vendredi 17 août 2012

Mon admiration pour Dilma Rousseff


La grandeur de l’engagement politique… Il y a des parcours qui imposent le respect. Voici pourquoi j’admire Dilma Rousseff.
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Le Brésil était une démocratie jusqu’au coup d’Etat du 31 mars 1964 par lequel une junte militaire conduite par le maréchal Castelo Branco a renversé le président élu, João Goulard. Ces anticommunistes primaires avaient pris l’argument de Cuba pour imposer un régime très dur de « sécurité nationale », soutenu par les belles âmes du « camp de la liberté », et l’aventure a duré jusqu’en 1985.
L’opposition politique s’est maintenue et les miliaires ont progressivement aboli toutes les libertés politiques, jusqu’au célèbre acte institutionnel n° 5 de 1968 qui a suspendu la constitution, dissout le Congrès et instauré un code de procédure pénale donnant tout pouvoir à l’armée pour la répression politique. Bilan : 9 000 personnes emprisonnées et torturées, et 400 morts et disparus.
Cet acte institutionnel laissait une option simple aux militants : renoncer ou devenir clandestin. La clandestinité, c’est ce qu’avait choisi avec bien d’autres une jeune femme de 20 ans, militante influente d’un groupe d’extrême-gauche, VAR-Palmares. Cette femme, c’est Dilma Rousseff, aujourd’hui présidente du Brésil.
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En janvier 1970, Dilma Rousseff a été arrêtée à São Paulo. Elle a été conduite au Département d'Etat de l'ordre politique et social (DEOPS) où elle a été torturée pendant 22 jours, mais elle n’a livré aucune information. Jugée puis détenue à la prison Tiradentes de São Paulo, elle a été libérée en 1972.
Dilma Rousseff a ensuite repris la vie, ses études et elle est aujourd’hui reconnue comme une économiste de haut niveau.
Les crimes des militaires n’ont jamais été jugés car ces trouillards ont fait adopter en 1979 une loi d’amnistie. Mais les faits restent et Dilma Rousseff, comme tous ces grands militants, connaît sûrement le nom de ses tortionnaires.
Ce mois de mai, elle a fait adopter la création d’une commission d’enquête sur les crimes des militaires.
Elle-même n’avait jamais parlé de la torture.
En mai 2008, alors qu’elle se préparait à conduire les élections de la victoire, un sénateur de droite, Agripino Maia, l'a accusée d'avoir menti sur son rôle politique réel devant les juges, c’est-à-dire que cet imbécile voulait démontrer qu’elle était communiste. Dilma Rousseff l’a flingué : « J’avais 19 ans, sénateur, j’ai été sauvagement torturée, et je peux vous dire que mentir sous la torture n’est pas facile. Et j’en suis fière car j’ai sauvé la vie de mes compagnons. »
Cette scène a marqué le Brésil, découvrant soudain une autre Dilma Rousseff, trop facilement présentée comme la perpétuelle numéro 2 de Lulla.
Un journaliste, Ricardo Amaral, a enquêté, reconstitué l’histoire, rétabli tous les faits, et il a retrouvé dans les archives une photo d’une incroyable puissance.
La photo date de novembre 1970, et c’est le procès de Dilma Rousseff devant le tribunal militaire de Rio de Janeiro. Elle a 22 ans. Elle a subi le crime de la torture et les outrages de ces crapules. Mais elle est là, droite, le regard tendu fixant ses juges. Et les juges, eux, cachent leur visage.
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