vendredi 18 janvier 2013

l’action terroriste sur les champs gaziers d’ In Amenas


 L’impact de l’action terroriste sur les champs gaziers d’ In Amenas -Algérie-
Cette contribution est le prolongement d’une interview que j’ai donnée  à la rédaction de Radio France Internationale –RFI- le 18 janvier 2013 sur le thème l’impact   de l’action terroriste et la situation  gazière  de l’Algérie.
 
1. Les  partenariats dans l’exploration des hydrocarbures  au Sud algérien  
 
Hassi R’mel, est le plus grand gisement algérien  mais existent d’autres gisements à  In Salah, Ohanet, Tin Fouyé Tabankort, Rhourde Nouss,  Hamra et Alrar pour ne citer que les plus importants. Selon le rapport du Ministère de  l’Energie, diffusé officiellement, pour 2011 nous avons principalement les champs exploités  par  SONATRACH qui est le  champ de Hassi R'mel se trouvant  à 550 Km au sud d'Alger, découvert en 1956, ceux  de  Rhourde Nouss,  Alrar, Gassi Touil et Tin Fouyé Tabankort . Pour les champs exploités en association   participant  à hauteur de 25% du volume de gaz produit en Algérie, nous avons  In Salah qui  est exploité en association avec BP et Statoil,  Ohanet en association avec BHP Billiton;  Tin Fouyé Tabankort  en association avec Total et REPSOL; Hamra  en association avec Total et In Amenas en association avec BP et Statoil; Ce dernier site est frontalier  avec la Lybie. In Amenas est situé à 240 km au nord-est d’Illizi à 730 au sud-est d’Hassi Messaoud   et à  1 500 km au sud-est  d’Alger. C’est cette  base-vie du site d'exploitation située sur le site gazier de Tiguentourine (à 45 km à l'ouest d'In Amenas) qui a  fait l’objet  d’incursion par des terroristes le 16 janvier 2013 au matin. Mais fait important, les sites d’In Amenas sont  connectés par un gazoduc de 973 km de long à Hassi R’Mel  et par un pipeline de 800 km jusqu'au port de Skhira  dans le Golfe  de Gabès  en Tunisie.  La sécurité se pose à ce niveau notamment pour le plus grand gazoduc algérien Transmed destination l’Italie  d’une capacité dépassant les  40 milliards de mètres cubes gazeux actuellement en sous utilisation.
 
 
2. La capacité de production  de gaz de In Amenas
 
La moyenne annuelle des exportations algériennes est passée de 72 millions de tep durant la période 1971-1999 à plus de 130 millions de tep entre 2000 et 2010 soit prés d’un doublement. Selon le rapport du Ministère de l’Energie, publié en 2011, la structure des exportations s’oriente de plus en plus vers les produits gazeux. La part des produits gazeux durant la période 1962-1999 ne représentait que 29% contre 43% durant la période 2000-2010. Quant aux produits liquides, ils représentaient 71% des volumes exportés durant la période 1962-1999, contre 57% fin 2010. Le pétrole brut exporté représentait 95% des hydrocarbures liquides en 1971 et se situé à 30% en 2010. Quant aux produits raffinés et GNL, leur part a augmenté substantiellement passant de 3% en 1971 à 28% en 2010. Mais Hassi messaoud et Hassi R’mel vont à l’épuisement malgré toutes les techniques de récupération, bien qu’à  l’heure actuelle, .l'essentiel de la production gazière algérienne est tirée des gisements de Hassi R'mel qui est en déclin, suivis de ceux de In Salah et In Amenas. Pour 2011/2012, cette production se situe au même niveau que celle de 2010 à près de 63/66 milliards m3, selon les rapports de Sonatrach. L'objectif des 86 milliards m3 déjà annoncé par le groupe devait intervenir à l'horizon 2014,  sera certainement non tenu à cette date  qui avait été déjà donnée par Sonatrach  du fait  de l’avec l’actuelle   déprime  du prix du gaz sur le  marché mondial due à la concurrence d’autres producteurs  et de la  révolution  du gaz de schiste notamment aux USA.  Les contrats récents avec bon nombre de partenaires étrangers de "boosting de production qui est une technique servant à rehausser le niveau de pression dans les gisements en leur permettant de maintenir le même plateau de production devait aider à optimiser les gisements en production de In Amenas, dont la production est en déclin.  Depuis 2006, l'exploitation autour d'In Amenas est menée conjointement par l'entreprise nationale algérienne Sonatrrach , Britisch  et Statoil.  En moyenne  2010/2011, le site de In Amenas a produit 50 000 barils par jour de  condensat  de gaz naturel   ainsi que 9 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Si l’on prend une moyenne  de 55 à 60 milliards d’exportation  ces trois dernières années, la part d’In Amenas représente entre 17 à 15%  des exportations totales ce qui est important pour les recettes du pays. Avec les nouveaux champs limitrophes, ce taux devrait aller vers  25/30 %, cette zone devenant  donc éminemment stratégique. L’Algérie étant un acteur stratégique pour l’Europe où sa part de marché variant  entre 13 et 15%   de l’approvisionnement derrière la Russie et  la  Norvège, cette situation interpelle l’Europe pour sa sécurité énergétique,  bien que fortement concurrencé par le South Stream russe,  le gaz africain,  libyen et qataris.
 
3.- Les  perspectives en hydrocarbures  de la  zone de la wilaya d’Illizi
 
Il faut être très prudent car on peut découvrir des milliers de gisements mais non rentables financièrement tout dépendant du couple cout/vecteur prix international lui même influencé l’évolution de la croissance mondiale  et par l’actuelle  transition énergétique mondiale. La région d’Illizi pourrait être l’Eldorado Gazier avec l’épuisement à terme du champ de Hassi R’mel.  Le gisement gazier découvert à  Isarene, située au sud du bassin d'Illizi est le plus important découvert au cours des deux dernières années. La société nationale des hydrocarbures Sonatrach détient 25% du permis d'exploitation, Petroceltic détient 56,625%, alors qu'Enel détient 18,375%,  où les  réserves estimées  représentent environ 283 milliards de mètres cubes de gaz naturel pour une possibilité d'une récupération de 70 milliards de mètres cubes. S'ajouterait à cela plus de 200 millions de barils de liquide. Mais l’enjeu stratégique  est le gisement d’ALRAR qui devrait recéler  des quantités  très importantes de gaz plus importantes que ceux  d’Isarene ,  mitoyen avec la Lybie  dont les prospections ont  commencé de l’autre coté par  les Libyens avec de grandes compagnies internationales dont Total  nous faisant penser  au gisement mitoyen entre l’Iran et le Qatar  le  South Pars dont les réserves de gaz se trouvent dans un champ gazier que se partage le Qatar et l'Iran dans le Golfe. Pour la raffinage, le  groupe Sonatrach dispose de plusieurs  raffineries en service, alors que celle d’Ain Amenas, d’une capacité de raffinage de 300 mille tonnes par an, est à l’arrêt, le Ministre lors d’ une visite récente ayant prévu une nouvelle  raffinerie . Outre celle d’Alger, de dimension moyenne, la plus importante est celle de Skikda, avec une capacité de raffinage de 15 millions de tonnes par an. Celle d’Arzew, elle d’une capacité de 2.5 millions ;  1.3 millions de tonnes sont raffinées par la raffinerie de Hassi Messaoud.  Cette attaque terroriste   n’aura t- elle pas un impact sur la venue d’investisseurs étrangers ? Me limitant  aux aspects socio-économiques n’étant pas un expert militaire,  faisons  remarquer qu’au plus fort du terrorisme les champs pétroliers et gaziers n’ont jamais été la cible des terroristes entre 1990/2000 et il faut se demander pourquoi maintenant?  Je souligne  que cela  serait une erreur pour des gouvernants occidentaux  et autres d’inciter à un boycott car cela reviendrait à encourager les terroristes qui peuvent s’en prendre à d’autres sites pétroliers dans différentes contrées du monde. Ce qui intéresse avant tout investisseur c’est le taux de profit directeur  étant entendu que cette situation  peut peser sur la prime assurance dont le surcout sera supporté par l’Algérie comme il est supporté actuellement par le Nigeria à titre d’exemple. Il faut rappeler que pour tout  investisseurs existent plusieurs critères d’attrait dont certes l’aspect sécuritaire mais également la stabilité juridique, une politique cohérente  et visible moins de bureaucratie, un système financier performent, le foncier et également l’adaptation du système socio-éducatif et la gestion de la main d ‘œuvre aux besoins.
 
4.-La place des hydrocarbures au sein de l’économie algérienne  et le  Sud algérien
 
98% des recettes en devises libellées en dollars proviennent de Sonatrach , 600 milliards de dollars entre 2000/2012,   et  l’Algérie importe 70/75% des besoins des ménages et des biens des entreprises tant publiques que privées, dont 60% en euros, le taux d’intégration ne dépassant pas 15%. Sonatrach génère selon les années, fonction du prix international et du volume produit, entre 30 à 40% du produit intérieur brut mais en réalité avec les effets indirects (irriguant les autres secteurs via la dépense publique) plus de 80% du produit intérieur brut (PIB). Sonatrach ne contribue donc pas à la création tant de la valeur véritable que de l’emploi, n’étant pas sa vocation, mais peut être considérée comme un puits de ressources financières, la pétrochimie étant marginale, expliquant d’ailleurs la prospérité de la banque publique BEA banque de Sonatrach. La sécurité des installations est primordiale et je me demande comment  des éléments étrangers ont pu pénétrer dans ce site stratégique. Il faut mettre en relief  un point essentiel, l’action des services de sécurité est forcément limitée sans l’implication des populations du Sud qui se sentent marginalisées  depuis l’indépendance politique. Il faut donc un plan Marshal pour le sud algérien. La vocation de Sonatrach comme rappelé précédemment dont l’effectif est déjà selon le bilan 2011   de 47.963  et avec les filiales  dépassant les 120.000 n’est pas la création d’emplois, étant déjà en sureffectifs. Il faut imaginer d’autres filières restructurantes afin de créer une zone de prospérité entrant dans le cadre d’un vaste plan d’aménagement du territoire pour un espace solidaire, pas uniquement au Sud algérien mais pour l’ensemble du Sahel, si  l‘on veut stabiliser cette région et éviter  une probable internationalisation du conflit renvoyant à la nécessaire intégration économique dont l’Afrique du Nord, pont entre l’Europe et l’Afrique  noire,  le terrorisme se nourrissant de la misère avec différents trafics( drogue, armes , cigarettes ect..).
 
En résumé, le pouvoir algérien réagira fortement  à cette situation pour une  double raison : premièrement, l’Algérie a  souffert pendant une  décennie du terrorisme avec plusieurs centaines  de milliers de morts avec des destructions massives , ce qui ne saurait signifier que le peuple algérien notamment la jeunesse désemparée ne veut pas  d’un changement  profond, supposant une autre gouvernance, sinon les mêmes causes provoqueront les  mêmes effets à terme, la distribution passive de al rente  pour une paix sociale éphémère n’étant pas la solution,   et deuxièmement que les  hydrocarbures sont le poumon de l’économie algérienne.

 
 
(1) -’Abderrahmane MEBTOUL professeur des Universités  Expert International  en management stratégique directeur d’Etudes Ministère Energie Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2006


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