, dont notamment La psychanalyse à l’épreuve de l’islam (Flammarion & Al-Saqi), et récemment : Soudain la révolution (Denoël/ Cérès). Dans cet entretien, le professeur développe la diversité conceptuelle entre « pouvoir», «force», «autorité» et «violence», et exposera les possibles répercussions, si ces notions se trouvaient à être confondues. Entretien....

Comment définir la violence politique? Est-ce la poursuite de l’élan révolutionnaire qui fut un épisode violent?
La violence politique est celle qui détruit la politique. La politique est le « vivre-ensemble » d’une population avec ses différences. La violence consiste dans l’usage de la puissance illégitime pour régler les conflits liés aux différences dans une société. Cette définition est simple, on peut bien sûr l’affiner et la compliquer, mais il n’y a pas lieu ici de le faire en Tunisie, les révolutionnaires ont été pacifiques, c’est leur répression qui a été violente. Le message profond que la révolution tunisienne a adressé au monde est bien celui d’un changement qui ne passe pas par la violence, mais par l’exigence des droits. C’est donc la violence qui est contre-révolutionnaire.

Comment expliquer les affrontements devant le siège de l’Ugtt ? Une situation normale dans une démocratie, ou une situation préoccupante?
C’est l’exemple même de l’usage de la puissance illégitime par un groupe qui prétend incarner ou représenter la révolution. Une bande d’individus furieux, se disant « comités de protection de la révolution», diffusent des discours et commettent des actes qui reposent sur la logique de la vengeance. Ils s’attaquent aux institutions et aux individus au nom d’un mandat que nul ne leur a donné qu’eux-mêmes. C’est de la terreur, ni plus ni moins. Il n’y a même pas lieu de se demander s’ils sont instrumentalisés ou pas. Tant qu’un gouvernement tolère de telles bandes, il se rend complice de fait de leurs exactions. lire  la  suite


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