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mardi 1 janvier 2013

Quand l’Europe paiera le prix de son soutien à l’islam politique

Emblème des Frères musulmans
Emblème des Frères musulmans
L’histoire confirme que la relation entre l’Occident et les Frères musulmans n’est pas un phénomène récent, mais qu’elle a existé depuis que l’organisation a été créée
Pendant l’occupation britannique, la Compagnie du Canal de Suez a fourni un soutien financier à Hassan Al-Banna et à d’autres acteurs locaux dans le but de contrer l’influence du Wafd, qui à l’époque conduisait la lutte nationale pour l’indépendance de l’Egypte. Après la révolution de Juillet 1952, les relations entre les Frères musulmans et Gamal Abdel Nasser se sont détériorées à cause de sa politique de refus d’alignement à l’ouest et au néo-colonialisme. Ce n’est que plus tard que les Frères musulmans conclurent une alliance avec Anouar el-Sadate, quand il rompu ses liens avec l’Union soviétique, et se déplaça dans la sphère d’influence occidentale.
Même lorsque les États-Unis soutenaient le régime de Moubarak, ils ont, en même temps, toujours maintenu des affinités avec les islamistes politiques en général, et les Frères musulmans en particulier.
Ce n’est plus un secret que l’Occident a, et continue, d’appuyer les demandes des Frères musulmans pour la conquête du pouvoir, la seule différence étant que désormais un tel soutien s’opère dans le cadre de la reconnaissance d’un dirigeant démocratiquement élu, choisi par son peuple.
Comme le dit un proverbe Arabe : « si quelqu’un veut manger de la merde, donnez-lui une cuillère »
Tout montre que les Frères musulmans n’auraient jamais pu arriver et rester au pouvoir sans le soutien continu des États-Unis et de plusieurs pays européens.
Le soutien de l’ouest aux Frères musulmans (surtout ces dernières années) a beaucoup choqué les Egyptiens des classes moyennes et supérieures, qui remarquent la contradiction entre la prétendue défense de l’Occident pour la démocratie et les droits de l’homme, et la rhétorique fasciste des Frères musulmans.
Les doutes sur le penchant de l’Occident pour les Frères musulmans s’accentuèrent quand la Maison Blanche publia des communiques affirmant que les questions relatives à la légalité de la déclaration sur la constitution du Président Mohamed Morsi étaient une question interne à l’Egypte, et ne suscitait aucune critique directe des États-Unis.
Une de mes connaissances a recueilli les confidences d’un diplomate européen qui l’a informé que la position de l’Europe, en ce qui concerne les Frères musulmans et Morsi, était de continuer à les soutenir en raison de leur aide à préserver la stabilité régionale au Moyen-Orient.
Le récent succès de Morsi dans la négociation du cessez-le-feu (temporaire) entre Israël et le Hamas a aidé à consolider cette réputation de leader capable de désamorcer les tensions dans la région.
Les Frères musulmans ont fait très attention à se présenter, en Europe, comme des leaders forts, pas seulement capables de faire des cessez-le-feu, mais aussi de faire de la politique, en acceptant les prêts de la Banque mondiale, après s’y être opposé lors de l’administration Ganzuri.
Avoir pu augmenter le prix des produits de base au milieu d’une récession, imposé une nouvelle constitution, un référendum, à un peuple qui s’est opposé à chacune de ces étapes, montre la force des Frères musulmans, et sa capacité à atteindre leurs objectifs quelles que soient les circonstances.
Je suis convaincu que le calendrier des décisions a été établi par la Banque mondiale (qui finance plus de 100 pays émergents) plutôt que par les Frères musulmans, dans le but de mettre en œuvre son programme de réforme économique, au mépris des intérêts du peuple égyptien.
Naturellement, les Frères musulmans sont confiants dans leur capacité à mettre en place un programme économique, et donc ils le feront. Ils peuvent aussi craindre que ne pas soutenir ces réformes risque de les faire passer pour faibles, et incapables de protéger les intérêts occidentaux en Egypte.
Dans le but de mettre en œuvre sa réforme économique, l’Occident a de nouveau renié ses propres valeurs, a ignoré les déclarations constitutionnelle de Morsi qui font de lui le nouveau dictateur, mettant un terme à l’indépendance de la justice égyptienne.
Pourquoi l’ouest veut-il tellement mettre en œuvre un programme de réforme économique qui aggrave la situation des pauvres, tout en s’opposant au projet d’utiliser les ressources naturelles du pays qui permettraient de renforcer les secteurs de la santé et de l’éducation ? Pourquoi l’ouest insiste-t-il avec autant d’obstination à soutenir la politique de l’ère Moubarak qui ne fera que creuser le fossé entre les riches et les pauvres ?
Pourquoi refusent-ils d’appuyer les organisations démocratiques constamment réprimées depuis 1952 ? L’Europe et les Etats Unis ont soutenu la démarche des Frères musulmans pour mettre Israël à l’abri des roquettes du Hamas, mais ne savent-ils pas que le Hamas représente les Frères musulmans en Palestine, et qu’ils sont une seule et même chose ?
Les Frères musulmans sont une organisation fasciste
Il va sans dire que les Frères musulmans est une organisation fasciste, capable de gouverner le pays, et qu’elle peut faire ce que l’élite traditionnelle de l’Egypte n’a pas pu faire. Les occidentaux, la France surtout, voient dans le fascisme égyptien leur seule option, mais en réalité ce sont eux qui en ont fabriqué les conditions.
Les Frères musulmans, une bombe à retardement
L’Occident a choisi l’aile religieuse du fascisme comme agent, car ils sont les plus susceptibles de favoriser la propagation d’un projet conservateur et réactionnaire. Cependant, les Frères musulmans sont aussi une bombe à retardement, qui pourrait bien exploser et briser la poigne de fer de l’ouest sur la région.
L’Occident continue à voir l’Égypte avec des yeux colonialistes, et pour cette raison, il soutient les régimes réactionnaires, à condition qu’ils contribuent à préserver leurs intérêts stratégiques, peu importe les méthodes de répression qu’ils choisissent d’utiliser. Cependant, ce que l’Occident ne comprend pas, c’est que les organisations fascistes religieuses se nourrissent sur elles-mêmes, et si on les laisse se renforcer, elles finiront par retourner leur agressivité contre l’ouest lui-même, qualifiant le « Grand Satan » d’être la source de toute la corruption du monde.
Tout cela va se produire. Malgré le fait que l’Occident leur a fourni un soutien, et leur a permis de monter en puissance.
Les affairistes des institutions financières de l’Europe auront œuvré pour rien, car ils contribuent à l’émergence d’une entité qui leur est fondamentalement hostile en tant que civilisation, profondément enracinée dans les écrits de Sayyid Qutb.
L’Europe, et les Etats-Unis en particulier, ont déjà payé le prix de leur alliance avec les moudjahidines en Afghanistan, contre l’Union soviétique, et ils payeront le prix de leur soutien à l’islam politique dans le monde arabe.
Et dans pas très longtemps. La mort de l’ambassadeur américain en Libye n’est que le premier d’une suite d’actes de représailles.
Cependant, je pense que ce sera l’Europe, particulièrement la France avec son importante population musulmane, mûre au recrutement par des organisations islamistes radicales, qui paiera le prix du soutien aux Frères musulmans.
Toutefois, la revanche la plus douloureuse viendra très probablement des gens de la région eux-mêmes, qui voient l’Europe et les Etats Unis comme les financiers de ces organisations fascistes religieuses, qui sont en train de reconstruire les régimes répressifs du passé, mais cette fois avec une teinte religieuse.
© Farid Zahran, traduction et adaptation Dreuz.info

dimanche 2 décembre 2012

Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l’Europe ?

© La Voix de la Russie
Les récentes images de combattants islamistes de la soi-disant opposition Syrienne unifiée utilisant des missiles sol-air ou des fusils M16 a laissé beaucoup de commentateurs dans des interrogations. Mais comment la démocratique Amérique pourrait-elle bien soutenir des combattants islamistes proches des mouvances les plus radicales et même d’Al Qu’Aïda ? Ce n’est pas un malheureux hasard logistique mais bel et bien une politique délibérée de soutenir l’Islamisme radical partout ou cela peut porter préjudice aux adversaires de l’Amérique, et donc favoriser indirectement l’avancée géostratégique américaine.
Lorsqu’un livre portant ce titre est sorti, publié par les extraordinaires éditions « l’âge d’homme » en 1997, sans doute trop peu de gens y ont accordé l’intérêt qu’il aurait mérité. Bien sûr 1997 était une autre époque, avant l’Euro, avant la guerre contre la Serbie et surtout avant le 11 septembre. Une époque marquée par les déclarations de George Bush, apôtre du Nouvel Ordre Mondial, qui avait tout simplement affirmé « qu’il n’existait pas de substitut au leadership américain ». A l’époque il est vrai, l’Union Européenne semblait promise à un élargissement sans fin sous la surveillance américaine. Le monde venait d’assister à la désintégration de l’URSS et D’un point de vue historique ces deux événements sont souvent présentés comme des suites logiques, ces systèmes n’étant pas/plus viables et ne pouvant donc résister à l’évolution du temps, pas plus qu’a leurs contradictions internes. Les Croates et les Bosniaques nous disait-on, étaient les Polonais et les Géorgiens du moment. Et comme leurs cousins d’Europe et du Caucase ils souhaitaient sortir d’un système fermé et autoritaire pour rejoindre la communauté internationale et le monde libre. Ils voulaient, comme tous les peuples occidentaux avoir le droit de choisir entre Coca et Pepsi, et entre Volkswagen et Mercedes.
Historiquement, l’Allemagne nazie ayant été vaincue, Le Kremlin restait le dernier ennemi réel, justifiant le besoin de toutes les nations de se protéger du péril rouge. L’URSS était la menace principale pour une Amérique qui visait à la domination globale. Longtemps après l’effondrement de ce système, ont été mis au grand jour certaines méthodes d’ingérence étrangère et notamment américaine. Lors de sa guerre d’influence contre l’URSS, l’Amérique avait noué un tissu d’alliances solides, notamment avec les puissances sunnites du golfe, jugées fiables et ne pouvant pas, théoriquement, basculer dans le communisme. Cette alliance de fait avec les mouvements les plus extrémistes de l’Islam sunnite avait pour but de conserver une coalition d’alliés riches en hydrocarbures, mais aussi de créer et soutenir une opposition réelle et forte au fascisme rouge : le fascisme vert.
Mais ce soutien s’est aussi traduit par un soutien militaire direct a ces mouvements les plus extrémistes, et donc les moins aptes à tomber dans l’orbite rouge : celui des Frères musulmans syriens aux Taliban afghans et à la Gamaà égyptienne, en passant par le FIS, les Islamistes bosno-albanais, ou les Islamistes Tchétchènes, sans oublier les Wahhabites saoudiens, précurseurs et financiers de la mouvance islamiste sunnite. Cette alliance de fait entre les idéologies les plus viscéralement anti-communistes de la planète a sans doute été matérialisée par la phrase de Bill Clinton, le 15 Mars 1995, lorsqu’il a affirmé que : « Les valeurs traditionnelles de l’islam sont en harmonie avec les idéaux les meilleurs de l’Occident ».la désintégration de la Yougoslavie était en cours.
Ce soutien passera donc aussi par une lutte féroce contre toutes les nouvelles tendances de l’Islam désireuses d’échapper à « l’impérialisme économique » américano-saoudien : Libye mais surtout l’axe Chiite : Syrie et Iran en tête… Comme on peut le voir 15 ans plus tard, ce dispositif géopolitique est plus que d’actualité puisque l’alliance entre l’Amérique et les pétromonarchies Wahhabites du golfe se poursuit à travers le conflit en Syrie et la guerre contre le monde Chiite sous influence Iranienne. Même la chute de l’URSS n’a pas remis en cause cette direction stratégique américaine. En 2000 était sorti un livre intitulé le grand échiquier écrit par l’un des maîtres américains de la géopolitique, Zbigniew Brezinski. Le livre détaille les ambitions géostratégiques américaines pour que le pays reste la puissance dominante. Le scénario d’une Russie souveraine y est présenté à l’époque comme dangereux pour l’Amérique, car seule la Russie serait à même de couper les ambitions américaines en Eurasie, cette zone pivot entre l’Europe, l’Asie (la Chine) et le monde musulman.
En 1999, lorsque l’OTAN bombarde la Serbie, l’objectif américain est clair. Il s’agit de détruire le dernier état non aligné à la coalition occidentale en Europe et aussi l’un des plus solides alliés de la Russie, au moins sur le plan symbolique. Ce faisant, l’élargissement de l’OTAN à l’est constitue aussi un gage de pouvoir mettre sous contrôle l’Europe centrale et de l’Est et ainsi d’y empêcher quasi-définitivement le retour de la Russie. L’objectif est double : une Europe sous contrôle militaire de l’OTAN soumise et non souveraine, tandis qu’une Russie refoulée à l’est voit son influence potentielle s’éloigner de l’Europe.
De la même façon que la carte Islam a été utilisée contre l’URSS partout dans le monde (et surtout en Afghanistan), elle a aussi été utilisée contre l’Europe. Le département d’état a par exemple organisé l’envoi de Djihadistes arabes sunnites en Croatie et en Bosnie pour se battre contre les troupes Serbes, favorisant également le terrain a l’émergence de nouveaux états musulmans au cœur du continent, que ce soit la Bosnie ou surtout le Kosovo qui préfigure une potentielle grande Albanie. Un câble Wikileaks de 2010 est a ce titre criant de vérité quand aux intentions Américaines au Kosovo, intentions claires depuis leur intervention militaire en 1999 contre la Serbie. Idem pour la Turquie, que l’Amérique n’a cessé d’inciter à rejoindre l’Union Européenne, alors même qu’en plus d’être un pays qui s’islamise rapidement elle est également surtout la seconde armée de l’OTAN.
Cette volonté d’affaiblissement intérieur et extérieur de l’Europe a un seul et unique but : empêcher l’émergence d’un concurrent politique et économique fort. L’Amérique cherche donc à affaiblir l’Europe (et pas seulement l’UE déjà totalement soumise a l’OTAN) en tant qu’entité politico-militaire souveraine, et faire de même avec la Russie. Il est facile d’imaginer que l’Alliance Euro-Russe, bien qu’improbable à l’époque ou le livre de Zbigniew Brezinski a été écrit, serait et de loin, le plus gros bouleversement géopolitique qui puisse arriver, et la plus mauvaise des nouvelles pour les intérêts américains dans la région Eurasie.

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