mardi 25 juin 2013

La situation géopolitique du « printemps arabe » vue sous le prisme d’Israël…


En décembre 2010, se produisait un séisme géant dont l’épicentre, la Tunisie, marquait le point de départ d’un déferlement de cataclysmes qui allaient ébranler d’autres pays arabes et leurs dictatures autocratiques. Muselées de nombreuses années durant, privées de libertés individuelles et publiques, saignées aux quatre veines par des despotes kleptocrates et mégalomanes, victimes du chômage et de la misère, étranglées par un coût de la vie galopant mais demeurant avides d’espérance en un jour meilleur, des foules de jeunes et de moins jeunes descendirent alors dans la rue, manifestèrent sur les places publiques nuit et jour, réclamant haut et fort l’instauration d’une démocratie, une vraie, non plus seulement de façade, et exhortant les dictateurs qui les dirigeaient de main de fer, à « dégager ». Ce phénomène de soulèvement et de contestation populaire sans précédent dans le monde arabe, communément baptisé « Printemps arabes » fit naître de nombreux espoirs en occident et plus particulièrement en Israël. Israël, foyer du peuple juif est une démocratie dans un Moyen-Orient hostile où il est perçu par ses voisins comme un intrus gênant dont il faut se débarrasser.



Israël nourrit alors l’espoir qu’une vague démocratique verrait le jour et gagnerait la région, et avec elle l’accession à des valeurs communes, inhérentes à la démocratie ; tolérance, modernité, acceptation de l’autre, et à plus long terme amélioration des relations, voire, fin des hostilités et acheminement vers une paix réelle.

Malheureusement tous ces espoirs se sont très vite avérés vains. Les dictateurs corrompus et leurs sbires ont bien été pour la plupart évincés et écartés ou même liquidés, mais à leur place sont montés au pouvoir des leaders religieux extrémistes, dont la gouvernance s’avère avoir un caractère ultra-autoritaire flagrant. Ces nouveaux régimes islamistes ont été mis en place par le pouvoir des urnes, grâce à l’organisation structurée de leurs partis et à la division des autres mouvements laïcs, novices en matière de démocratie et d’élections. Et l’image d’un hiver sombre et intégriste a très vite anéanti les bourgeons d’espoir et de démocratie qu’avaient fait naître ces Printemps arabes mort-nés.

Dès le début, les mouvements de libération dans les pays arabes ont été pris en otage par des mouvements extrémistes : islamistes, religieux réactionnaires, groupes terroristes comme AQMI (Al-Qaida Maghreb Islamique) , comme par exemple au Mali, premier pays victime collatérale du Printemps arabe en Libye. A la chute de Kadhafi, les combattants Touaregs qui constituaient la garde rapprochée du tyran libyen, n’ont eu d’autre choix que de rentrer chez eux au Mali mais avec un énorme butin ; un arsenal d’armes sophistiquées qui, très rapidement, est tombé aux mains de l’organisation terroriste AQMI et autres mouvements islamistes salafistes comme Ansar Dine. Muni de cet armement ultra-moderne, « ce beau monde » envahit le nord du Mali et y instaura un régime islamiste obscurantiste régi par la charia. Et on connait la suite ; intervention de la France en janvier 2013 aux côtés de l’armée régulière malienne pour libérer ce pays du joug islamiste.

Les pays occidentaux soutenant ces mouvements de libération et leur apportant, dans certains cas, une assistance financière, logistique ou autres, jugèrent Israël bien pessimiste et rabat-joie, quand ce dernier, lucide, osa émettre des réserves quant au dénouement démocratique de ces Printemps-arabes.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Sur quoi ont debouché les Printemps arabes ?

Toutes les craintes d’Israël se sont malheureusement avérées exactes, dans les formes les plus radicales.

La Syrie, pays dans lequel ce qui a commencé en mars 2011 comme étant un large mouvement de contestation contre le gouvernement syrien opposant manifestants anti-régime aux loyalistes pro-Assad, s’est rapidement transformé en guerre fratricide. Actuellement se livre un combat sans merci entre les loyalistes syriens (alaouites) avec à leurs côtes des combattants de l’organisation terroriste Hezbollah (chiites) – ils bénéficient du soutien actif de l’Iran et de la Russie – et les rebelles (sunnites pour la plupart) qui eux, reçoivent l’appui des pays à forte prédominance sunnite, comme les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite, la Turquie mais aussi de mouvements terroristes tel Al-Quaida.

La Syrie est à ce jour à feu et à sang et l’on assiste quasiment impuissant aux massacres de populations civiles – On dénombre à ce jour près de 93.000 morts. On a les preuves de l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar al Assad. L’Iran est directement impliqué dans ce conflit avec ses affidés, le Hezbollah. La guerre civile syrienne déborde et est en train de s’exporter hors des frontières syriennes, atteignant le Liban. Les tensions communautaires entre Sunnites et Chiites sont à leur paroxysme.

En Irak – On assiste à une situation sécuritaire explosive. C’est là que les tensions communautaires sunnites-chiites ont commencé à s’exprimer et sont à ce jour arrivées à un point culminant, avec des attentats sanglants presque chaque semaine.

En Egypte - L’éviction de Hosni Moubarak et la montée au pouvoir des Frères Musulmans a créé des tensions croissantes entre laïcs et religieux. Il est trop tôt pour dire où va l’Egypte de Morsi. Ce dernier se rend bien compte, en tant que chef de l’Etat Egyptien, que son problème majeur n’est pas Israël, mais l’économie de son pays qui est en plein délabrement (chômage des jeunes galopant) et de fait, sa dépendance totale à l’assistance financière américaine.

Il est important de noter que l’Egypte vient de rompre ses relations diplomatiques avec Damas en raison de son soutien aux rebelles sunnites.

En Tunisie – C’est un pays qui, au temps de Ben-Ali, était l’un des plus avancés dans le domaine du droit des femmes. Il connait une régression certaine dans le domaine des droits de l’homme (et de la femme) depuis l’avènement au pouvoir du parti religieux Ennhada. On assiste au télescopage entre les aspirations du peuple à la laïcité et à la liberté, et les verrouillages imposés par le régime islamiste, notamment en matière de liberté d’expression et de recul du statut des femmes.

En Libye – La chute de Kadhafi a engendré une forme de guerre civile sur fond de tensions religieuses et éloigné les perspectives de liberté tant convoitées. En effet, cela a libéré des forces religieuses extrémistes jusque-là contenues par la force, par le despotique Kadhafi et a ouvert la route à des mouvements terroristes comme AQMI et Al-Qaida, ce qui a même abouti à l’occupation du Nord Mali par les islamistes et un retour à la charia. L’intervention des Forces Françaises a été nécessaire pour libérer le nord Mali du joug islamiste.

Où se situe Israël dans cette conjoncture ?

Israël demeure le seul ilot de démocratie mais aussi la seule oasis dont l’économie connaît une croissance exponentielle. Israël a cependant l’insigne privilège d’être le seul pays confronté à une menace existentielle par les pays voisins et ceux, non limitrophes, tel que l’Iran.

L’Iran – la menace iranienne et son programme nucléaire.

L’Iran qui, au tout début des Printemps arabes, soutenait avec ferveur ces mouvements, a complètement retourné sa veste et changé de position au moment où cette contestation toucha le régime ultra-autoritaire du dictateur syrien Bachar al Assad, son indéfectible allié.

La théocratie iranienne qui n’a pourtant aucune frontière commune avec Israël, a toujours vu en Israël, le petit Satan (le grand Satan étant les Etats-Unis), le cancer qu’il fallait éradiquer de ce monde. L’Iran développe depuis de longues années son programme nucléaire en vue de se doter de l’arme nucléaire qui lui octroierait et l’omnipuissance et le statut de leader incontesté du monde musulman. Le monde entier s’en inquiète et Israël aussi. C’est pourquoi le Premier ministre Netanyahu a clairement défini devant l’Onu, les lignes rouges que l’Iran ne devait pas franchir, à savoir, dépasser les 250 kg d’uranium enrichi à 20%. Mais l’Iran s’achemine lentement mais inexorablement vers cette ligne rouge.

Les élections présidentielles en Iran ont vu la victoire le 16 Juin 2013, au premier tour, du candidat modéré, Hassan Rohani. Cette victoire entrouvre la porte à certains espoirs, et sur le plan intérieur et sur le plan international. L’occident ne se fait pourtant pas grande illusion quant à un changement notoire sur le plan du soutien au terrorisme et du programme nucléaire de l’Iran, le grand maître absolu de cette dyarchie, demeurant le Guide Suprême, l’Ayatollah Khamenei. Certains analystes prédisent cependant que la présidence de Rohani, constituera une sorte de « changement dans la continuité », à savoir un ton plus diplomatique, une musique plus harmonieuse, mais un discours à l’adresse de l’Occident identique à celui de ses prédécesseurs, quant à son fond. Cette édulcoration de l’image de l’Iran en la personne de son Président, lui permettrait de sortir de l’isolement dans lequel il a été confiné depuis plusieurs années, de renouer voire de normaliser ses relations avec l’Occident et en tête les Etats-Unis, après un long et douloureux divorce (entamé par le virulent Ahmadinejad) et surtout d’obtenir, ce qui est une priorité pour les Iraniens, l’allègement ou même la levée totale des sanctions qui ont asphyxié l’économie iranienne.

Pour le moment c’est le « wait and see », qui prévaut, et on attend de voir si les belles paroles de Rohani se traduiront en actes qui attesteraient de la bonne volonté de l’Iran, quant à son programme nucléaire, son soutien au terrorisme et autres sujets épineux.

A la lumière d’une possible avancée du programme nucléaire iranien, l’implication iranienne dans le conflit en Syrie reste pour Israël insupportable.

La Syrie – La guerre civile en Syrie n’a jamais été à proprement parler un problème pour Israël qui n’a donc jamais pris part ni parti dans ce conflit. Dès le début, Israël a néanmoins fait part de son seuil de tolérance concernant le transfert d’armes (à l’instar de missiles et d’armes chimiques) risquant de modifier le rapport de forces « Game changer ». Israël a été catégorique quant à ce seuil de tolérance et fait clairement savoir qu’il ne devait en aucun cas être outrepassé, et que cela constituait une ligne rouge à ne pas franchir, faute de quoi Israël se verrait dans l’obligation de prendre les mesures qui s’imposent.

Israël est le premier pays à avoir tiré la sonnette d’alarme quant à l’usage, par le régime d’Assad, d’armes chimiques et suite à cette alerte, la communauté internationale dans son ensemble et les Etats-Unis en ont obtenu les preuves irréfutables.

Israël s’en tiendra à son principe de non-intervention dans ce conflit, tant que celui-ci ne se propagera pas dans la région et tant que sa sécurité ne sera pas directement menacée.

Le calme sur la frontière israélo-syrienne et sur le plateau du Golan est actuellement sérieusement ébranlé et on entrevoit une perte de contrôle du régime d’Assad sur cette région qui pourrait tomber entre les mains de groupes rebelles extrémistes. Cet éventuel scenario fait craindre une reproduction du schéma qui prévaut actuellement en Egypte dans le Sinaï, le plateau du Golan risquant de se transformer en un Sinaï bis avec tous les dangers que cela implique.

La Russie ayant des intérêts qu’elle considère comme stratégiques et vitaux en Syrie notamment le point d’appui du port de Tartous, fera tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir Assad à la tête de la Syrie. Pour ce faire, Moscou a promis d’offrir au président syrien un atout de taille : la fourniture de missiles S 300 (Sol-Air) – système de défense anti-aérienne sophistiqué, dont les batteries sol-air sont capables d’intercepter des avions et des missiles téléguidés. Le déploiement des missiles S300 est considéré comme un «Game changer», un événement capable de changer les rapports de force et donc peut-être la donne, en Syrie. L’installation des batteries empêcherait en effet, si elle était décidée, l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays. Plus généralement, elle remettrait en question toutes les velléités d’intervention militaire en Syrie, qu’il s’agisse de frappes aériennes ou d’envoi d’une force destinée à sécuriser les stocks d’armes chimiques. Elle restreindrait aussi considérablement la liberté d’action de l’aviation israélienne, constamment sur le qui-vive depuis le début de la guerre civile. Israël veut donc empêcher tout transfert éventuel de S300 au Hezbollah libanais et à l’Iran, deux fidèles alliés de Bachar al-Assad, qui considèrent l’Etat hébreu comme un ennemi à abattre. Comme les armes chimiques, la question des S300 est considérée par les autorités israéliennes comme une «ligne rouge».

Voici les divers scenarii envisageables concernant la Syrie.

Scenario No 1 : Victoire de Bashar al Assad sur les rebelles.

Le Hezbollah verrait alors sa position se consolider et la présence de l’Iran en Syrie se renforcerait. Bien évidemment cela signifierait par conséquent la présence de l’Iran sur la frontière nord de la Syrie – frontière qu’Israël partage avec la Syrie , une éventualité, bien évidemment, inenvisageable et intolérable pour l’Etat Hébreu.

Ce scénario est assez plausible étant donné qu’Assad et son armée, avec l’aide active du Hezbollah – Iran – Russie est en train de reprendre du poil de la bête et de reconquérir des positions importantes qu’il avait perdues tel Qousseir, reconsolidant ainsi l’axe qui va de Damas à la Méditerranée.

Ce scénario est le pire scenario pour Israël, qui verrait donc « s’inviter » à ses frontières nord deux indésirables et dangereux hôtes : le Hezbollah et l’Iran qui aspirent à mettre son existence en péril.

Scenario No 2 – Echec de Bashar al Assad et partition de la Syrie

Le régime de Assad ayant été affaibli, la Syrie ne pourrait conserver son intégrité territoriale et serait divisée entre les diverses communautés que compte la Syrie (alaouites, sunnites, chiites).

Scenario très problématique à tous points de vue qui risque d’ouvrir une boîte de Pandore de laquelle pourraient s’échapper de redoutables maux.

Scenario No 3 - Défaite totale d’Assad et victoire des rebelles.

Ce scénario impliquerait bien évidemment la chute du régime d’Assad et le morcellement de la Syrie.

Il est peu probable du fait des innombrables dissensions qui divisent et affaiblissent considérablement la rébellion.

Scenario No 4 – Compromis à l’issue d’une conférence internationale sous l’égide des Etats-Unis.

Cette conférence se fixerait pour objectif premier de conserver l’intégrité territoriale de la Syrie et offrir une porte de sortie honorable à Assad et ses fidèles.

Conclusion

On assiste actuellement en Syrie, à un combat sur le terrain entre loyalistes et rebelles qui a lentement glissé vers une confrontation communautaire, opposant Chiites/Alaouites aux Sunnites et plus largement à un affrontement entre la Russie (qui soutient ouvertement Assad) et le monde Occidental incluant l’Union Européenne et les Etats-Unis qui soutiennent mollement les rebelles et auraient la velléité de leur livrer des armes. En effet Poutine, le président russe est prêt à tout pour assurer la pérennité du régime d’Assad – il y a va de sa propre crédibilité, de son propre avenir politique et surtout de l’opportunité pour la Russie de redevenir une grande puissance à l’égal des Etats-Unis. C’est dire combien l’enjeu est capital pour la Russie.

En ce qui concerne Israël, aucun des scenarii précédemment exposés, ne lui est favorable – le « moins pire » serait cependant le dernier, c’est-à-dire le compromis.

Pour conclure, tous ces Printemps arabes qui laissaient miroiter tant d’espoirs de changements positifs pour Israël, espoirs de démocratisation des pays arabes donc espoir de possible paix ou a minima, érosion de l’hostilité à l’égard de l’Etat hébreu , Israël a vite déchanté , ses espoirs se sont évanouis et ont laissé place à un terrible constat : la haine contre Israël était et demeure plus vivace que jamais de la part des pays arabes quels que soient les pouvoirs en place.

Par Betty Harrel – Nos non-dits - JSSNews

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