dimanche 14 avril 2013

Pourquoi et comment Margaret Thatcher a marqué l’histoire

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Rendant hommage à Margaret Thatcher, disparue lundi 8 avril, David Cameron a déclaré qu’elle avait été le plus important premier ministre que le Royaume Uni ait connu en temps de paix, et qu’elle avait sauvé son pays. Cette phrase est porteuse d’exactitude.
Un seul autre premier ministre britannique au vingtième siècle pourrait être comparé à Margaret Thatcher, Winston Churchill, et celui-ci a été premier ministre en temps de guerre. Il a également sauvé son pays.
Tout en étant porteuse d’exactitude, cette phrase, cela dit, est insuffisante pour définir la place de Margaret Thatcher dans l’histoire de son pays et, au delà, dans celle du monde.
Et je dois y revenir ici.
Margaret Thatcher n’a pas seulement sauvé son pays, qui, bien qu’en temps de paix lorsqu’elle est arrivée au pouvoir, était en train de glisser vers la déliquescence sous l’effet de trois décennies de socialisme et de tyrannie syndicale, elle l’a transfiguré et redonné son rang.
En le transfigurant et en lui redonnant son rang, elle l’a fait passer du statut d’économie industrielle déclinante au statut d’économie post industrielle, basée sur la finance et le capital intellectuel.
Elle a montré, en outre, que son pays pouvait compter encore géopolitiquement et militairement, et sur ce plan, la guerre contre la dictature argentine, qui a abouti à la chute de celle-ci, a été bien davantage qu’une guerre pour la souveraineté britannique sur un archipel lointain.
Elle a été le plus fidèle et le plus ferme allié de Ronald Reagan dans la lutte contre l’empire soviétique et contre le totalitarisme, et elle peut à juste titre être considérée, au même titre que Ronald Reagan, comme ayant gagné la guerre froide, et comme ayant transformé la planète. Sans elle et Ronald Reagan, l’Europe centrale serait sans doute toujours sous l’oppression communiste, et la menace soviétique serait sans doute largement intacte.
Elle a été l’artisane d’un rapprochement historique entre le Royaume Uni et Israël, et elle a osé rompre avec la politique arabe pusillanime de ses prédécesseurs travaillistes, ou conservateurs factices façon Edward Heath.
Elle a, en ne cédant pas aux terroristes de l’IRA, montré de manière admirable comment un gouvernement démocratique doit se conduire vis-à-vis de mouvements terroristes.
Elle a été porteuse d’une vision de l’Europe dont la lucidité et la pertinence se vérifient jusqu’à ce jour : j’ai, au temps où elle l’a prononcé, traduit en langue française le discours qu’elle a prononcé à Bruges le 20 septembre 1988. Elle y avait exposé une vision de l’Europe du libre échange, de la concurrence, du respect des nations. Elle y avait dénoncé les déficits démocratiques et les penchants bureaucratiques de l’Europe qui s’édifiait. Elle considérait que déficits démocratiques et penchants bureaucratiques conduiraient l’Europe au désastre. Nous sommes dans le désastre qu’elle avait prévu. Elle estimait que l’euro tel qu’il allait se mettre en place serait un facteur accélérant du désastre. L’euro tel qu’il s’est mis en place a, effectivement, été un facteur accélérant du désastre.
Dans les propos tenus par les médias français la concernant ces derniers jours, elle a été présentée de manière pernicieuse comme tenante d’un « ultra libéralisme » et d’une rigidité arrogante. Les mots la concernant ont parfois été plus consternants encore.
Margaret Thatcher n’a jamais été « ultra libérale », car l’ « ultra libéralisme » n’existe pas, sinon dans l’esprit dérangé des tenants des divers dogmes constituant la nébuleuse du prêt à penser qui condamne la gauche à avoir un encéphalogramme absolument plat.
Elle a juste compris que l’économie de marché, la liberté d’entreprise, ce que Friedrich Hayek a appelé l’ordre spontané et ce que Karl Popper a appelé la société ouverte étaient porteurs de fécondité, et la fécondité a été au rendez-vous. Et elle s’en esttenue à ce qu’elle avait compris.
Elle n’a jamais été rigide et arrogante : elle a eu des principes éthiques et elle s’est tenue à ses principes éthiques.

Elle n’a jamais fait la moindre concession, c’est vrai, aux tenants de diverses lubies suicidaires et délétères : précisément parce qu’elle savait qu’ils étaient les tenants de lubies suicidaires et délétères. Et c’est ce qui a fait sa grandeur, et l’absence chez elle de l’opportunisme qui condamne tant de personnes politiques à la médiocrité et à l’échec, jusqu’à ce jour.
Elle a montré que des êtres déterminés, lucides, dotés d’une armature intellectuelle solide pouvaient changer le cours des choses.
Elle n’aurait pas pu être ce qu’elle a été et accomplir ce qu’elle a accompli sans le travail des idées de ceux qui lui ont fait découvrir Friedrich Hayek et Karl Popper, les fondateurs et les dirigeants d’un think tank appelé l’Insitute of Economic Affairs, né et bâti grâce à Antony Fisher, Ralph Harris, et Arthur Seldon.
Après plus de onze années au cours desquelles elle a révolutionné son pays et, pour partie, le monde, les conservateurs britanniques l’ont poussée vers la sortie et sont retournés vers une médiocrité dont ils ont, jusqu’à ce jour, du mal à sortir. Les travaillistes sont revenus au pouvoir un peu plus tard, mais en ayant du renoncer à leurs archaïsmes ineptes, sous la conduite de Tony Blair.
Le Royaume Uni a beaucoup changé depuis. Une victoire d’une Margaret Thatcher contemporaine y serait impossible aujourd’hui.
Tout en glissant à nouveau vers le déclin, comme le reste de l’Europe, le Royaume Uni n’en garde pas moins des traces de ce que Margaret Thatcher lui a apporté, et s’il n’est pas un cloaque en ce début de vingt-et-unième siècle, c’est à Margaret Thatcher qu’il le doit.
Que des membres de la gauche britannique se soient, en ces conditions, conduits de manière indécente, obscène et imbécile à l’annonce du décès de celle-ci n’est qu’une preuve supplémentaire de l’indécence obscène et imbécile qui si souvent imprègne la gauche dans l’ensemble du monde occidental.
Le monde contemporain aurait un besoin urgent de personnes telles que Margaret Thatcher, tout comme il aurait un besoin urgent de personnes telles que Ronald Reagan.
Il aurait un besoin urgent d’instituts jouant aujourd’hui le rôle qu’a joué l’Institute of Economic Affairs avant et pendant les années Thatcher, ou celui joué aux Etats-Unis par la Heritage Foundation, l’American Enterprise Institute, le Cato Institute et le Hudson Institute, et la Hoover Institution pendant les années Reagan.
Je vois autour de moi beaucoup d’intellectuels médiocres, mais fort peu de penseurs.
Je vois beaucoup de politiciens, et une pénurie de gens à même de forger l’histoire. Hélas.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info


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