mercredi 10 avril 2013

Tension extrême en Corée et au Moyen-Orient

 L’escalade continue en Corée avec le déploiement massif de toute la panoplie de frappe stratégique américaine (bombardiers stratégiques B1B et B2, chasseur F-22, sous-marins d’attaque, etc.) et la mise en place de batteries ABM à Tokyo et Séoul coïncide avec l’accélération du programme nucléaire iranien et du retrait tactique de l’armée syrienne des positions défensives qu’elle occupait depuis quarante ans au Golan face à Israël.
Tension extrême en Corée et au Moyen-Orient
1. Que valent les menaces de la Corée du Nord et Kim Jong-Eun est-il en train de bluffer en évoquant des frappes pré-emptives sur le territoire US et une guerre thermo-nucléaire? Ce qu’il faut savoir, c’est que personne n’a jamais voulu prendre les griefs de Pyongyong au sérieux. Kim Jong Il, le père de l’actuel dirigeant, était hanté par les leçons funestes de l’Irak de Saddam Hussein. D’une manière générale, les stratèges Nord-coréens ont suivi avec beaucoup d’attention ce qui s’est passé en Libye, l’imbroglio nucléaire de l’Iran ou encore ce qui se passe chez l’un de leur très rares alliés, la Syrie. L’état-major du Nord est convaincu que tous les pays qui ont accepté de se laisser désarmer ont ouvert la voie à une invasion militaire. Malgré ses moyens rustiques, voire obsolètes, la Corée du Nord possède une stratégie tournée résolument vers l’offensive à outrance, inspirée de la doctrine du Juche. L’armée nord-coréenne, sous-équipée par rapport à celle du Sud, est essentiellement composée de forces spéciales entraînées à agir en profondeur derrière les lignes ennemies.

Cependant, c’est l’artillerie-pléthorique- de la Corée du Nord qui posera un sérieux problème à la Corée du Sud en cas de conflit. Des centres d’études stratégiques estiment qu’en cas de guerre, un immense barrage d’artillerie enverrait plus de deux millions d’obus, de roquettes et de missiles pourront s’abattre sur la seule ville de Séoul en moins d’une journée…Ces capacités s’insèrent dans une stratégie asymétrique prévoyant un usage simultané de vecteurs balistiques et de moyens aériens et submersibles afin de mener une tactique de Blitzkrieg visant à chasser les forces US du sud de la péninsule en vue d’une réoccupation.

Grâce à des technologies chinoises et russes , mais également par la coopération technique avec le Pakistan et l’Iran, la Corée du Nord a pu développer une série locale de vecteurs balistiques opérationnels de type NoDong 1 et 2 à propulsion liquide, qui ont respectivement une portée de 1.300 kilomètres et de 1.500 kilomètres, ainsi qu’une nouvelle génération de missiles balistiques à portée intermédiaire, le Musadan (propulsion liquide), qui aurait une portée théorique de 3.200 kilomètres. Une autre famille de vecteurs balistiques a été développée ces dernières années autour du missile Taepodong. Le Taepodong 1, pouvant être lancé à partir de silos ou de rampes fixes aurait une portée comprise entre 1800 et 2600 kilomètres. Une version améliorée, le Taepodong 2, un missile à propergol solide, peut être lancé à partir de rampes mobile et pourrait avoir une portée de 4000 kilomètres.

La Corée du Nord dispose également d’une famille de missiles balistiques issues de modifications de la série de missiles russes SCUD. Dénommé Hwasong, ces missiles ont une portée de 300, 500 et 700 kilomètres. Les troupes du Nord sont très motivées (plusieurs incidents de par le passé ont confirmé jusqu’à quel point le soldat nord-coréen est fanatique). Par contre, l’aviation et les blindés sont en majorité obsolètes et ne pourront pas faire face aux moyens modernes utilisant la haute technologies des armées US. C’est pour cela que Pyongyong, convaincue de la volonté US de changer son régime ou l’anéantir, a développé des armes non-conventionnelles.

Les stratèges nord-coréens n’ont jamais oublié les bombardements stratégiques américains et leurs tapis de bombes sur les villes et les usines lors de la guerre de Corée (1950-1953). Cette stratégie qui a fait ses preuve contre l’Allemagne et le Japon lors de la seconde guerre mondiale a contraint alors les nord-coréens a enterrer leurs usines sous terre. Mais leur plus grand traumatisme a été la guerre biologique. Ils n’ont pas oublié non plus la volonté du général Douglas McArthur d’en finir avec cette guerre en demandant l’emploi de bombes atomiques. C’est cette croyance selon laquelle ils ont évité l’extermination qui alimente depuis soixante ans la paranoïa nord-coréenne.

Pyongyong a donc consacré la plupart de son PIB à sa défense. L’effondrement de l’empire soviétique eut un profond impact et détermina la réclusion du régime, désormais méfiant à l’égard de l’ensemble du monde extérieur, y compris la Russie et la Chine, pourtant son allié et protecteur. Durant les années 90, la Corée du Nord dut faire face à des famines, « provoquées » selon le régime, par « l’ennemi impérialiste ». Du coup, son économie ne tenait que grâce à l’aide conséquente de la Chine et de la communauté internationale. Mais les dirigeants nord-coréens ont toujours su préserver une large automnomie de manoeuvre vis-à-vis de Pékin.

Des sources crédibles soulignent que la Corée du Nord pourrait posséder jusqu’à 5.000 tonnes d’armes chimiques mais également des armes biologiques. Elle dispose également d’unités de cyberguerre. Cependant, c’est sa possession de l’arme nucléaire qui rend ses menaces actuelles assez crédibles. le pays a effectué trois essais nucléaires souterrains et a placé un satellite en orbite. En outre, la Corée du Nord détiendrait de nouvelles capacités en matière de retraitement de l’uranium qui lui permettraient de produire aujourd’hui 40 kg d’uranium hautement enrichi. Peu de données existent sur son stock de plutonium mais des experts considèrent qu’il serait plus important que ce que l’on a cru jusqu’ici. Des informations fort crédibles font état d’un ordre signé par Kim Jong Eun, poursuivant une recommendation de son père, visant à la production de bombes H en quantité suffisante pour assurer une sanctuarisation du territoire contre toute menace. Cela soulève la question du nombre d’armes nucléaires en possession du régime nord-coréen. Moins de 10 bombes rustiques? Un peu plus d’une vingtaine? 28 comme l’a laissé entendre un espagnol employé par le régime? Nul ne le sait. Ce qui est certain est que Pyongyong fait tout son possible pour avoir la bombe H.

Lors du début de ce que l’on a appelé abusivement Printemps arabe, des dizaines de milliers de tracts appelant les populations nord-coréennes à se soulever et suivre l’exemple des révoltes arabes ont été lancés au dessus de la Corée du Nord. Un ancien candidat US aux présidentielles y est même allé jusqu’à menacer Pyongyong d’un « printemps » similaire. Il est intéressant de constater que des militaires nord-coréens se sont déplacés en Syrie pour y observer in situ ce qu’ils considèrent la nouvelle stratégie américaine de guerre par proxy local.

Les provocations du Sud se sont accru après l’arrivé au pouvoir à Séoul des milieux d’affaires conservateurs pro-américains et la mise à l’écart des partisans de la réunification. Cela a débouché sur des incidents comme celui de la frégate Ceonan ou encore le bombardement de l’île sudiste de Yeonpyeong. Les provocations US et japonaises n’ont jamais cessé.

Les médias occidentaux méprisent en général les capacités-certes obsolètes-mais bien réelles de ce petit pays d’Asie du Nord-Est. Le jeune âge de Kim Jong Eun a également été matière à un mépris à peine déguisé. Mais passent sous silence les griefs réels de la Corée du Nord à l’égard des Etats-Unis. Or que reproche Pyongyong aux Etats-Unis depuis 1953? La Corée du Nord reproche aux Etats-Unis d’avoir déployé secrètement des armes nucléaires en Corée et de bloquer le processus de réunification; de vouloir la destruction du régime nordiste et son remplacement par celui qu’elle considère comme fantoche du Sud. Les Etats-Unis ont répondu à ces reproches en qualifiant le régime nord-coréen de paranoïde.

La clé de la crise coréenne est à Pékin. Le redéploiement stratégique US vers le Pacifique inquiète la Chine. Le nouveau dirigeant chinois Xi Jinping est issu des factions les plus nationalistes, lesquelles sont fort mécontentes de la mise dans la ligne de mire de la puissance US de leur pays. L’agitation de Pyongyong pourrait alors s’expliquer par une sourde colère chinoise, notamment après une série de batailles secrète sur le cyberespace, de duels commerciaux et de sabotages à tous les niveaux.

2. L’Iran qui fait face à un train complet de sanctions et à une terrible crise économique, dispose t-il déjà de sa bombe atomique comme le laisse entendre des analystes israéliens? Et dans ce cas, une attaque contre l’Iran ne sera t-il pas le prélude à une guerre nucléaire tactique au Moyen-Orient?

L’Iran se considère en guerre depuis le ciblage maladroit de la Syrie. Téhéran considère la bataille actuelle en Syrie comme une étape dans une guerre dans laquelle elle est ciblée. D’où sa détermination à soutenir le gouvernement d’Al-Assad quoi qu’il en coûte. Et cela a eu un coût terrible pour la République islamique, notamment sur le volet économique. Confronté déjà à plusieurs trains de sanctions économiques et à un embargo technologique, Téhéran a su empêcher l’effondrement monétaire de la Syrie et continuer à activer ses relais en Irak et au Liban pour entraver la stratégie US et mettre en échec la supériorité stratégique israélienne. Confiant dans ses capacités militaires mais par dessus tout sur l’indéfectible soutien US, Tel-Aviv ne cesse depuis des mois de menacer l’Iran de frappes sur ses installations nucléaires, surtout depuis l’échec d’une révolution colorée (verte) et d’une tentative d’un soulèvement grâce à l’ingénierie du chaos social à l’aide des réseaux de téléphonie mobile et de l’Internet. Le pouvoir iraniens lui-même est divisé entre partisans du président Mahmoud Ahmadinejad et ses adversaires pro-libéraux et pro-occidentaux (l’oligarque Rafsandjani, Khatemi, etc. proches des milieux d’affaires) Mais la détermination de l’Iran à poursuivre la modernisation de ses forces armées et sa volonté à intégrer le club spatial et nucléaire alimentent des sentiments nationalistes favorables au gouvernement actuel. Confronté à l’Arabie Saoudite qui se considère en guerre contre le Chiisme en accusant Téhéran de vouloir promouvoir un arc chiite au Moyen-Orient, selon une stratégie US du double endiguement étendue au niveau de la géopolitique des religions, l’Iran tente par tous les moyens d’acquérir une dissuasion fiable (menaces contre le détroit d’Hormuz, force de frappe balistique, etc). D’où la question posée surtout par des anlystes israéliens: l’Iran a t-il sa bombe? Il ne fait aucun doute que les iraniens aient profité de l’invasion de l’Irak de Saddam Hussein (considéré comme un adversaire) et de l’Afghanistan où ils ont eu à jouer un rôle très ambigu en aidant les américains à rétablir l’ordre dans ces deux pays situés sur les deux flancs de la république islamique d’Iran. Ce faisant, ils ont aussi soutenu et armé des factions de la résistance à l’occupation US. Dans ce jeu dangereux, ils ont pu parfois récupérer du matériel militaire US endommagé et le remettre à des pays comme la Chine ou la Russie. En échange, ils en ont reçu des transferts de technologie qu’ils ont développé sous la supervision de scientifiques locaux et issus des anciennes républiques d’Asie centrale. Téhéran semble extrêmement préoccupé pour l’instant à observer le développement de la situation en Syrie, susceptible à tout moment de déboucher sur une guerre régionale ouverte. Or, une éventuelle implication de la Turquie et d’Israël, soutenus par les pays arabes du golfe arabo-persique, les Etats-Unis (et de l’Otan) signifierait l’usage d’armes nucléaires tactiques. Et dans ce domaine, c’est Israël qui possède le plus grand arsenal nucléaire de la région.

3. En dégageant ses divisions d’élite gardant le Golan, le président syrien Bashar Al-Assad semble défier les djihadistes qui l’on accusé de collusion avec Israël (« en 40 ans, l’armée syrienne n’a pas tiré un seul coup de feu en direction du lac de Tibériade ») en les mettant devant le fait accompli: il semble leur dire, puisque vous accuser les régimes Arabes laïcs de vous barrer le chemin de la Palestine pour le Djihad, allez y maintenant, je vous laisse le champ libre…Cette stratégie vise l’implication directe d’Israël dans le conflit et rappelle une stratégie similaire engagée avec la Turquie autour de la question kurde. Une stratégie de haute volée qui rappelle celle de son prédécesseur de père, abhorré par les Frères musulmans et surnommé par ses adversaires le Bismarck du Levant.

En effet, l’afflux de volontaires des quatre coins du monde musulmans et d’Europe au « Djihad » contre le régime d’Al-Assad en intégrant Al-Qaida en Syrie (front d’el-Nosra) ne peut dès lors plus être légitimé par les théologiens musulmans pro-occidentaux et néolibéraux puisque le chemin vers les frontières d’Israël, lourdement surveillé en Egypte et en Jordanie, est grand ouvert.


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