Le Figaro est un
journal français fondé en
1826 sous le règne de
Charles X. Il est à ce titre le plus ancien
quotidien français encore publié. Il a été nommé d'après
Figaro, le personnage de
Beaumarchais, dont il met en exergue la réplique :
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. »
Le Figaro est la propriété de l'industriel et
sénateur de l'
Essonne,
Serge Dassault via la
Société du Figaro, filiale de la
Socpresse, dont celui-ci est le président et unique actionnaire.
Sa ligne éditoriale est de
droite ou de
centre-droit, selon le
spectre politique français habituellement utilisé.
Présentation
Devise figurant à la une
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. »
—
Beaumarchais,
Le Mariage de Figaro
Figaro est un des personnages de
Beaumarchais, héros du
Barbier de Séville, du
Mariage de Figaro et de
la Mère coupable.
Le Figaro comporte d'autres références au personnage dont il tire son nom, comme « Figaro-ci, Figaro-là »,
Le Barbier de Séville.
À une époque, cette devise fut remplacée par : « Loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, me moquant des sots, bravant les méchants, je me presse de rire de tout… de peur d'être obligé d'en pleurer... », puis la devise initiale fut restaurée, un temps discrètement, puis de nouveau en première page depuis la dernière maquette.
Ligne éditoriale
Le Figaro, d'après son directeur, se considère comme un journal de
droite et de
centre-droit2. Depuis 1986, le journal se rapproche d’une formule plus proche de celle d’un «
Washington Post à la française », ce qui implique une politique d'ouverture plus large.
[réf. nécessaire] Le journal est le point de jonction de plusieurs grands courants d'idées ancrés à
droite ou au
centre-droit. Il s'agit principalement du
libéralisme classique ou l'éclectisme libéral
3 jumelé avec un
conservatisme social. Il est aussi souvent classé comme gardien de l’éclectisme culturel de la droite française par ses oppositions à la
Commune de Paris, au
communisme, ou par ses sympathies
gaullistes4, ou encore par son attachement au système
républicain. L'un des slogans de sa campagne publicitaire de 2005 était « en matière d'économie nous sommes pour le libre-échange. En matière d'idées aussi. »
En février 2012, un texte de la Société des journalistes du
Figaro dénonce la ligne éditoriale de son journal, qu'elle considère comme étant un soutien important aux différents gouvernements de droite qui se sont succédé dans les années 2000
5,67.
Historique du journal
Aîné de la presse française avec la
Revue des deux Mondes,
Le Figaro fait partie des plus vieux journaux du monde. Il naît en 1826 sous la forme d’un petit
journal satirique, devenu
quotidien en 1866 sous l’impulsion d’
Hippolyte de Villemessant, il connaît son âge d'or à la
Belle Époque ; des chroniques littéraires aux petites annonces, la bourgeoisie française et l'aristocratie étrangère se reconnaît dans
Le Figaro comme les milieux populaires se retrouvent dans les colonnes des « quatre grands » de l’époque.
Le Figaro est ramené vers le
libéralisme modéré de la droite classique par la reprise en main de
Pierre Brisson qui fait du
Figaro un journal triomphant de la
Libération. La prospérité de la « maison Figaro » accompagne celle des trente glorieuses :
le Figaro reste le journal qui a choyé de « grandes plumes ».
Le premier Figaro : un journal satirique atypique (1826-1854)[modifier]
Le logo du
Figaro (source : Gallica).
Le
15 janvier 1826 parait
Le Figaro, un quotidien satirique à
Paris, sous l'impulsion d'un chansonnier,
Maurice Alhoy, et d'un écrivain et homme politique,
Étienne Arago. Le « journal satirique, spirituel et batailleur », est baptisé du nom d'un personnage de Beaumarchais pour faire un pied-de-nez à la censure monarchique. Il se présente sous un format de quatre pages, petit-folio et est publié avec de nombreuses interruptions. Parmi ses premiers rédacteurs, on trouve
Félix Davin,
Léon Gozlan,
Auguste Jal,
Jules Janin,
Alphonse Karr, Nestor Roqueplan,
George Sand,
Jules Sandeau. Le journal aux discours satiriques met le rire et l’allusion politique afin de « faire la barbe » aux
royalistes. Comme l’
épigraphe « La vérité, quand même !... », mentionné en bas à droite chaque fois dans les premiers numéros, qui est particulièrement provocant car elle détourne le « Vive le roi, quand même » des royalistes. De cette façon,
Le Figaro se pose subtilement en adversaire des royalistes qui appuient
Charles Xet ses sympathies
libérales se confirment promptement
8.
Après la chute de
Charles X, il accueille favorablement la
révolution de Juillet9 parce que le vieux titre a contribué au renversement du régime
10. Son directeur
Victor Bohain y gagne alors une place de préfet. Le journal garde cependant son indépendance d'esprit et, sous la direction de
Henri de Latouche, se montre ensuite très critique envers la
Monarchie de Juillet11.
En
1832, les éléments républicains du vieux titre étant neutralisés et écartés,
Le Figaro est racheté par les
monarchistes pour contrer un front satirique mené par
La Caricature. Il perd son inventivité satirique à cette occasion
12. Fin
1833, jusqu'en 1854, l'« ancien
Figaro » essuie neuf échecs lors des différentes tentatives de relance.
Émile Gaboriau, auteur d'un ouvrage sur les premiers « Figaro » en 1861, rappelle les raisons de ses succès ou de ses échecs
13 :
« Malheureusement pour le petit journal, les causes de sa vogue sont aussi celles de sa décadence. Un jour il ne donne plus juste la note de l’opinion, de ce moment il est perdu. Lui, si fort pour démolir, il est impuissant à édifier. L’essaie-t-il, il devient grotesque, ridicule même. Il brille dans l’opposition ; mais qu’il passe au pouvoir, il s’éteint et meurt »
Peut-être l'épilogue est-il pour ce quotidien de devenir un journal respecté et de restaurer sa position d’électron sur l’échiquier politique.
Résurrection du journal : Le Figaro de Villemessant (1854-1879)[modifier]
« Il avait fait deux fois faillite. Cela peut arriver aux plus honnêtes. Il n’avait plus à choisir qu’entre le suicide et la police correctionnelle. Il en était à cette minute de suprême angoisse où l’homme, qui se sent perdu, risque tout, même un crime. Il risqua plus qu’un crime, il risqua Le Figaro. »
—
Octave Mirbeau,
Les Grimaces
En avril
1854, sous l'impulsion d'Hippolyte de Villemessant,
Le Figaro est repris. Le journal est surtout parisien et littéraire.
Hippolyte de Villemessant sait d'emblée s'entourer de rédacteurs talentueux (
Balzac,
Charles Baudelaire,
Alexandre Dumas et les
frères Goncourt) et innove : il crée des rubriques permanentes, dans lesquelles les lecteurs se retrouvent, et insère des
brèves, une rubrique nécrologique et un courrier des lecteurs. Il est aussi l'instigateur de la rubrique « Échos », qui fait le succès du journal, avec force calembours, anecdotes, indiscrétions et potins, qui donnent aux lecteurs l'impression d'appartenir à un public de privilégiés mis dans la confidence. Le succès du
Figaro est tel qu'
Hippolyte de Villemessant décide de doubler sa fréquence de parution en 1856. Le journal paraît alors le mercredi et le dimanche.
Des chroniques littéraires aux petites annonces, la bourgeoisie française se reconnaît dans
Le Figaro comme les milieux populaires se retrouvent dans les colonnes des « quatre grands » de l’époque.
Le Figaro se positionne aussi comme l’un des principaux journaux du monde parisien
14. Ainsi
Alphonse Daudet a écrit dans ses célèbres
Mémoires, en 1891, que
le Figaro avait « comme clients, le Tout-Paris, c’est-à-dire cet infiniment petit morceau de Paris qui mène son train entre le Gymnase et l’Opéra, Notre-Dame-de-Lorette et la Bourse, et s’imagine exister seul : des coulissiers, des comédiens, des journalistes ; sans compter la légion agitée, affairée, des bons boulevardiers qui ne font rien »
15.
Dans les années
1863, un concurrent quotidien apparaît :
Le Petit Journal. En réaction,
Hippolyte de Villemessant crée
L'Événement, quotidien lui aussi, refusant d'engager
Le Figaro dans la bataille.
Le Petit Journal sort vainqueur de cette confrontation et
L'Événement disparaît peu de temps après, à la suite d'un article sur le droit des pauvres, qui aurait déplu au gouvernement de
Napoléon III.
Le
16 novembre 1866,
Le Figaro devient un
quotidien16. Il connaît aussitôt du succès grâce à des contenus variés et de qualité. À cette époque,
Le Figaro est l'un des premiers journaux à publier des grands reportages réalisés sur place, en France ou à l'étranger, par ses propres journalistes. En effet, en imposant une complicité malicieuse entre journaliste et lecteur, et une critique en matière de vie culturelle, de la littérature (poésie, roman naturaliste, théâtre), de la chronique mondaine à la vie musicale (il organise même des concerts de musique et au début des années 1920,
Stravinsky compose pour
Le Figaro), le journal assume un véritable magistère, pas seulement critique, mais également créateur. Son style alerte et animé se démarque aussi du style terne de la presse de l'époque. Le tirage atteint alors les 56 000 exemplaires, dont 15 000 abonnés.
Le Figaro politique paraît en 1867. Il participe aux grandes affaires politiques du xix
e siècle, dans lequel
Henri Rochefort laisse libre cours à son talent de satiriste. L'appariton d'un tel journal s'explique par la libéralisation de l'Empire. Cependant, Henri Rochefort frise la censure.
Hippolyte de Villemessant crée alors un journal pour lui :
La Lanterne.
Lors de la
Commune de Paris, le journal prend position contre celle-ci. Il est le premier journal supprimé par la Commune, mais reprend ses publications lorsque celle-ci est finalement vaincue.
Le Figaro se crée ainsi un public d'aristocrates et de bourgeois.
Hippolyte de Villemessant se fait vieux et songe à l'avenir du
Figaro ; il passe le relais à Francis Magnard, qui devient le directeur du journal.
Le 17 avril
1879,
Le Figaro paraît encadré de noir :
Hippolyte de Villemessant est mort la veille à
Monte-Carlo. De nombreuses personnes se rendent à ses funérailles. Des auteurs comme
Alphonse Daudet ou
Gustave Flaubert laissent un témoignage de la perte alors ressentie par le monde littéraire et politique.
Le Figaro et la Belle Époque : un journal entre deux France (1879-1914)
La
Belle Époque est l'âge d'or de la presse en France. Après la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, le journal bénéficie du développement technique des machines de presse et de l'alphabétisation de la population française. Les écrivains deviennent des journalistes courtisés. Cette période marque également l’introduction des suppléments, en commençant en 1882 par le supplément littéraire. En même temps,
Le Figaro organise des soirées littéraires. Cette initiative durera plus d’un quart de siècle et réunit les premiers jeudis de chaque mois un cercle étroit de privilégiés qui prennent connaissance des nouveautés de la littérature. Parallèlement,
Le Figaro s’investit vivement dans l’affaire de Panama. Le succès du
Figaro s’est confirmé et ses tirages dépassent 80 000 exemplaires entre 1879 et 1895, ce qui en fait un titre majeur de la presse de la période.
Émile Zola au
Figaro, caricature de Hix, dans
Le Grelot du 10 janvier 1881.
Le directeur du titre, Fernand de Rodays, est persuadé de l'innocence de Dreyfus et laissera publier nombre d'articles en faveur du capitaine Dreyfus. Le 14 novembre 1897 est publié le dossier de Scheurer-Kestner qui présente le capitaine comme une victime d’une erreur judiciaire. C'est aussi dans
Le Figaro que
Mathieu Dreyfus, le frère d'Alfred Dreyfus, désigne
Ferdinand Walsin Esterhazy comme le vrai coupable. Le 11 novembre 1897, les deux pistes se rejoignent, à l'occasion d'une rencontre entre Scheurer-Kestner et Mathieu Dreyfus. Ce dernier obtient enfin la confirmation du fait qu'Esterházy est bien l'auteur du bordereau. Le 15 novembre, sur ces bases, Mathieu Dreyfus porte plainte auprès du ministère de la Guerre contre Walsin-Esterházy
17.
Le mouvement dit dreyfusard, animé par Bernard Lazare, Mathieu Dreyfus,
Joseph Reinach et Auguste Scheurer-Kestner, est né au sein de la rédaction du
Figaro. Émile Zola, informé mi-novembre 1897 par Scheurer-Kestner du dossier
18, est convaincu de l'innocence de Dreyfus et s'engage officiellement. Dans les colonnes du
Figaro,
Émile Zolaécrit trois articles avant la parution du célèbre «
J'accuse…! » dans les colonnes de
L'Aurore. Un des dessins les plus célèbres de l'affaire est le raccourci que
Caran d'Ache fit, le 14 février 1898, dans les colonnes du
Figaro, d'une querelle familiale concernant l'affaire Dreyfus pour illustrer la profonde division de la société française à ce sujet au tournant des xix
e siècle et xx
e siècle siècles. Par ailleurs,
Anatole France et Zola sont les principaux journalistes aux rubriques de critique littéraire et artistique de cette époque pour le titre.
Gaston Calmette est nommé directeur du journal en 1902. Il réorganise très vite
Le Figaro : il rachète le contrat d’impression et les machines de l’imprimerie, modernise l’immeuble, amortit les dettes et réussit à faire remonter les tirages
19 par le retour à l’ancien programme du journal « non politique » visant surtout des milieux aristocratiques, « de la bourgeoisie la plus riche, du grand commerce, de la haute industrie, de l’armée, de la société étrangère la plus élégante. »
20
En
1904,
Le Figaro relaye les « fiches
21 » des services militaires (
Affaire des fiches). Cette opération de fichage politique et religieux dans l'armée française visaient les officiers, généralement issus de familles catholiques, qui ont été souvent écartés des postes importants de l'armée quelquefois au profit de carriéristes médiocres issus des loges ou de la clientèle des partis de gauche.
Supplément littéraire du dimanche du
Figaro en 1894.
À partir de 1908,
Marcel Proust écrit un certain nombre d'articles de presse dans
Le Figaro (
Pastiches et mélanges) et il reprend même certains de ses articles dans
À la recherche du temps perdu. D'un autre côté, plusieurs articles de politique étrangère et sportives publiés en une du
Figaro par
Pierre de Coubertin entre juillet 1902 et juillet 1906 (puis réunis en 1909 chez Plon-Nourrit sous le titre
Pages d’histoire contemporaine), participeront à convertir les Français aux sports collectifs, selon le
Daily Telegraph, le
Times, et le
New York Herald Tribune22.
Entre les lignes de front : les Années Folles et Le Figaro en guerre (1914-1942)[modifier]
Pour plaire à son lectorat mondain, Calmette va jusqu’à publier les vices privées des personnages politiques et le payera cher. En lançant la campagne de presse contre Caillaux, celui-ci est sous la menace de publication de lettres privées.
Gaston Calmette, directeur du journal, est alors assassiné le 16 mars 1914 par
Henriette Caillaux, femme du ministre des Finances, que le journal avait mis en cause dans une campagne de presse, en autre d'avoir cumulé ses fonctions politiques avec la présidence du conseil d'administration d'une banque étrangère
23.
Cette période coïncide avec la censure durant la
Première Guerre mondiale. La censure est partout réhabilitée au nom de l'intérêt national. En France, elle prend la forme d’une loi du 4 août 1914, votée dans l'urgence, interdisant tout article apte à révéler des informations à l'ennemi, ou à décourager les Français (notamment en révélant la réalité des conditions de vie au sein des tranchées). La Grande Guerre prive temporairement
Le Figaro de son identité mondaine et littéraire. La direction suivante d’Alfred Capus et de Robert de Flers n'apportera pratiquement pas de changements et en 1920, à la suite d’un conflit interne, ils quittent
Le Figaro. Louis Latzarus pour la courte période en prend la rédaction en chef.
Pendant l'
entre-deux-guerres, le journal renoue avec son esprit mondain
24, surtout dans ses chroniques
25, où la conversation s'adresse à un public encore très féminin ; seul en a subsisté de nos jours le
Carnet mondain26.
En
1922, le journal est racheté par le parfumeur
François Coty, qui le renomme
Figaro et le délaisse en 1928 pour
L'Ami du peuple.
Figaro redeviendra
Le Figaro en 1929, date à laquelle les premiers
mots croisés apparaissent. La politique devient le sujet principal. Le parfumeur fait mener dans son journal des campagnes contre les impôts et contre le communisme international. Le ton populiste et antiparlementaire des années Coty ont fait perdre au journal les trois quarts de ses lecteurs selon Patrick Eveno
27.
Coty est chassé du
Figaro en 1933. Pierre Brisson reprend
Le Figaro en 1934 compromis par les sympathies fascistes de François Coty, et deviendra directeur littéraire. Il confie la direction du journal à
Lucien Romier. Politiquement,
Le Figaro retrouve un ton modéré, le journal se replie sur le
libéralisme et les journalistes « munichois sans enthousiasme »
28 s'opposera constamment dans les années 1930 au nazisme. Ils constituent une brillante équipe de rédacteurs dont
François Mauriac,
Georges Duhamel,
Jean Giraudoux,
Tristan Bernard et
André Maurois28.
Les textes rédactionnels sont souvent accompagnés de pages entières d’illustrations et les premières photographies font en outre leur apparition dans
le Figaro, qui les utilise à ce moment-là abondamment. Grâce aux efforts de la nouvelle équipe les tirages remontent : ils atteignent 50.000 exemplaires en janvier 1936 et 80.000 en 1939
29. De grands reportages sont couverts par le quotidien comme la
Guerre d'Éthiopie, la
Guerre sino-japonaise ou la
Guerre d'Espagne.
À la veille de la guerre, le journal subit la
censure. Sous la plume de Maurice Noël apparaît pour la première fois l’expression de la «
drôle de guerre »
30.
Le Figaro s'installe à
Bordeaux en 1940 puis à
Clermont-Ferrand.
Le Figaro est publié après coup à Lyon en zone libre jusqu'à l'
occupation allemande de
1942. À la suite des éditoriaux de Pierre Brisson, la censure du
Vichy, notamment de la part du ministère de l’information, se fait plus pressante.
Pierre Brisson décide dans ces conditions d'arreter le journal le
11 novembre 1942 et publie un éditorial dont la parution est empêchée sauf pour les abonnés :
« Les consignes impératives qui viennent de nous parvenir ne nous permettent plus de poursuivre notre tâche sans offenser nos sentiments les plus intimes et sans trahir la confiance du public. Il s'agit de mentir ou de se démettre. Notre choix est fait. Je remercie les lecteurs de leur attachement, de leur compréhension, de l'estime qu'ils marquent à ce journal fait par des hommes de cœur dans des situations difficiles. Je leur donne l'assurance qu'ils retrouveront au premier jour Le Figaro, fidèle à ses devoirs et conforme à ses vœux. »
Le Figaro libéré et triomphant après la Libération (1944-1975)[modifier]
Développement du quotidien[modifier]
À la Libération,
Le Figaro reparaît à Paris avec un éditorial de
François Mauriac sur
Charles de Gaulle (Le 25 août
1944). Il est confronté aux débats sur les modalités de l’épuration. Il devient ainsi le journal du
MRP face aux communistes et aux socialistes.
Aidé par Maurice Noël, Pierre Brisson relance en avril 1946 un hebdomadaire littéraire. Publié en dehors du quotidien,
Le Littéraire (
Le Littéraire devient
Le Figaro Littéraire en 1947) est créé en réponse à la mainmise du parti communiste sur de nombreux journaux culturels et pour défendre la théorie de l’art pour l’art face à l’engagement idéologique et politique des intellectuels
31. L’hebdomadaire a alors défendu des écrivains critiques du communisme ou transfuges du
bloc de l'Est (
Arthur Koestler,
Victor Kravtchenko).
Le Littéraire ou
Le Figaro Littéraire a réuni différents écrivains ou intellectuels, tels que
Paul Claudel,
Léon-Paul Fargue,
Colette,
Julien Green, Rousset, Rougemont, etc.
Le Figaro littéraire se présente comme défenseur des valeurs culturelles de la droite française.
Pierre Brisson aura ramené
Le Figaro vers le
libéralisme modéré de la droite classique. C'est lui qui attire
Raymond Aron (2 300 articles fournis !).
À l'avènement de la
Ve République, l'hostilité de
Pierre Brisson contre le
RPF cesse et il se rallie à
De Gaulle.
Pierre Brisson décède en 1964. La femme de
François Coty vend toutes ses actions la même année.
Jean Prouvost récupère le reste des actions Coty et devient ainsi l'actionnaire majoritaire du journal.
Renommée des concours de plage
C'est durant cette période (1948-1975) que se développent les « concours de plage du Figaro » qui, à leur apogée, prennent une dimension internationale. Le concours était organisé dans un grand nombre de stations balnéaires, en trois catégories, selon l'âge des concurrents. Dans chaque catégorie, concouraient les enfants nés durant une période de trois années consécutives. Par exemple, en 1962, année des XV
e jeux
32, les catégories correspondaient aux enfants nés en 1948 à 1950 (3
e), 1951 à 1953 (2
e) et 1954 à 1956 (1
e catégorie). Outre ces trois catégories, il existait une catégorie « adultes ». Il y avait au départ cinq concours de châteaux de sable par an. Ce nombre s’est ensuite réduit et un concours de peinture a été ajouté. On ne pouvait gagner le
1er prix qu’une fois par saison. Une fois gagné ce
1er prix, on était « Hors-concours » pour le
1er prix. Pour chacun des cinq concours, les vainqueurs concouraient ensuite, sur photo, à un classement au niveau national, généreusement doté de cadeaux.
Le fleuron de l'empire Hersant : un journal dans la tourmente (1975-2004)
En
1975, le journal est racheté par
Robert Hersant, directeur d'un groupe de publications périodiques qui avait commencé son ascension dix ans plus tôt en fusionnant deux journaux régionaux de
Brive-la-Gaillarde, et avait dès ce moment été remarqué par le magazine
Presse-Actualité comme un éventuel « nouvel
Axel Springer ». Le journal est acheté, pour la somme de 7,3 millions de francs qu’il a payé en plusieurs fractions, dont la dernière n'a été réglée qu'en décembre 1976
33.
Robert Hersant est alors le directeur politique du journal et impose pour les positions-clefs ses proches et amis : son fils Jacques Hersant devient le codirecteur de la publication, son autre fils Michel Hersant est membre du conseil de surveillance, dont le président est André Audinot, proche collaborateur de Robert Hersant. N’étant pas « un homme à transiger sur l’exercice du pouvoir »
34, Robert Hersant se sépare d’un groupe des journalistes. Parmi eux, le vice-président du directoire Jean Griot, le président de la
Société des rédacteurs Denis Perier Daville, un membre du conseil de surveillance Maurice Tillier, plusieurs rédacteurs en chef, chefs des services, chefs de rubrique, rédacteurs. De même,
Jean d’Ormesson quitte son poste du directeur général, mais accepte une chronique régulière dans le nouveau supplément, le Figaro-Magazine.
Le supplément du week-end
Le Figaro Magazine, lancé en
1978, est violemment attaqué par la gauche (
Le Canard enchaîné l'appelle
Le gai FroMage nazi, anagramme très polémique), en raison de la présence de nombreuses plumes proches de l'extrême droite intellectuelle
35. Bien que l'influence de celle-ci se soit sentie dans le
Figaro Magazine, on ne peut pour autant pas réduire celui-ci au seul statut de porte-voix de la
Nouvelle Droite36.
Robert Hersant rachète dans ce début des années
1980 ce qui subsiste du groupe
Boussac : le quotidien
L'Aurore. Le nom de ce journal, puissant dans les années 1950-1970, figure toujours associé à celui du
Figaro. En
1985,
L'Aurore est en effet complètement intégré dans
Le Figaro. Ce titre survit aujourd'hui dans celui de l'édition sans supplément du samedi
Le Figaro - L'Aurore.
À l’approche des élections de 1986, Le Figaro appelle à l’élection de
Jacques Chirac, puis pendant la cohabitation et les deux campagnes présidentielles suivantes, Le Figaro, tirant la conclusion des critiques de la partie la plus
libérale et
centriste et la plus jeune de son public, souhaite se rapprocher d’une formule plus proche de celle d’un «
Washington Post à la française » ou celle de l'époque de
Pierre Brisson, ce qui implique une ouverture politique plus large
37. Le pluralisme est le bienvenu au sein de la rédaction. La place allouée aux vues
libérales deviennent peu à peu supérieures à celle réservée aux idées
conservateurs.
Si l’équipe de Max Clos continue toujours la ligne politique d’un quotidien
libéral, soutenue surtout par
Franz-Olivier Giesbert qui « fait la chasse aux idées à l’emporte-pièces »
38. Son but est de créer un journal « avec des bonnes idées de tous les jours »
38, bourré d’informations et où les faits seront séparés des opinions. Giesbert veut contourner de cette façon l’impasse qui sépare aujourd’hui le journaliste de l’information. Celui qui se rend sur les lieux pour y faire lui-même les enquêtes nécessaires. Pour Giesbert « le journalisme consiste à sortir des informations… Et non pas à attendre que la dépêche de l’agence tombe, pour préparer son petit commentaire »
38.
Le
13 juillet 1998, Le Figaro publie pour la première fois une Une en couleurs à l'occasion de la victoire française en finale lors du
Coupe du monde de football 1998.
Le
29 novembre 1999, Jean de Belot succède à
Franz-Olivier Giesbert à la direction de la rédaction. Avec les Grands Débats, le journal entame une des phases d'ouverture idéologique et fait venir dans ses colonnes des signatures nouvelles. La diffusion progresse alors même que le journal est offert gratuitement sur le net.
Le Figaro aujourd'hui : l'arrivée du groupe Dassault (2004-)
Ancien siège du
Figaro, au 37, rue du Louvre, dans le 2
e arrondissement de Paris (photographie de 2004).
Siège du
Figaro, au 14, boulevard Haussmann, dans le 9
e arrondissement de Paris.
En juin 2004, le
groupe Dassault (GIMD) est autorisé à prendre le contrôle de la
Socpresse, maison mère du
Figaro. En octobre, l'inquiétude des syndicats sur l'indépendance du journal est vive alors que
Serge Dassault remanie la direction du journal, en licenciant
Jean de Belot.
Le Figaro est désormais dirigé par
Nicolas Beytout et
Francis Morel.
Le Figaro quitte le 37 rue du Louvre pour s'installer au 14 boulevard Haussmann le 19-21 août 2005.
Le 3 octobre
2005,
Le Figaro change de format pour la première fois depuis plus de trente ans. Le titre apparaît désormais dans un cartouche bleu. En outre, au cahier économie créé en 1985, vient s'ajouter un cahier loisirs intitulé
Et vous. Cette nouvelle formule est officiellement censée permettre à l'entreprise de proposer à la vente davantage d'espaces publicitaires en une et en quatrième de couverture.
Nicolas Beytout quitte la direction du Figaro et rejoint le pôle médias de LVMH. Certains journalistes y voient la raison des tensions qui ont opposé la rédaction à son directeur depuis son arrivée. Le grand reporter
Patrick de Saint-Exupéry, parle de « blocages permanents » de la part de
Nicolas Beytout.
Étienne Mougeotte devient alors directeur des rédactions du groupe Figaro en novembre 2007. Il est secondé par Jean-Michel Salvator à la direction du quotidien. En février
2008, un plan d'économies de 12 millions d'euros est annoncé. Le quotidien doit supprimer entre 10 et 13 % de ses effectifs. Le déficit du journal s'élève officiellement à 10,5 millions d'euros pour l'année 2007.
Le Figaro augmente le prix de son journal le
22 décembre 2008, passant de 1,20 € à 1,30 €
39. Le quotidien augmente fin décembre 2010 une nouvelle fois et passe ainsi à 1,40 euro
40. Selon le directeur général du journal et le président du syndicat de la Presse quotidienne nationale, Francis Morel, le prix de vente du
Figaro, qui n'avait pas évolué depuis décembre 2008, augmente en raison des augmentations qu'imposent les producteurs de matières premières aux journaux
41.
Le Figaro lance une nouvelle formule (
21 septembre 2009) avec une nouvelle maquette (systématisation de la couleur notamment) et un nouveau format (format berlinois). Cette nouvelle formule est produite dans une nouvelle imprimerie à Tremblay-en-France
42.
À partir du 4 décembre 2009, l'édition du
vendredi est accompagnée d'un cahier de 8 pages qui propose une sélection d'articles du
New York Times43.
Le Figaro s'installe sur les tablettes tels l'
IPad ou la Samsung Galaxy Tab. L'application « Le Figaro » permet ainsi de suivre toute l'actualité en continu et de profiter de tous les contenus du journal (moyennant un abonnement) et de son site Internet.
En juillet 2012,
Alexis Brézet devient directeur de la rédaction du journal en remplacement d'
Étienne Mougeotte44.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction