jeudi 13 décembre 2012

« Il y a beaucoup de magie dans mes livres ! » Rencontre avec Hervé Tullet





A l’occasion de la quatorzième édition salon international du livre Non/Fiction à Moscou, La Voix de la Russie a rencontré Hervé Tullet, illustrateur et auteur de livres pour enfants. Ce créateur de formes et de couleurs a réalisé plus d’une quarantaine d’ouvrages traduit dans près de vingt-cinq langues.


Comment êtes-vous devenu un auteur pour enfants traduit dans le monde entier?

Parce que j’ai fait un livre. A question simple, réponse simple... J’étais auparavant directeur artistique dans la publicité. Puis, je suis devenu illustrateur. En tant qu’illsutrateur, j’ai fait des dessins pour des magazines, des agences de publicité. Je gagnais ma vie ainsi.

Quand je n’avais rien à faire, je réfléchissais à un livre pour enfants, sans a piori. J’ai mis beaucoup de temps à faire mon premier livre, à peu près trois ans. Il s’appelait Comment Papa a rencontré Maman. Et curieusement, dans ce premier livre, tout était déjà installé : le trou, la surprise, le jeu de lecture entre l’enfant et l’adulte. Grâce au livre, une sorte de jeu s’installe, un jeu partagé. L’enfant s’amuse à voir l’adulte s’amuser. Et l’adulte s’amuse à amuser l’enfant.

Ensuite j’ai fait un deuxième livre, un troisième, puis un quatrième qui a eu beaucoup de succès. Il s’intitulait Faut pas confondre. Il a eu un prix à Bologne et m’a donné la possibilité de continuer à écrire et créer assez librement.

Et il y a eu une rencontre clé. L’auteur est une personne sociale. A ce titre, j’interviens dans les écoles, dans les bibliothèques, dans les banlieues difficiles. Donc j’ai un autre métier qui est celui d’intervenant et qui me passionne tout autant. J’ai détaché mes interventions du métier d’auteur, puisqu’avec les enfants on part du livre, mais l’on ne sait jamais où l’on va. Cela apprend à voir les livres vivre, les livres pris, les livres appropriés, les livres interprétés.

Et quel est le but de vos livres ?

Devenir beau, riche et célèbre [rires]. Non, mon but c’est de trouver une autre idée. C’est une espèce d’excitation de voir jusqu’où l’on peut aller dans ce rapport à l’idée. Ce n’est pas un but, c’est une sensation de créateur.

Vos livres semblent être davantage des jeux que des histoires. Est-ce que vos livres racontent une histoire ? Quelle est l’histoire de votre dernier livre ?

En fait, il y a des livres d’activités et de dessins. Ces livres d’activités peuvent susciter des histoires. Ce sont des planches de dessins, donc le rapport au livre et à l’histoire est toujours présent.

Pour moi, ce ne sont pas des jeux, ce sont des installations. J’installe un moment de lecture. Et ce moment de lecture va être rempli par les lecteurs : l’adulte et l’enfant. Ce sont eux qui vont faire l’histoire. C’est l’histoire de leur lecture.

J’ai également un personnage qui s’appelle Turlututu. Il est très connu en France. C’est un vrai joueur qui joue avec le lecteur. Par exemple, il propose une formule magique qui est « repulsec ». Donc on ferme les yeux, on prononce « repulsec », on claque deux fois dans ses mains, on tourne la page et Turlututu a disparu. Il y a beaucoup de magie dans mes livres !

Où puisez-vous votre inspiration ? Vous plongez-vous dans vos propres souvenirs d’enfance ?

Si je le savais, j’irai tout le temps [rires]. Dans mes souvenirs d’enfance, peut-être... mais justement car enfant, je me suis ennuyé. Peut-être aussi dans les interventions que je fais auprès des enfants, car alors je vois jusqu’où je peux aller dans le jeu, à quel point tout est possible. Probablement aussi dans les musées. Finalement, partout.

Quels sont les moments de l’enfance que vous capturez dans vos livres ?

La clé pour moi c’est la spontanéité. Dans les lectures on se laisse aller, puisque c’est moi qui fait le spectacle. Et quand je fais des ateliers, on s’amuse. On lance des pinceaux en l’air. On se rythme sur de la musique. On fait des tas de trucs qui ne sont pas a priori liés à un apprentissage.

Ce qui n’empêche pas qu’à la fin on va quand même produire un dessin. On part sur des jeux avec une grande liberté. L’apprentissage est fait par les parents, les enseignants, la société, tout le monde s’en charge. Les artistes sont là pour encourager la spontanéité.

Avez-vous déjà été tenté d’écrire des livres pour les grands ?

Non, je pense que je suis assez grand là où je suis... car je ne fais pas mes livres à quatre pattes. Je ne me mets pas à la hauteur des enfants. Je me sens très adulte. Et quand je vois les enfants, quand je travaille avec eux, je les sens très adultes. Je ne joue pas avec des enfants. Je joue avec une entité avec laquelle je suis à égalité. Je ne me sens pas grand et eux petits. Je suis dans une plénitude d’expression. Et mon public ce sont les adultes et les enfants.

Je ne sais pas si c’est votre première fois en Russie, mais quelles sont vos premières impressions ?

C’est la seconde fois. Et ça me plait bien, oui. Et ça me donne envie de lire... Et une des sensations les plus agréables pour moi, qui suis un grand voyageur, c’est d’avoir envie de rester dans le pays à travers la lecture.




L'interview est réalisée grâce à la collaboration de la maison d'éditionClever
Источник: Голос России.


Biographie

Hervé tullet naît à Avranches en 1958 .
Après des études autour de l’illustration et de la communication visuelle , il travaille pendant une dizaine d’années dans la publicité .
En 1990 , il réalise ses premières illustrations pour la presse.
En 1994 , son premier livre pour enfant voit le jour au Seuil jeunesse : « Comment Papa à rencontré Maman ».
La reconnaissance ne tardera pas : il reçoit le Prix non-fiction à la foire internationale de Bologne en 1998 pour « Faut pas confondre » et ses livres qui préfèrent le parcours à la narration font vite parler d’eux .
Avec la série « Jeux de … ( à partir de 2006 ) » , « Les cinq sens » ( 2003 ) ou « L’imaginier » ( 2006 ) , il s’adresse aux enfants dès la petite enfance car ses ouvrages se touchent autant qu’ils se lisent.
Avec « Moi, c’est Blop » paru en 2005, qui marque la naissance de cette forme caméléon emblématique de son œuvre, ou Turlututu, en 2007, l’œil curieux qui guide les enfants par un jeu de questions / réponses, Hervé Tullet creuse son sillon : solliciter le lecteur pour l’intégrer à l’œuvre .
Prix Pitchou récompensant le meilleur ouvrage pour la petite enfance en 2009 avec « Le grand livre du Hasard » au salon jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux , la renommée internationale est aussi à l’horizon avec des traductions dans près de vingt-cinq langues, des expositions ou des interventions en France ou à l’étranger (Corée, Istambul, Usa, Israel, Tate Modern à Londres etc.)
Il renouvelle aussi le livre d’activités avec « À toi de gribouiller » (2007) , « Le livre de coloriage » (2009) ou « Le livre avec un trou » et « La cuisine aux crayons » (2011).
« Un Livre » , paru en 2010 , synthétise son art jusqu’à l’épure : juste trois points, un jaune, un bleu, un rouge, et la magie opère. Prix sorcières, Prix Andersen, Prix Versele, entre autres, traduit dans plus d’une vingtaine de langues, cet ouvrage salué par son audace fait le pari d’une adaptation numérique. C’est un nouveau succès qui reçoit en 2012 la Pépite de la création numérique au Salon du livre jeunesse de Montreuil.
Définitivement, Hervé Tullet est devenu un auteur incontournable de la littérature jeunesse.

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